CHAPITRE XXVII
4 702. — Bals à la cour et comédies chez Mme de Maintenon et chez la princesse de Conti. — Longcpicrre. — Mort de lu ducliesse de Sully. — Mort étrange de Lopineau. — Mort et aventures de l'ablié de Valleville. — Mariage de Villars et de Mlle de Varangeville. — Délibération sur le voyage do Philippe V en Italie. — Brillante situation d'Haicoiirt, qui lui fait espérer d'être ministre. — Position brillante d'Harcourt en Espagne. — Son embarras entre les deux. — Caractère d'Harcourt. — Conférence très-singulière. — Raisons pour et contre le voyage. — Harcourt arrête la promotion des maréchaux de France. — Son imprudence. — Il se perd auprès du roi d'Espagne et se ferme après le conseil. — Mme la duchesse de Bourgogne et Tessé. — Le voyage résolu et Louville dépêché au roi d'Espagne.
L'année commença par des bals à Versailles; il y en eut quantité en masques. Mme du Maine en donna plusieurs dans sa chambre toujours gardant son lit, parce qu'elle étoit grosse, ce qui faisoit un spectacle assez singulier. Il y en eut aussi à Marly, mais la plupart de ceux-là sans mascarades. Mme la duchesse de Bourgogne s'amusa fort à tous. Le roi vit en grand particulier, mais souvent et toujours chez Mme de Maintenon, des pièces saintes, comme Âhsalon, Athalie, etc.; Mme la duchesse de Bourgogne, M. le duc d'Orléans, le comte et la comtesse d'Ayen, le jeune comte de Noailles, Mlle de Melun, poussée par les Noailles, y faisoient les principaux personnages en habits de comédiens fort magnifiques. Le vieux Baron, excellent acteur, les instruisoit et jouoit avec eux, et quelques domestiques de M. de Noailles. Lui et son habile femme étoient les inventeurs et les promoteurs de ces ^ ^aisirs intérieurs pour s'introduire de plus en plus dans la familiarité du "oi, à l'appui de l'alliance de Mme de Maintenon. Il n'y avoit de place que pour quarante spectateurs. Monseigneur et les deux princes ses fils, Mme la princesse de Conti , M. du Maine , les dames du palais , Mme de Noailles et ses filles y furent les seuls admis. II n'y eut que deux ou trois courtisans en charge et en familiarité , et pas toujours. Madame y fut admise avec son grand habit de deuil ; le roi l'y convia , parce qu'elle aimoit fort la comédie, et lui dit qu'étant de sa famille si proche , son état ne la devoit pas exclure de ce qui se faisoit en sa présence dans un si grand particulier. Cette faveur fut fort prisée. Mme de Maintenon voulut lui marquer qu'elle avoit oublié le passé.
Longepierre , celui même qui avoit été chassé de chez M. du Maine pour avoir entêté M. le comte de Toulouse d'épouser Mlle d'Armagnac, dont la mère et la fille furent longtemps exclues de tout, et ne se seroient pas sauvées de la plus profonde disgrâce sans l'amitié du roi pour M. le Grand, Longepierre, dis-je, étoit enfin revenu, s'étoit accroché aux Noailles , et avoit fait une pièce fort singulière sous le titre d'Electre qui fut jouée sur un magnifique théâtre chez Mme la prince.sse de Conti à la ville avec le plus grand succès. Monseigneur et toute la cour qui s'y empressa , la vit plusieurs fois. Cette pièce étoit sans amour . mais pleine des autres passions et des situations les plus intéressantes. Je