CHAPITRE XXXI
Kaiserswerth assiégé. — Déclaration de guerre de l'Angleterre et de la Hollande. — Marlborough , sa femme et leur fortune. — Canonnade de Niraègue, etc. — Places perdues. — Retour de Mgr le duc de Bourgogne et du duc du Maine. — Retour du comte de Toulouse. — Varennes commandant de Metz, etc., enlevé, rendu et déplacé. — Blainville, lieutenant général, e Biancas, brigadier, sortent de Kaiserswerth. — Rouen soustrait à la primatie de Lyon. — Aubercourl et les jésuites condamnés. — Grand prieur veut rendre ses bénéfices , et va servir sous Catinat avec vingt mille livres de pension. — Cinq grands d'Espagne chevaliers de l'ordre. — Rude chute de M. de La Rochefoucauld à la chasse. — M. de Duras perd une prétention contre M. de Noailles. — Époque de mon intime liaison avec M. le duc d'Orléans. — Avances inutiles vers moi de M. et de Mme du Maine.
4. Les armes pleines sont celles qui sont entières, d'une pièce, sans divisions, brisures, ci mélangea.
Saimt-Simom U. , 24
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— Philippe V à Crémone. — Combat de Luzzarà. — Marquis de Créqui tné; Bon caractère. — Prince de Comnieicy fils tué. — Autre conspiration découverte à Naples. — Descente inutile de dix mille Anglois dans l'île de Léon, près Cadix. — M. de Vendôme chevalier de la Toison. — Philippe V à Milan et à Gènes, suivi du cardinal d'Estrées, donne l'Altesse au dope et fait ci^-ivrir quelques sénateurs, à l'exemple de Charles-Quint. — Abbé d'Eslrées va en Espagne. — Maréchal de Villeroy Mbre. — Marquis dé Legafiez vient se purger de soupçon à Versailles. — Amiranle de Caskille se retire en Portugal. — Cienfuegos, jésuite. — Retour de? galions [qui sont] brûlés par les Anglois dans le portde Vigo, et quinze vaisseaux françois. — La reine d'Espagne se fait garder à Madrid, quoique sans exemple.
La campagne de Flandre fut triste. L'électeur de Brandebourg et le landgrave de Hesse assiégèrent Kaiserswerth de bonne heure. Blainville le défendit à merveille : il y eut force combats. L'Angleterre et la Hollande déclarèrent solennellement la guerre aux deux couronnes : leur armée unie fut commandée par le comte d'Athlone pour les Etats généraux, et par le comte de Marlborough pour les Anglois.
C'étoit milord Churchill, favori du roi Jacques, qui fit son élévation de très-simple gentilhomme qu'il étoit, et frère de sa maîtresse dont il eut le duc de Berwick. Jacques lui donna le titre de comte de Marlborough et une compagnie de ses gardes du corps. Il lui confia aussi le commandement de ses troupes lors de l'invasion du prince d'Orange , auquel il l'auroit livré si le comte de Feversham, aussi capitaine de ses gardes , et frère des maréchaux de Duras et de Lorges , ne l'eût empêché d'aller à son camp faire une revue, où il eut avis que le piège étoit tendit. La femme de Marlborough étoit de tout temps attachée à la princesse de Danemark dont elle étoit favorite et dame d'honneur lorsque la princesse parvint à la couronne. Elle la confirma dans cette charge, envoya en même temps son mari en Hollande comme son ambassadeur et, comme général de l'armée qu'elle y alloit former, le fit duc et chevalier de la Jarretière bientôt après. Il n'y aura que trop d'occasions de parler de lui dans la suite , à qui nos malheurs donnèrent un si grand nom.
