‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 236 sur 348 · MORT ÉTRANGE DE LOPINEAU · texte numérisé non relu

MORT ÉTRANGE DE LOPINEAU

pense qu'elle avoit été faite ainsi dans l'espérance de la faire voir au roi, mais il se contenta d'en entendre parler, et les représentations en furent bornées à l'iiôtel de Conti. Longepierre ne la voulut pas donner ailleurs. C'étoit un drôle, intrigant de beaucoup d'esprit , doux . insinuant, et qui sous une tranquillité , une indifférence et une philosophie fort trompeuse se fourroit et se mêloit de tout ce qu'il pouvoit pour faire fortune. Il fit si bien qu'il entra chez M. le duc d'Orléans où nous le retrouverons , et où , avec tout son art et son savoir-faire , il montra vilainement la corde et se fit honteusement chasser. D'ailleurs il savoit entre autres force grec , dont il avoit aussi toutes les mœurs.

La mort de la duchesse de Sully priva les bals du meilleur et du plus noble danseur de son temps , le chevalier de Sully , son second fils , et que le roi faisoit danser , quoique d'âge à y avoir renoncé. Sa mère éloit fille de Servien , surintendant des finances , à qui étoit .Meudou où il avoit tant dépensé. Elle étoit pauvre , quoiqu'elle eût eu huit cent mille livres, et que par l'événement elle fût devenue héritière. Mais Sablé, son frère, s'étoit ruiné dans la plus vilaine crapule et la plus obscure, quoique fort bien fait et avec beaucoup d'esprit, et l'abbé Servien, son autre frère, qui n'en avoit pas moins, et avoit été camérier du pape , ne fut connu que par ses débauches , et le goût italien qui lui attira force disgrâces. Ainsi périssent en bref, et souvent avec honte, les familles de ces ministres si puissants et si riches qui semblent dans leur fortune les établir pour l'éternité.

Lopineau, commis de Ghamillart pour dresser les arrêts de finance, étoit perdu depuis trois mois. C'étoit un homme doux et poli, bien que commis principal, et homme à mains nettes, quoique de tout temps employé aux finances. Il étoit aimé et estimé de tout le monde, et n'étoit point marié. Étant à Paris, et sorti une après-dînée seul à pied, il ne revint plus, et son corps fut enfin trouvé près du pont de Neuilly dans la rivière. Ce pauvre homme apparemment fut pris par des scélérats pour le rançonner et détenu longtemps, puis assassiné et jeté dans la rivière, sans que, quelque soin qu'on ait pris de le chercher puis de faire toutes les perquisitions possibles de ce crime , on en ait pu rien apprendre.

La mort de l'abbé de Vatteville fit moins de bruit, mais le prodige de sa vie mérite de n'être pas omis. Il étoit frère du baron de Vatteville, ambassadeur d'Espagne en Angleterre, qui fit à Londres, le 10 octobre 1661 , une espèce d'aff"ront au comte, depuis maréo<ial d'Estrades, ambassadeur de France, pour la préséance, dont les suites furent si grandes, et qui finirent par la déclaration que fit au roi le comte de Fu entés, ambassadeur extraordinaire d'Espagne, envoyé exprès, que les ambassadeurs d'Espagne , en quelque cour que ce fût, n'entreroient jamais en concurrence avec les ambassadeurs de France. Cela se passa le 24 mars 1662, en présence de toute la cour et de vingtsept ministres étrangers, dont on tira acte.

Ces Vatteville sont des gens de qualité de Franche-Comté. Ce cadet-ci fit chartreux de bonne heure, et après sa profession fut ordonné

être. Il avoit beaucoup d'esprit, mais un esprit libre, impétueux , qui

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