DES MARÉCHAUX DE FRANCE
Huxelles, surpris et encore plus outré du propos d'Harcourt : a Mort... , Ivii dit-il, si vous n'étiez pas duc, vous vous en seriez bien gardé; y> et lui tourna le dos en furie.
Pendant tous ces manèges. Harcourt avec le meilleur visage du monde se plaignoit de coliques la nuit, d'insomnies et de toutes sortes de maux qui ne paroissoient point, pour se tenir une porte ouverte à refuser.de servir et de s'éloigner; et toujours porté par sa protectrice, avoit de fréquents entretiens avec le roi, dans lesquels il frondoit toujours l'avis de ses ministres. La plupart de ces entretiens rouloient sur l'Espagne et sur la guerre.
Cette opposition d'Harcourt revint souvent par le roi même à Chamillart. Soit que les ducs de Beauvilliers et de Ghevreuse , ses amis particuliers, lui tissBut faire des réflexions, soit qu'il en fît de lui-même, il ouvrit les yeux sur le risque personnel dont le menaçoit l'entrée d'Harcourt au conseil. 11 comprit que, parvenu à ce comble de ses désirs, et n'ayant plus rien à craindre, il ne songeroit qu'à empiéter la principale autorité, qu'étant homme de guerre et surtout de détail , ce seroit à ses dépens qu'il s'autoriseroit; qu'il auroit peine à résistera un homme aussi entreprenant, qui partageoit au moins avec lui la faveur et l'appui de Mme de Maintenon , et qui , avant que de se voir dans le conseil, ne craignoit pas de faire contre aux ministres, et à luimême dans les entretiens qu'il avoit avec le roi. Il pensa donc sérieusement à éviter ce péril , et à éloigner Harcourt en le faisant maréchal de France, et servir en cette qualité. Mais le roi incertain par ce que Harcourt lui avoit représenté , on prétend qu'un événement fortuit acheva d'empêcher qu'il n'y eût des maréchaux de France: je dis on prétend, parce que , encore que j'aie eu alors tout lieu de croire l'anecdote que je vais raconter, je n'en suis pas assuré avec certitude. Voici le fait :
Mme la duchesse de Bourgogne qui . par ses grâces , ses manières flatteuses et amusantes , et son attention de ious les instants à plaire au roi et à Mme de Maintenon , s'étoit rendue familière avec eux jusqu'à usurper toutes sortes de libertés, remuant un soir les papiers du roi, sur sa petite table , chez Mme de Maintenon , trouva cette liste des quatre maréchaux de France : en la lisant, les yeux lui rougirent, elle s'écria en s'adressant au roi qu'il oublioit Tessé , qui en mourroit de douleur et elle aussi. Elle se piquoit d'aimer Tessé, parce qu'il avoit fait la paix de Savoie et son mariage, et elle s'apercevoit bien que par cette raison cela plaiso't au roi. Il fut fâché cette fois qu'elle eût vu ce papier, et soit qu'il eût déjà résolu de ne point faire de maréchaux de France, ou qu'il fût butté alors à ne pas faire Tessé, il répondit avec émotion à la princesse qu'elle ne s'affligeroit pas et qu'il n'en feroit aucun.
Cependant le roi d'Espagne écrivoit lettres sur lettres au roi , sur son voyage d'Italie. Le temps s'avançoit. Il falloit se déterminer. Chamillart, tout doucement détaché d'Harcourt, cessa ses oppositions par rapport aux finances, comme entrant dans les raisons du voyage et dans le goût que le roi y montroit. Il fut résolu , et Louville dépéché pour eu informer le roi d'Espagne.