‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 248 sur 348 · VILLEROY PROTÉGÉ DU ROI · texte numérisé non relu

VILLEROY PROTÉGÉ DU ROI

de gens qui raisonnoient. Le maréchal de Villeroy fut traité comme le sont les malheureux qui ont donné de l'envie'. Le roi prit hautement son parti et publiquement. Il témoigna, en dînant, à Mme d'Armagnac combien il étoit sensible au malheur de son frère . et l'excusa en montrant même de l'aigreur contre ceux qui tomboient sur lui. La vérité 3st que ce n'étoit pas à lui , qui arrivoit à Crémone la veille de la surprise , à savoir cet aqueduc et cette porte murée , ni s'il y avoit déjà des soldats impériaux introduits et cachés. Crenan et le gouverneur espagnol étoient ceux qui en dévoient répondre, et le maréchal ne pouvoit mieux que d'aller au premier bruit à la grande place, ni répondre de sa capture au détour d'une rue en s'y portant.

Son fils , qui étoit à Marly avec sa femme , l'amena à cette nouvelle à Versailles, où étoit la maréchale de Villeroy. J"étois extrêmement de leurs amis. Je les trouvai le lendemain dans la plus morne douleur. La maréchale, qui avoit infiniment de sens et d'esprit, et du plus aimable, n' avoit point été la dupe de l'éclat de l'envoi de son mari en Italie. Elle le connoissoit et elle craignoit les événements. Celui-ci l'accabla, et [elle] fut longtemps sans vouloir voir personne que ses plus intimes, ou des gens indispensables. La duchesse de Villeroy ne revint plus à Marly à cause des bals , dont Mlle d'Armagnac ne perdit aucun , quoique son père et ses oncles prissent feu pour le maréchal de Villeroy et toutes sortes de mesures pour lui.

Au sortir de dîner au jour de l'arrivée de Mahoni, le roi s'enferma seul avec lui dans son cabinet. Cependant la cour étoit nombreuse dans sa chambre , et ce qui surprit fut d'y voir Chamillart y attendre comme les autres en proie aux questions. Il vanta fort les principaux officiers, et le gros des autres et les troupes, et il s'étendit sur les merveilles de Praslin, et sur sa présence d'esprit d'avoir fait rompre le pont. On a vu ci-devant, en son lieu, qu'il etoit extrêmement de mes amis. Quoique alors je ne conçusse point du tout Chamillart , je ne pus m'empêcher de lui dire que cet important service méritoit une grande récompense. Au bout d'une heure le roi sortit de son cabinet. En changeant d'habits, pour aller dans ses jardins, il parla fort de Crémone en louange, et surtout des principaux officiers; il prit plaisir à s'étendre sur Mahoni, et dit qu'il n'avoit jamais ouï personne rendre un si bon compte de tout. ni avec tant de netteté d'esprit et de justesse, même si agréablement. 11 ajouta avec complaisance qu'il lui donnoit mille francs de pension et an brevet de colonel. Il étoit major du régiment de Dillon.

Le soir, comme nous entrions au bal, M. le prince de Conti nous dit que le roi donnoit l'ordre à Revel. et faisoit Praslin lieutenant général. La joie que j'en eus me fit le lui demander encore pour en être plus sûr.

t . Les recueils de chansons de celte époque sont remplis de couplets sur • affaire de Crémone. On n'en peut guère extraire que ces vers souvent cités :

François, rendez grâce à Bellone :

Voire bonheur est sans égal ; Vous avez conservé Crémone Et perdu votre général.

[1702] HARCOURT REFUSE L'ARMÉE d'iTALIE. 347

Les autres oficiers principaux furent avancés à proportion de leurs grades, et bea icoup eurent des pensions. Revel eut encore le gouvernement de Cond<; ; et le marquis de Créqui, quoiqu'il n'eût pas été à Crémone, eut la direction de l'infanterie : c'étoit la dépouille de Crenan.

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