‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 199 sur 348 · NULLE MARQUE DE DIGNITÉ QUE LE DAIS · texte numérisé non relu

NULLE MARQUE DE DIGNITÉ QUE LE DAIS

de leur origine est telle ea Espagae qu'elle devroit être partout , c'està-dire sans espérance et sans exemple d'exception. Ils y sont sans nom, sans biens , sans existence.

Du fond de la dignité même de grand d'Espagne que je viens d'essayer d'expliquer, il en faut venir aux usages, et commencer par ceux qui nous sont connus et qu'ils n'ont pas.

Les grands ni leurs femmes n'ont aucune marque de dignité sur leurs carrosses ni à leurs armes ; ce n'est point l'usage en Espagne pour aucune charge ni dignité que ce soit. Si quelques-uns d'eux conservent ces anciennes distinctions des bannières et des chaudières des ricoshombres , elles sont communes à tous ceux de leur maison qui ne sont point grands , et se mettent dans l'écu en bordure ou en écartelure. Il n'y a pas jusqu'aux petits hommes armés et à cheval du connétable de Castille , et aux ancres de l'amirante qui ne soient en bordure. Il est pourtant vrai que quelques-uns , eu petit nombre , portent les bannières en dehors de l'écu , et quelquefois même l'en environnent ; mais cela ne tient point lieu de marque de dignité en Espagne. Pour la Toison d'or, ceux qui l'ont en portent le collier autour de leurs armes, et pareillement celu-i du Saint-Espiiî , ceux à qui on l'a donné. Depuis que les ducs de France et les grands d'Espagne fraternisent en rang et en honneurs , il y a plusieurs de ceux-ci qui . en Espagne et sans en être jamais sortis , ont pris le manteau ducal : peu de grands espagnols naturels l'ont encore fait. La reine même n'a point de housse.

Les balustres ' et les autres distinctions extérieures y sont incoimues, même chez le roi et la reine, excepté le dais: i;;ais ce dais descend chez tous les titulados , dont il y en a quelquefois de fort étranges : j'expliquerai ce que c'est en son temps. Toute la différence est que les dais de ceux-ci ne sont que de damas tout simple, avec un portrait du roi dessus, et que ceux des grands sont de velours et riches, sans portrait, avec quelquefois leurs armes brodées dans la queue. Ainsi les dais des uns paroisseni être pour le portrait , et celui des autres pour leur dignité et pour eux-mêmes. A l'égard des balustres , peut-être que l'usage de coucher en des lieux retirés qu'on ne voit point, et de n'avoir point de ces lits qui ne sont que pour la parade, en a banni la distinction.

La manière de bâtir en Espagne fait que ce que nous appelons en France les honneurs du Louvre^ n'y peut exister. Les palais du roi, et tous les autres , ont une grande porte cochère , à condition qu'aucun carrosse n'y peut entrer ; mais il y en a une image. Après cette porte il y a, au palais de Madrid, un grand vestibule noir et obscur, couvert, court , mais qui s'étend en deux petites ailes , et qui aboutit à quel'jues

^ . Les lits et tables des rois el des grands étaient entourés de balustres ou balustrades qui en fermaicnl l'accès.

2. Les honneurs du Louvre élaient le privilège accordé à certains personnages d'entrer dans la cour du Louvre en carrosse ou à cheval. Faviu prétend, dans son Théâtre d'honneur et de chevalerie (l. I*', p. 37(), que les honneurs du Louvre n'élaieiu accordés primiiivemenl qu'aux princes ei princesses du sang. Dans la suite, on les étendit aux princes étrangers, au connétable, aux cardinaux euQn à tous les ducs.

Page 1