M. de Boufllers fut accusé d'avoir par incertitude manqué une occasion heureuse de le battre au commencement de la campagne : elle ne se retrouva plus; on subsista dans leur pays. On crut les tenir aux environs de Nimègue : on prétendit qu'on auroit pu encore avoir là un grand avantage sur eux; rien n'en séparoit ou presque rien. La canonnade dura tout le jour; on leur prit quelques chariots et quelques munitions, et on leur tua quelque monde; peu à peu ils se retirèrent sous Nimègue et passèrent de l'autre côté. Kaiserswerth. Venloo, Ruremonde, la citadelle de Liège et divers petits postes perdus furent les fruits de leur campagne et les prémices de leur bonheur. Mgr le duc de Bourgogne marqua beaucoup d'affabilité, d'application et de valeur; mais en tutelle, il ne put que se laisser conduire, se présenter au feu du canon de bonne grâce . et proposer divers partis qui marquoient son envie da faire. L'armée n'étant plus en état d'imposer aux ennemis . il fut rappelé à Versailles , après une autre oanormarte aussi peu décisive
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que la première, et M. du Maine le suivit de près. Il avoit eu lieu et occasion de faire valoir sa situation de premier lieutenant général de l'armée, à quoi Rosen eût été un léger obstacle; M. de Boufllers l'avoit espéré , mais elle ne s'y trompa pas. Le roi en eut une douleur qui renouvela les précédentes; il comprit enfin que les lauriers s'offriroient ingratement à ce fils bien-aimé : il prit avec amertume la résolution de ne le plus exposer à des hasards si peu de son goût.
Le comte de Toulouse se promena sur la Méditerranée. De la hauteur de Civita-Vecchia , il envoya d'O complimenter le pape, qui en fut trèsbien reçu. Il fut de là passer quelque temps à Palerme et à Messine, où on lui fit de grands honneurs; il y passoit les journées à terre, mair il coucha toujours à bord. Le pape y envoya le complimenter à son tour, sur ce qu'il fut trouvé que don Juan avoit reçu un pareil honneur autrefois. Le roi y fut fort sensible , et fit tôt après revenir le comte de Toulouse.
Il le fut fort aussi à l'aventure de Varennes , qui commandoit à Metz et dans tout le pays , et qui , allant sans précaution à Marsal sur la foi de la neutralité de la Lorraine, fut pris par un parti. On contesta longtemps de part et d'autre sur cette capture : le roi prétendit que c'étoit à M. de Lorraine à le faire rendre, qui à la fin en craignit les suites et obtint sa liberté comme ayant été pris mal à propos. C'étoit une manière d'ennuyeux important qui, parce qu'il étoit fort proche du maréchal d'Huxelles et de M. le Premier chez qui il logeoit, et qui le protégeoient , avoit tout fait et tout mérité . et qui à la valeur près ne méritoit que ''oubli. U trouva son poste rempli par Locmaria, et ne servit plus depuis.
Blainville , après plusieurs assauts et un siège soutenu au double de ce qu'on en devoit attendre, à bout d'hommes, de vivres et de munitions, et ouverts de toutes parts, rendit Kaiserswerth , qu'on n'essaya pas même de secourir. Il fut fait lieutenant général et le marquis de Brancas brigadier , à qui nous verrons faire une rare fortune. Il avoit fort bien fait dans cette place à la tète du régiment d'Orléans , où il avoit passé depuis peu, de lieutenant de galère qu'il avoit été assez longtemps.
Le roi jugea deux procès singuliers. Colbert, archevêque de Rouen, prétendit soustraire sa métropole à la primatie de Lyon , reconnue par celles de Tours, de Sens et de Paris; Saint-Georges, archevêque de Lyon, défendit sa juridiction. Les deux prélats étoient savants, et leurs factums furent curieux , historiques et pièces de bibliothèque. Pontcarré , maître des requêtes , depuis premier président du parlement d Rouen, rapporta l'affaire devant des conseillers d'État commissaires puis devant le roi, qui y donna deux conseils entiers en un même jour et gain de cause à l'archevêque de Rouen.
L'autre affaire fut rapportée par le même aussi devant le roi. Le P. d'Aubercourt, sorti des jésuites après plusieurs années depuis ses» vœux faits . se prétendit restitué au siècle , et demandoit sa portion héréditaire à sa famiUe. Les jésuites qui seuls dans l'Église, parmi les réguliers qui font des vœux, en ont un quatrième qu'ils ne font faire