MORT DU COMTE DE MAILLY. [1699J
au jugement qui avoit été rendu , mais qu'il croyoit aussi qu'il ne devoit pas l'étendre à ce qui n'étoit point jugé; que le pape étoit demeuré dans le silence sur tous les écrits faits pour soutenir le livre condamné : qu'il croyoit devoir se conformer entièrement au jugement du pape en condamnant comme lui le livre qu'il avoit condamné, et demeurant comme lui dans le silence sur tous les autres écrits à l'égard desquels il y étoit demeuré. Il n'y avoit rien de si sage , de si modéré . ni de plus conforme à la raison, à la justice et à la vérité que cette réponse. Elle ne satisfit point M. de Saint-Omer qui voulait se distinguer et faire parler de lui. Il prit feu, et insista par de longs et violents raisonnements que M. de Cambrai écouta paisiblement sans rien dire. Quand le Provençal fut épuisé, M. de Cambrai dit qu'il n'avoit rien à ajouter à la première réponse qu'il avoit faite à la proposition de M. de Saint-Omer, ainsi que c'étoit aux deux autres prélats à décider, à l'avis desquels il déclaroit par avance qu'il s'en rapporteroit sans répliquer. MM. d'Arras et de Tournai se iiâtèrent d'opiner pour l'avis de M. de Cambrai, et imposèrent avec indignation à M. de Saint-Omer, qui ne cessa de murmurer et de menacer entre ses dents. Il se trouva fort loin de son compte. Le gros du monde s'éleva contre lui; la cour même le blâma, et quand il y reparut il n'y trouva que de la froideur parmi ceux même qu'il regardoit comme ses amis, et qui nel'étoient ni de M. de Cambrai ni des siens. II mourut en ce même temps un des hommes de la cour qui avoit le nez le plus tourné à une ^'rande fortune, ce fut le comte de Mailly. Il étoit fils du vieux Mailly et de la Bécasse , qu'on appeloit ainsi à cause de son long nez, qui étoit devenue seule héritière de la riche branche de Montcavrel de la maison de Montchi, dont les Hocquincourt faisoient une autre branche. Le père et la mère, quoique gens de qualité et de beaucoup d'esprit tous deux, n'ont guère été connus que par le nombre de procès qu'ils ont su gaçrner , la belle maison vis-à-vis le pont Royal qu'ils ont bâtie, et les grands biens qu'ils ont amassés et acquis, étant nés l'un et l'autre fort pauvres. Le maréchal de Nesle, leur aîné, étoit mort maréchal de camp de ses blessures au siège de Philippsbourg, en 168S, et n'avoit laissé qu'un fils et une fille de la dernière de l'illustre maison de Coliguy, belle comme le jour, qu'il avoit épousée malgré père et mère , et le comte de Mailly dont il s'agit ici , leur quatrième fils. On a vu comme Mme de Maiutenon en fit le mariage avec Mlle de Saint-Hermine, fille d'un de ses cousins germains, lorsque j'ai parlé du mariage de Mme la duchesse de Chartres dont elle fut dame d'atours , et ensuite de Mme la duchesse de Bourgogne. Mailly étoit un homme bien fait, d'un visage agréable mais audacieux, comme étoit son esprit et sa conduite. Il avoit été élevé auprès de Monseigneur et c'étoit celui pour qui ce prince avoit témoigné et depuis conservé la plus constante affection, et la plus marquée. C'étoit même à qui l'auroit de son côté, de M. le prince de Conti et de M. de 'Vendôme. Beaucoup d'esprit, de grâces, un grand air du monde, de la valeur, une ambition démesurée qui l'auroit mené bien loin , et à laquelle il auroit tout sacrifié. Il avoit trouvé le moyen à son âge de plaire au roi: et Mme de Maintenon le regardoit comme son véritable neveu. Rien moins avec tout cela que