‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 243 sur 348 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

Retour de Catinat. — Promotion d'officiers généraux. — Ma réception au parlement. — Visites qui la précèdent; pièges que j'y évite. — Je quitte le service. — Bagatelles qui caraclérisenl. — Bougeoir. — Soupers de Trianon, — Duc de Viileroy arrivé d'ilalie. — Journée de Crémone. — Situation de Crémone et qui y commandoit. — Maréchal de Viileroy pris. — Aventure de Monlgon. — Viileroy hautement proiégé du roi et traité en favori. — Revel chevalier de l'ordre. — Praslin lieutenant général.

Catinat arrivé d'Italie , où sa patience avoit essuyé de si cruels dégoûts, salua le roi à son dîner, u:: Jour qu'il avoit pris médecine; le roi lui fit un air assez gracieux , lui dit quelques mots , mais ce fut tout; nul particulier; le roi ne lui dit pas même qu'il l'entretiendroit, et le modeste maréchal ne montra pas seulement qu'il le désirât, et s'en retourna tranquillement à Paris.

La promotion d'officiers généraux dont j'ai parlé se fit enfin. Elle fut prodigieuse. Dix-sept lieutenants généraux , cinquaute maréchaux de camp , quarante et un brigadiers d'infanterie , et trente-huit de cavalerie. Avant que d'expliquer où elle me conduisit, il faut dire que je me fis recevoir ce même hiver au parlement. Le roi qui sur ses bâtards a toujours commencé de fait toutes les distinctions qu'il leur a données, avant que de les leur accorder par des brevets, des lettres, des déclarations et des édits , et qui depuis longtemps avoit établi qu'aucun pair n'étoit reçu au parlement , sans lui en demander la permission , qu'il ne refusoit jamais, s'étoit mis à la différer si le pair n'avoit pas vingt-cinq ans, pour mettre peu à peu une différence d'âge entre ses enfants naturels et eux , par un usage qu'il pût après tourner en règle. Je le savoîs, et j'avois exprès difleré ma réception plus d'une année au delà des vingt-cinq ans, sous prétexte de négligence.

Il fallut aller chez le premier président Harlay , qui m'accabla de respects, chez les princes du sang, chez les bâtards. M. du Maine se fit répéter le jour marqué , puis , d'un air de joie contenue par celui de la politesse et de la modestie : a Je n'aurai garde d'y manquer, me dit-il, ce m'est un honneur trop grand d'y assister et trop sensible que vous veuilliez bien que s'y sois, pour ne m'y pas trouver, » et avec mille compliments me conduisit jusqu'au jardin, car c'étoit à Marly où j'étois ce voyage. Le comte de Toulouse et M. de Vendôme me répondirent plus simplement , mais ne parurent pas moins contents , ni moins polis et attentifs à remplir tout ce qu'ils dévoient, comme avoit fait M. du

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