‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 200 sur 348 · DISTINCTIONS DE QUELQUES PERSONNES · texte numérisé non relu

DISTINCTIONS DE QUELQUES PERSONNES

marches d'une {paierie qui sépare deux cours pavées de grandes pierres plates , avec un grand escalier tout eu dehors au bout de cette galerie. Dans ce vestibule couvert entrent les carrosses des grands et de leurs femmes , des cardinaux et des ambassadeurs , et en ressortent dès qu'ils sont descendus à la galerie; ils rentrent de même pour les prendre quand ils veulent remonter pour s'en aller. Tous les autres hommes et femmes descendent et remontent devant la grande porte , et tous les carrosses se rangent dans la grande place du palais. Au Buen-Retiro, entre plusieurs cours , il y en a deux de suite , comme au Palais-Royal à Paris, mais infiniment plus grandes. Tous les carrosses entrent dans la première et y restent. Les seuls grands et leurs femmes, les cardinaux et les ambassadeurs entrent dans les leurs sous le corps de logis qui sépare les deux cours , et y descendent dans une galerie ouverte qui conduit au bas du degré , et leurs carrosses passent outre dans la deuxième cour pour y tourner. Ils les alloient attendre après dans la première , et entroient comme en arrivant quand leurs maîtres ou maîtresses vouloient y remonter pour s'en aller. Maintenant, c'est-à-dire longtemps avant que j'allasse en Espagne , et je ne sais sous quel règne , leurs carrosses demeurent dans la seconde cour , et ne font plus qu'avancer pour reprendre leurs maîtres ou leurs maîtresses où ils les ont descendus. Ce dernier petit avantage étoit encore nouveau de mon temps, peut-être sur l'exemple des ambassadeurs qui l'ont toujours eu.

Il faut se souvenir ici des distinctions extrêmes qu'on a vues plus haut du président et même du gouverneur du conseil de Castille pardessus les grands qui arrêtent devant lui dans les rues , qui n'en ont pas la main chez lui , et qui n'en sont point visités en quelque occasion que ce soit , qui est reçu et conduit au carrosse par un majordome quand il va au palais , et qui y est seul assis en troisième , avec le majordomemajor et le sommelier du corps , en attendant que le roi paroisse ou qu'il soit appelé dans le cabinet, en présence de tous les grands debout;

De celles du majordome-major du roi . qui partout les précède tous , et en place distinguée , et qui est assis à côté du roi , au bal , à la comédie , aux audiences singulières, les grands debout, et qu'il est comme leur chef;

De celle du majordome-major de !a reine, qui chez elle, aux audiences, les précède tous;

De celles des cardinaux , sur eux qui , en présence du roi . sont extrêmes, mais nulles en son absence. J'aurai occasion d'en parler ailleurs.

Enfin, de celles des ambassadeurs qui, à la vérité, sont peu sensibles et ne se rencontrent pas souvent.

J"ai remarqué celles des conseillers d'État , même point grands , qui , à leur exclusion , ont le droit d'aller en chaise à porteurs comme les dames.

A l'égard de celles-ci , toutes celles d'une qualité distinguée , .sans distinction des femmes de grands , se font souvent porter en chaise par la ville et même au palais, dans l'escalier, jusqu â la porte extérieure de l'appartement de la reine , où leurs chaises et leurs porteurs les attendent, sans le mezzo termine, trouvé à Versailles, de payer pour faire porter les livrées du roi aux porteurs des personnes qui n'ont pas ^es honneurs du Louvre. La vérité est qu'il n'y a guère que les dames

Page 1