MEDINA-SIDONIA
volonté du roi qui , à la vérité , accorde presque toujours cette couverture dans la même semaine qu'elle lui est demandée , mais qui peut si bien la refuser, et par conséquent suspendre tout effet de la dignité dans celui qui a cette cérémonie à faire , que le refus n'en est pas sans exemple, et pour confirmer cette étrange vérité, j'en choisirai le plus récent et piiUt-être en touL le plus marqué.
J'ai suffisamment parlé ci-dessus du duc de Medina-Sidonia à propos du testament de Charles II , pour n'avoir rien à y ajouter. Il mourut grand écuyer, chevalier du Saint-Esprit et conseiller dËtat, dans la faveur, l'estime et la considération qu'il méritoit; et d'une sœur du comte de Benavente ne laissa qu'un fils unique , gendre du duc de l'Infantado. Ce fils avoit des amis, de l'esprit, de la lecture et du savoir, avec le défaut de la retraite et la folie d'aller dans les boucheries faire le métier de boucher , et d'un attachement à son sens et à ses coutumes , que rien ne pouvoit vaincre; il conserva donc la golille et l'habit espagnol , quoiqu'on fît sa cour au roi d'être vêtu à la françoise. La plupart des seigneurs s'y étant accoutumés, le roi vint à défendre tout a^itve habit, excepté à la magistrature et à la bourgeoisie chez qui la golille et l'habit espagnol furent relégués, et interdit à tous autres de paroître devant lui vêtus autrement qu'à la françoise. C'étoit avant la mort du duc de Medina-Sidonia, grand écuyer, qui, aidé de l'exemple général, ne put jamais obtenir cette complaisance de sou fils, lequel s'abstint d'aller au palais. C'étoit au fort de la guerre ; il y suivit con'stamment le roi et son père , campant à distance , ne le rencontrant jamais, et servant comme volontaire, se trouvant et se distinguant partout. Son père mort, et lui devenu duc de Medina-Sidonia, il fut question de sa couverture. De s'y présenter en golille , il n'y avoit pas d'apparence; vêtu à la françoise, il ne le voulut jamais. Conclusion, qu'il a vécu douze ou quinze ans de la sorte , et est mort peu avant que j'allasse en Espagne , ayant autour de cinquante ans , sans avoir jamais joui d'aucune prérogative de la grandesse , qui , à la cour et hors de la cour, sont également suspendues sans difficulté à quiconque n'a pas fait sa couverture. C'est son fils qui a épousé la fille du comte de San- Estevan de Gormaz , qui n'a pas eu la folie de son père , et qui a été fait chevalier de la Toison d'or avec son beau-père , en la promotion que fit Philippe V en abdiquant.
On va aisément de l'un à l'autre : telle est la nature des progrès quand ils ne trouvent point de barrières. Sixième gradation de la grandesse pour arriver au point où elle se trouve aujourd'hui. De cette puissance de suspendre tout effet de la grandesse , les rois ont prétendu les gran desses même amovibles à leur volonté, encore que rien d'approchanî ne se trouve dans pas une de leurs patentes. De cette prétention s'est introduite une coutume qui l'établit puissamment , et qui est une des différences de la première classe d'avec les autres. Le temps précis de son commencement , je ne l'établirai pas , mais s'il n'est pas de Philippe II, auquel il ressemble fort, et qui a établi les deux classes en inventant la seconde , il ne passe point Philippe III. C'est que toutes les fois que l'on succède à une grandesse qui n'est pas de la première