‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 263 sur 348 · LE DUC DE BOURGOGNE EN FLANDRE. [1702J · texte numérisé non relu

LE DUC DE BOURGOGNE EN FLANDRE. [1702J

doit pas moins bien les souterrains de la cour que son détail du régiment des gardes et de major général. Ainsi accompagne, l'héritier nécessaire de la couronne partit pour la Flandre , n'ayant que Moreau , son premier valet de chambre, pour l'y servir, y commander et lui présenter tout le monde. Cette indécence parut si grande à M. de La Rochefoucauld, que . libre comme il étoit avec le loi . il ne put s'empêcher d'en parler au roi à son lever qui ne répondit pas une parole.

Il étoit moins occupé de la décoration de son petit-fils que de la nécessité de son passage par Cambrai . qui ne se pouvoit éviter sans affectation. Il eut de sévères défenses non-seulement d'y coucher . mais de s'y arrêter même pour manger, et pour éviter le plus léger particulier avec l'archevêque . le roi lui défendit de plus de sortir de sa chaise. Saumery eut ordre de veiller de près à l'exécution de cet ordre. Il s'en acquitta en argus avec un air d'autorité qui scandalisa tout le monde. L'archevêque se trouva à la poste , il s'approcha de la chaise de son pupille dès qu'elle arriva . et Saumery . qui venoit de mettre pied à terre et lui avoit signifié les ordres du roi, fut toujours à son coude. Le jeune prince attendrit la foule qui l'environnoit par le transport de joie qui lui échappa à travers toute sa contrainte en apercevant son précepteur. Il l'embrassa à plusieurs reprises et assez longuement pour se parler quelques mots à l'oreille, malgré l'importune proximité de Saumery. On ne fit que relayer, mais sans se presser Nouvelles embrassades, et on partit sans qu'on eût dit un mot que de santé, de route et de voyage. La scène avoit été trop publique et trop curieusement remarquée pour n'être pas rendue de toutes parts. Comme le roi avoit été exactement obéi , il ne put trouver mauvais ce qui s'étoit pu dérober parmi les embrassades , ni les regards tendres et expressifs du prince et de l'archevêque, La cour y fit grande attention et encore plus celle de l'armée. La considération de l'archevêque qui, malgré sa disgrâce, avoit su s'en attirer dans son diocèse et même dans les Pays-Bas . se communiqua à l'armée , et les gens qui songeoient à l'avenir prirent depuis leur chemin par Cambrai plus volontiers que par ailleurs pour aller ou revenir de Flandre.

Mgr le duc de Bourgogne s'arrêta à Bruxelles sept ou huit jours . où tout ce qu'il y avoit de considérable des sujets d'Espagne s'empressa à lui faire la cour. Enfin il alla se mettre à la tète de l'armée. Mais comme si on eût voulu accumuler toutes les indécences, ses équipages ne l'y joignirent que quinze jours après, en sorte que, depuis son arrivée à Bruxelles, il fut toujours, lui et son peu de suite, chez le maréchal de Boufflers et à ses dépens. Le roi lui donna vingt-cinq mille écus pour cette dépense extraordinaire, et en même temps cinquante mille livres à Tessé pour la dépense qu'il avoit faite pendant le blocus de Mantoue , duquel je parlerai bientôt.

Bedmar, capitaine général et gouverneur général des Pays-Bas espagnols par intérim , en l'absence de l'électeur de Bavière qui étoit dans

ont une allure vive ei dé^at^e. Le subslaolif désinvolture est reslé, avec le même sens, dans la langue française.

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ses États , eommandoit un corps v«rs la mer. Il agissoit de concert avec le maréchal de Bout'flers, mais au vrai sous ses ordres, quoique cela ne parût pas, et Mgr le duc de Bourgogne qui avoit une patente de généralissime du roi son frère , eommandoit en apparence à tous les deux. Bedmar. bien qu'Espagnol «l'illustre naissance, avoit servi toute sa vie avec beaucoup de valeur , et avoit acquis de la capacité à force d'années hors de son pays . parmi des Italiens et surtout des Flamands où il avoi l presque toujours vécu. Il n'avoit conservé de sa nation que la probité, le courage et la dignité , la libéralité et la magnificence; du reste doux, affable, prévenant, poli, ouvert, du commerce le plus commode et le plus agréable, avec beaucoup d'esprit, et toujours gracieux et obligeant, il s'étoit fait aimer et estimer partout, et adorer des François depuis qu'ils étoient sous ses ordres. Parfaitement uni avec le maréchal de Boufflers , bien avec tous les commandants et intendants de nos frontières, il avoit tellement plu au roi. qu'il obtint, sans lui en avoir rien laissé pressentir, la grandesse de première classe pour lui, en même temps que le comte d'Estrées reçut la même grâce. Bedmar étoit de la maison de Benavidès , mais il portoit le nom de La Cueva par cette coutume des majorasques et des alliances espagnoles dont j'ai parlé à l'occasion de la grandes.se d'Espagne. L'une et l'autre maison ont des grands. Le duc d'Albuquerque est La Cueva; mais il faut remarquer que cette maison castillane est éteinte depuis bien des siècles . et que toute la maison de La Cueva descend du mariage de Marie La Cueva avec Hugues Bertrand qui étoit François , et dont les enfants quittèrent leur nom et leurs armes pour prendre le nom seul et les armes pleines ' de La Cueva. Un François de ce nom , qui épouse une telle héritière , pourroit bien être de cette ancienne maison déjà illustre longtemps avant le maréchal Robert Bertrand septième du nom , sous le règne de Philippe de Valois. Je me suis étendu sur le marquis de Bedmar, parce que je l'ai fort vu et connu en Espagne.

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