HARCOURT ARRÊTE LA PROMOTION
regarderoient comme une nouveauté, et qu'il n'étoit que très-bon de faire éprouver à Madrid l'éclipsé d'un soleil dont la présence le rendoit heureux et abondant , et dont le retour après et la présence y seroit bien plus goûtée et chérie. A la seconde objection . que la gloire , la réputation . le respect et l'attachement personnel s'acquéroient trèsprincipalement et très-solidement par les travaux et les périls . lesquels' étoient bien moindres pour les rois que pour les autres hommes, et qui souvent faisoient un heureux bruit à bon marché : enfin sur la dépense . qu'il n'y en avoit aucune plus utile ni plus iiécessaire que celle qui alloit à remplir des vues si principales ; que la dépense même se pouvoi* beaucoup modérer avec la plus grande bienséance, et qu'un jeune prince n'en étoit que plus aimé et plus estimé, en retranchant les pompes . les fêtes et tout l'inutile pour ne pas fouler ses peuples et employer ses finances à les protéger et à les défendre: qu'un voyage de guerre n'étoit pas celui d'un mariage ou d'une entrevue . et que le simple nécessaire, réduit à la juste mesure de la dignité d'un jeune roi qui ne va qu'en passant visiter ses nouveaux sujets pour se mettre à la tète de son armée et y faire ses premières armes , n'étoit pas si coûteux qu'on se le vouloit persuader.
Ces raisons pour et contre, leurs subdivisions, leurs suites, leurs conséquences . c'est ce qui fut débattu chez le chancelier. Harcourt . à qui il étoit capital d'empêcher ce voyage . n'y oublia rien dans cette conférence, appuyé de Chamillart: les deux autres, d'un sentiment contraire, entraînèrent à demi le chancelier, qui ne se soucioit plus de faire sa cour à Mme de Maintenon. Il avoit toujours ménagé Monseigneur et lui avoit fait tous les plaisirs qu'il avoit pu tandis qu'il avoit eu les finances. Harcourt , qui n'oublioit rien, commençoità se lier avec les deux sœurs Lislebonne. Il avoit entretenu Monseigneur, mais ce prince avoit donné des audiences à Louville; il aimoit le roi d'Espagne: tel qu'il étoit, il seutoit que son empressement d'aller en Italie étoit appuyé de bonnes raisons . et que sa gloire personnelle y etoii intéressée. Il en avoit embrassé le sentiment et l'appuyoit. Le compte qui fut rendu au roi de la conférence ne lui apprit rien de nouveau. Son goût par son propre exemple penchoit au voyage. Mme de Maintenon et Chamillart le retendent en suspens.
Dans ce même temps, le roi, qui méditoit une grande promotion d'officiers généraux, eut envie de faire des maréchaux de France en même temps. Il est certain qu'il en écrivit quatre de sa main auxquels il se vouloit borner, qui étoient Rosen . Huxelles. Tallard et Harcourt. Il s'ouvroit alors de beaucoup de choses à Harcourt: il lui parla de la promotion d'officiers généraux, il lui fit sentir quelque chose de celle des maréchaux de France. Harcourt. qui mouroit de peur de l'être , parce qu'il sentoit bien qu'on l'enverroit servir, et qu'il ne vouloit pas s'éloigner, sur le point qu'il se croyoit d'entrer dans le conseil . dissuada le roi d'en faire. Ce qui ne se comprend pas d'un homme d'autant d'esprit, c'est que sa vanité le porta à s'en vanter jusqu'au marquis d'Uxelles, à qui il en parla dans un coin de la galerie, peut-être en lui répondant sur ce que l'autre le sondoit pour hâter cette promoiiou.