‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 265 sur 348 · AUBERCOURT ET JÉSUITES CONDAMNÉS · texte numérisé non relu

AUBERCOURT ET JÉSUITES CONDAMNÉS

qu'à qui d'entre eux il leur plaît, et qui y demeure tellement caché, que le gros des jésuites même ignore ceux qui y ont été admis, prétendoient n'être point liés à leurs confrères, tandis qu'ils l'étoient à eur, c'est-à-dire que les jésuites ayant fait les trois vœux ne pouvoient plus demander à sortir de la compagnie, mais qu'en tout temps elle étoit en droit de renvoyer ceux que bon lui sembloit, pourvu qu'ils n'eussent

as fait le quatrième vœu. Conséquemment que ces jésuites renvoyés quelquefois, au bout de quinze et vingt années, étoient en droit de se faire rendre compte du partage de leur bien et de rentrer en possession de ce qui leur auroit appartenu s'ils fussent demeurés dans le siècle. Ils avoient tiré d'Henri IV , en 1604 , une déclaration qui sembloit favoriser cette prétention. Ils en avoient toujours su tirer parti lorsque le cas s'en étoit présenté. La famille d'Aubercourt se montra plus difficile; ils intervinrent pour Aubercourt et eurent le crédit de faire évoquer l'affaire devant le roi, où ils crurent mieux trouver leur compte; en effet, ils ne se trompoient pas. Le roi fut tout à fait favorable aux jésuites, et voulut bien que les juies s'en aperçussent. Pontcarré, qui d'ailleurs étoit porté de bonne volonté pour eux et qu'ils avoient eu l'adresse de faire nommer rapporteur , ne remplit pas leur attente ; ni lui ni la pluralité ne chercha point en cette occasion à plaire. La subversion des familles par ces retours surannés à partage . l'incertitude ruineuse de toutes celles où il y auroit des jésuites, les détermina. Le chancelier sur tous parla si fortement. qu'Aubercourt et les jésuites furent condamnés, et que, pour couper toute racine de prétention, l'édit de 1604 fut révoqué. Le roi ne voulut pas user d'autorité sur le fond d'un jugement si important à l'état des familles . mais ne put s'empêcher d'en montrer son déplaisir à plusieurs reprises, et à la fin de succomber au moins en quelque chose à son afl'ection pour les jésuites, en faisant ajouter, en prononçant et de sa pleine puissance, que les jésuites renvoyés de la compagnie auront une pension viagère de leur famille, statuee par les juges des lieux. Ce fut néanmoins une grande douleur aux jésuites que cet arrêt. Aubercourt leur demeura toujours fort attaché, et bientôt après ils obtinrent pour lui des bénéfices et une abbaye.

*Le grand prieur, noyé de dettes, voulut rendre les siens au roi à condition qu'il y seroit mis un économe chargé de payer tout ce qu'il devoit, même après sa mort, jusqu'à parfait acquit. Il faUoit le consen-

ement de Rome pour une condition si étrange. Cela dura et varia fort longtemps. Mme de Maintenon, par M. du Maine, s'employa si bien pour lui, qu'il anacha, mais sourdement, une pension cie vingt mille livres, et qu'il obtint vers le milieu de l'été d'aller servir de lieutenant général dans l'armée du maréclial Catinat.

Le jour de la Pentecôte , le roi déclara au chapitre cinq granils d'Espagne chevaliers de l'ordre. Il crut à propos de répandre cet honneur sur les seigueurs les plus distingués de cette cour par leur attachement au roi son petit-lils et par leurs charges, et ii dit que ce prince les lui avoit demandés. 11 fit même pour le cardinal Portocarrero ce qui étoit jusqu'alors sans exemple, elqui n'en a pas eu depuis, et il est vrai qu'il û'y avoit point de règle qui ue dût faire hommage à ses services. Il luf

[1702] CINQ GRANDS d'eSPAGNE CHEVALIERS DE L'oRDRE. 373

nommi d'avance à la première place de cardinal vacante qui étoient lors toutes quatre remplies, avec la permission de porter l'ordre en attendant. Cette distinction fut accompagnée d'une croix de l'ordre, que le roi lui envoya , de plus de cinquante mille écus. Les quatre chevaliers furent le marquis de Villafranca . maio-dome-major: le duc de Medina-Sidonia. grand écuyer-, le comte de Benavente. sommelier du corps, c'est-à-dire grand chambellan, pt le duc d'Uzeda, ambassadeur d'Espagne à Rome. J'ai suffisamment parlé des quatre premiers ci-devant; je n'aurai que trop d'occasions de faire connoître le dernier dans la suite. Je me contenterai présentement de dire qu'il étoit Acuna y Pacheco y Sandoval et beau-frère du duc de Medina-Celi.

M. de La Rochefoucauld , emporté par son cheval à la chasse à Marly , fut désarçonné et se cassa le bras gauche entre le coude et l'épaule qu'il avoit eue rompue autrefois au passage du Rhin. Le roi et Monseigneur y accoururent avec toute sorte d'amitié. Félix lui raccommoda le bras, et il en fut quitte pour le mal. C'étoit vers la mi-juillet. M. de Noailles, premier capitaine des gardes, avoit lors le bâton qu'il avoit continué après son quartier pour M. de Duras qui y entroit après lui, mais qui étoit malade à Paris, et dont le quartier finissoit le dernier juin. Le quartier de juillet étoit celui du maréchal de Villeroy qui avoit eu la charge de M. de Luxembourg; tellement que M. de Duras, accoutumé en leur absence à continuer le quartier de juillet après le sien, se disposoit à se trouver à Versailles au retour de Marly [pour] y prendre le bâton. C'étoit entre les grands officiers à qui serviroit, et cet empressement leur tournoit à grand mérite. M. de Noailles. averti du dessein de M. de Duras, représenta au roi qu'ayant commencé le quartier qui n'étoit pas celui de M. de Duras, le bâton lui de voit demeurer; il avoit raison, le roi le jugea ainsi, et manda à M. de Duras de ne point venir et de ne songer qu'à sa sant^ : il entendit le françois et demeura à Paris.

Je no m'arrèterois pas à la bagatelle que je vais raconter, si elle n'étoit une époque très-considérable dans ma vie , et ne marquoit de plus comment des riens ont quelquefois les plus grandes suites. Sur la fin de ce même mois de juillet le roi fit un voyage à Marly. Mme la duchesse d'Orléans . ravie de la liberté et de la grandeur personnelle qu'elle trouvoit par la mort de Monsieur , eut envie d'en jouir et d'aller tenir une cour àSaint-Cloud. Le roi l'approuva, pourvu qu'elle y eût une compagnie honorable et point mêlée . sinon de ce reste de la cour la plus particulière de feu Monsieur qui ne se pouvoit exclure. Il y avoit déjà longtemps que ce projet étoit fait , et entre les dames de la cour qu'elle engagea à être de ce voyage , elle en pressa Mme de Saint-Simon qui l lui promit. Cependant nous voulûmes aller à la Ferté y passer six semaines. Mme la duchesse d'Orléans, qui sur l'arrangement des Marly avoit enfin ajusté à peu près son voyage de Saint Cloud. vit qu'il se trouveroit pendant le nôtre , et ne voulut point laisser partir Mme de Saint-Simon qu'elle ne lui eût promis de revenir de la Ferte à Saint-Cloud le jour même qu'elle iroit. dont elle la feroit avertir. En effet la duchesse de Villeroy lui écrivit de sa part à la Ferte et Mme de Saint-

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