‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 262 sur 348 · COMTE DE TOULOUSE · texte numérisé non relu

COMTE DE TOULOUSE

prétexte de former la reine au sérieux et aux affaires , commença elle-même à s'y initier. Il ne se peut rien ajouter à l'esprit, aux grâces, à l'affabilité que cette jeune reine montra pendant son voyage et à son arrivée à Madriij. Le naturel y eut grande part, et la princesse des Ursins grand honneur par les soins qu'elle prit à la former. Elle ne s'en donna pas moins à la gagner, et elle y réussit au delà de ses espérances; elle ne fut pas moins heureuse à lui inspirer le goilt du crédit et des affaires. Dans une si grande jeunesse, elle assista tous les jours à la junte, qui étoit composée du cardinal Portocarrero . don Manuel Arias , gouverneur du conseil de Castille , le duc de Medina-Celi , le marquis de Villafranca . de Mancera et du comte de Monterey. J'ai parlé suffisamment de tous ces personnages pour les faire connoître; retournons maintenant sur nos pas.

Le comte d'Estrées revenu à Toulon , M. le comte de Toulouse partit pour s'y rendre , accompagné d'O , qui fut fait chef d'escadre. Cheverny , attaché comme d'O à Mgr le duc de Bourgogne , n'avoit depuis be-ucoup d'années aucune santé pour l'accompagner à la guerre ni pour monter même un moment à cheval. Tellement que le roi leur joignit en quatrième Gamaches qu'on avoit longtemps appelé Cayeux, qu'il avoit mis auprès de M. le duc d'Orléans avant la mort de Monsieur, et qui depuis étoit à louer, parce que ce prince avoit une maison, et presque toute celle de feu Monsieur. Le choix parut encore plus sauvage que la première fois, mais au moins celui-là avoit de l'honneur et de la valeur, il avoit été toute sa vie à la guerre , et y étoit arrivé au grade de lieutenant général. Il suivit donc Mgr le duc de Bourgogne avec Saumery, aussi attaché à lui, et qui avoit été son sous-gouverneur.

Le roi , qui fit servir M. du Maine dans son armée où son ancienneté le (àisoit le second lieutenant général, rusa pour qu'il fût le premier: il fit entrer Rosen dans son cabinet qui étoit le premier et mestre de camp général de cavalerie , et lui dit qu'il le destinoit à être attaché à la personne de son petit-fils, et à lui servir de conseil pour sa conduite. Cette proposition, qui ne put être accompagnée que de force cajoleries, flatta Rosen qui l'accepta. C'étoit un Allemand rusé et fort délié sous une apparence et même une affectation de grossièreté et de manière de reître, qui vit bientôt après à quoi il devoit ce choix , et qui se repentit bien de s'être laissé duper. Il vouloit être maréchal de France: il commandoit l'aile droite comme premier lieutenant général , et toute la cavalerie comme mestre de camp général : c'étoit encore lui que regardoient de droit les détachements considérables qui se pouvoient faire par des corps séparés. Tout cela le conduisoit au bâton, et tout cela étoit incompatible avec l'état de mentor du jeune prince qui de plus avoit beaucoup d'épines du côté de la cour et de l'armée. Réflexion faite, il alla trouver le roi et s'excusa sur son incapacité de l'honneur qu'il lui vouloit faire , et s'en tira si dextrement que le roi ne put lui savoir mauvais gré.

En sa place le roi mit Artagnan , homme désinvolte ' , et qui n'enten-

\ . Ce mot, traduit de l'italien, désigne un homme dont le corps et l'esprit

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