‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 234 sur 348 · S MORT DE M. DE MONTESPAN · texte numérisé non relu

S MORT DE M. DE MONTESPAN

n'en étoit plus aux mesures, on laissa crier, et on resserra bien les lieux prisonniers.

Le vieux Bissy , ancien lieutenant général et commandant depuis long, 1 emps en chef en Lorraine et dans les Trois-Évêchés , mourut à Metz fort regretté par son équité, sa discipline et la netteté de ses mains. Ce fut un de ces militaires de bas aloi que M. de Louvois fit chevalier de l'ordre à la fin de 1688. Il s'appeloit Thiard, d'une famille qui a donné des conseillers et des présidents aux parlements de Dijon et de Besançon , et un évêque de Chalon-sur-Saône , grand poète , ami de Ronsard , de des Portes , du cardinal du Perron , et savant d'ailleurs , qui mourut tout au commencement du dernier siècle. Bissy, parce commandement de Lorraine , trouva à marier son fils aîné à une Haraucourt, qui longues années après devint héritière par la mort de ses frères sans enfants. Il étoit aussi père de l'abbé de Bissy , à qui il procura l'évêché de Toul , et qui depuis est devenu cardinal et a fait un étrange bruit dans le monde. Étant allé tout jeune homme et presque du collège voir son père à Nancy, ce fut à qui le loueroit le plus. Le père, qui étoit galant homme, bon citoyen et vrai, s'en impatienta. a. Vous ne le connoissez pas, leur dit-il; voyez-vous bien ce petit prestolet-là qui ne semble pas savoir l'eau troubler, c'est une ambition effrénée qui sera capable, s'il peut, de mettre l'Église et l'État en combustion pour faire fortune. » Ce vieux Bissy n'a été que trop bon prophète. Il y aura lieu de parler plus d'une fois de ce prestolet qui en conserva l'air toute sa vie.

M. de Montespan mourut dans ses terres de Guyenne , trop connu par la funeste beauté de sa femme, et par ses nombreux et plus funestes fruits. Il n'en avoit eu qu'un fils unique avant l'amour du roi , qui étoit le marquis d'Antin, menin de Monseigneur, lequel sut tirer un grand parti de la honte de sa maison. Dès que son père fut mort, il écrivit au roi pour lui demander de faire examiner ses prétentions à la dignité de duc d'Épernon. Tous les enfants de sa mère en supplièrent le roi après son souper, ou de le faire duc, M. le duc d'Orléans portant la parole. Cette folie d'Épernon fut en effet son chausse-pied, mais le„ moments n'en étoient pas venus, un obstacle invincible l'arrètoit encore : Mme de Montespan vivoit , et Mme de Maintenon la haïssoit trop pour lui donner le plaisir de voir l'élévation de son fils.

Malgré elle, M. de Chevreuse fut plus heureux, par la permission qu'il obtint de donner sa charge de capitaine des chevau-légers de la garde au duc de Montfort son fils. Elle ne put jamais revenir de l'affaire de M. de Cambrai à l'égard de ses anciens et persévérants amis qui l'avoient tant été d'elle-même ; elle haïssoit surtout le duc de Chevreuse et la duchesse de Beauvilliers. M. de Beauvilliers, elle le supportoit davantage , quoiqu'elle ne l'aimât guère mieux ; Mme de Chevreuse étoit le moins dans sa disgrâce ; mais le roi étoit si parfaitement revenu pour tous les quatre . que Mme de Maintenon ne put jamais leur donner d'atteinte. Ainsi finit cette année et tout le bonheur du roi avec elle

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