‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 202 sur 348 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Cérémonie de la couverlure, et ses différences pour les trois différentes classes chez le roi d'Espagne , et son plan. — La même cévéïnonie chez la reine d'Espagne, et son plan. — Tout ancien prétexte de galanterie pour se couvrir aboli. — Dislinclion de traits et d'allelages. — Femmes et belles-filles aînées de grands seules et diversement assises. — Séance à la comédie et au bal. — Grands, leurs femmes, fils aînés et belles-filles ainéss expressément et seuls invités à toute fête, plaisir et cérémonie, et à quelquesunes les ambassadeurs.

Après avoir parlé des usages que nous connoissons et que les grands d'Espagne n'ont pas, il faut venir au rang, honneurs et prérogatives dont ils jouissent, et conclure après, tant de celles qu'ils ont que de celles qu'ils n'ont pas , quelle idée juste on doit avoir de leur dignité. Comme la clef du rang et des honneurs dont les grands d'Espagne jouissent est la cérémonie de leur couverture , comme on l'a vu plus haut, et que c'est encore où la différence des classes des grands est presque uniquement sensible , il faut commencer par sa description. Elles sont toutes semblables suivant leurs classes , tout y est tellement réglé qu'il n'y a point à s'y méprendre , ni à y accorder ou retrancher quoi que ce soit. Comme je n'ai vu que celle de mon fils, ou ne trouvera donc pas étrange que ce soit celle-là que je décrive, puisque, de même classe , toutes sont en tout parfaitement semblables.

D'abord le nouveau grand ou celui qui succède à un autre , car cela est pareil pour la couverture , visite tous les grands; j'y menai mon fils. Ensuite il en choisit un pour être son parrain. L'amitié, la parente et d'autres raisons semblables en font faire le choix , et ce choix lui est honorable. Je crus en devoir prier un grand et principal seigneur, bien avec le roi d'Espagne et qui fût agréable â notre cour : c'est ce qui m'engagea à prier le duc del Arco , grand écuyer et favori du roi . qui l'avoit fait grand, de faire cet honneur à mon fils. C'est au parrain à preadxe l'ordre du roi du jour de la cérémonie , d'en faire les honneurs.

tant au palais que chez le nouveau grand , de l'avertir du jour marqué , et d'en avertir aussi le majordome-major du roi , qui a soin d'envoyer un billet d'avis à tous les grands. Ce dernier, à l'occasion de mon fils, prélendit que c'étoit à lui à demander le jour au roi et m'en fit faire quelque insinuation. J'évitai de l'entendre pour ne pas blesser un si grand et si respectable seigneur, ni le grand écuyer aussi, et avec lui tous les grands; j'en avertis néanmoins ce dernier qui s'éleva d'abord, mais qui, en ma considération, l'ignora, et prit cependant l'ordre du roi d'Espagne qui le donna pour le '... , et c'est toujours le matin.

Le jour venu , le parrain invite un, deux ou trois grands comme tels, et qui bon lui semble , pour l'accompagner chez le nouveau grand qu'il va prendre et qu'il mène au palais dans son carrosse avec eux, et l'en ramène de même , où tous lui donnent la première place. Ces autres grands aident au parrain à faire les honneurs , et le nouveau grand se fait accompagner en cortège.

Le duc del Arco ne prit avec lui que le duc d'Albe , oncle paternel et héritier de celui qui est mort ambassadeur d'Espagne à Paris, à cause des places du carrosse que nous remplissions mon fils et moi. Il eut . comme je l'ai dit ailleurs, la politesse de venir dans son carrosse, et non dans un du roi dont il se servoit toujours, parce que dans celui-là il ne pouvoit donner la main à personne. Je ne pus jamais empêcher , quoi que je fisse , qu'ils ne se missent tous deux sur le devant, mon fils et moi eûmes le derrière. Je crus plaire aux Espagnols de marcher à cette cérémonie avec tout l'appareil de ma première audience, et j'y réussis. Six de mes carrosses, entourés de ma livrée à pied, suivoient celui du duc del Arco , où nous étions , et personne autour ; quinze ou dix-huit autres seigneurs de la cour marchèrent après les miens remplis de ma suite : tout Madrid étoit aux fenêtres ou dans les rues.

Nous trouvâmes les gardes espagnoles et wallones en bataille dans la place du palais , qui rappelèrent à notre passage en arrivant et en retournant.

A la descente du carrosse nous fûmes reçus par ce qui s'appelle en Espagne la famille du roi, c'est-à-dire une grosse troupe de bas officiers de sa maison et une autre d'officiers plus considérables, au milieu du degré , avec le majordome de semaine , qui étoit le marquis de Villagarcias , qui étoit Guzman et a été depuis vice-roi du Mexique.

L'escalier depuis lebasjusquesen haut bordé des hallebardiers sous les armes avec leurs officiers. Tous ces honneurs n» sont que pour la première classe. Au haut du degré quelques grands . qui par cette même distinction descendirent deux marches. Beaucoup de personnes distinguées dans l'escalier et jusqu'à la porte de l'appartement, et une foule de grands et de seigneurs nous attendoient dans la première pièce , mais cela n'est que de civilité; la vérité est qu'elle fut extrême, et que tous me dirent qu'ils ne se souvenoient pas d'avoir vu tant de concours de grandesse et de noblesse à aucune couverture, et, à ce que je vis, il fallut le croire.

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