AVENTURE DE MONTGON
leur ôtoit la communication du rempart où étoient les Irlandois, et pour avoir cette porte libre pendant la nuit et pouvoir par là recevoir du secours. Les Irlandois secondèrent si bien cette attaque par leur rempart, que le dessus , de la porte fut emporté: les ennemis conservèrent le bas de la porte de plain-pied à la rue. Un calme assez long succéda à ce dernier combat. Revel cejiendant songeoit à faire retirer doucement les troupes au château, lorsque sur ce long calme Mahoni lui proposa d'envoyer voir ce qui se passoit partout, et se proposa luimême pour aller aux nouvelles et lui en venir rendre compte. 11 faisoit déjà obscur: les batteurs d'estrade en profitèrent. Ils virent tout tranquille, et reconnurent que les ennemis s'étoient retirés. Cette grande nouvelle fut portée à Revel , qui fut longtemps , et beaucoup d'autres avec lui, sans le pouvoir croire. Persuadé enfin, il laissa toutjau même état jusqu'au grand jour, qu'il trouva les rues et les places jonchées de morts et remplies de blessés. Il donna ordre à tout, et dépêcha Mahoni au roi , qui y avoit fait merveilles.
Le prince Eugène marcha toute la nuit avec le détachement qu'il avoit amené, et se fit suivre fort indécemment par le maréchal de Villeroy , désarmé et mal monté . qu'il envoya à Ustiano , et , depuis , sur les ordres de l'empereur, à Inspruck, qui le fit après conduire à Gratz, en Styrie. Tous ses gens et son équipage lui fut envoyé à Ustiano et le suivit depuis. Crenan mourut dans le carrosse du maitchal de Villeroy, allant le joindre à Ustiano. D'Entragues. à la revue et à la valeur duquel on fut redevable du salut de Crémone, ne survécut pas à une si glorieuse journée. Le gouverneur espagnol fut tué avec la moitié de nos troupes. Les Impériaux y en perdirent un plus grand nombre et manquèrent un coup qui finissoit en bref en leur faveur la guerre d'Italie.
Montgon. maréchal de camp, essuya là une aventure qui ne rétabliî pas sa réputat on. Il sortit à pied au premier grand bruit, et il rentra incontinent chez lui. Il prétendit avoir été jeté par terre et foulé aux pieds des chevaux des ennemis. Il se dit fort blessé et se mit au lit, d'où il envoya se rendre prisonnier au plus voisin corps de garde, et demander d'être mis en sûreté. Il passa ainsi cette terrible journée dans le repos entre deux draps. Il y apprit Crémone prise, puis reprise: alors sa sauvegarde eut besoin qu'il lui en servît, et il obtint de Revel de la renvoyer libre. Le fâcheux fut qu'il ne se trouva sur Montgon aucune blessure. Le prince Eugène le réclama comme prisonnier . eî lui ne demandoit pas mieux. Nos ^^énéraux prétendirent qu'il avoit recouvré sa liberté avec la place. Le roi voulut avoir l'avis des maréchaux de France , et toutefois avant de l'avoir eu il manda que ce n'étoit pas la peine de disputer. On ne disputoit plus , le prince Eugène s'étoit rendu. Montgon ne laissa pas de l'aller trouver: mais le prince Eugène, qui ne vouloit point de prisonniers incertains, le renvoya libre. Cette aventure, qui fit grand bruit et grand tort à Montgon, l'eilt perdu auprès du roi sans Mme de Mainlenon , protectrice déclarée de tout temps de sa femme , de la vieille Heudicourt, sa belle-mère.
J'appris cette nouvelle , dans ma chambre . par M. de Lauzun. Aussitôt j'allai au château , où je trouvai une gratide rumeur et force pelotons