‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 274 sur 348 · MORT DU COMTE DE SOISSONS · texte numérisé non relu

MORT DU COMTE DE SOISSONS

n'oser jamais revenir en France , y fut élevé par la princesse de Carignan , sa grand'mère, avec le prince Eugène et d'autres frères qu'il perdit, et ses sœurs dont j'ai parlé lors du mariage de Mme la duchesse de Bourgogne. C'étoit un homme de peu de génie, fort adonné à ses plaisirs, panier percé qui empruntoit volontiers et ne rendoit guère. Sa naissance le mettoit en bonne compagnie, son goût en mauvaise. A vingt-cinq ans, amoureux fou de la fille bâtarde de LaCropte-Beauvais' , ccuyer de M. k Prince le héros, il l'épousa au désespoir de la princesse de Carignan, sa grand'mère. et de toute sa parenté. Elle étoit belle comme le plus beau jour, et vertueuse, brune, avec ces grands traits qu'on peint aux sultanes et à ces beautés romaines, grande, l'air noble, doux, engageant, avec peu ou point d'esprit. Elle surprit à la cour par l'éclat de ses charmes qui firent en quelque manière pardonner presque au comte de Soissons; l'un et l'autre doux et fort polis.

Elle étoit si bien bâtarde, que M. le Prince, sachant son père à l'extrémité , à qui on alioil porter les sacrements , monta à sa chambre dans l'hôtel de Condé pour le presser d'en épouser la mère: il eut beau dire et avec autorité et avec prières, et lui représenter l'état où, faute de ce mariage, il laissoit une aussi belle créature que la fille qu'il en avoit eue. Beauvais fut inexorable, maintint qu'il n'avoit jamais promis mariage à cette créature . qu'il ne l'avoit point trompée , et qu'il ne l'épouseroit point; il mourut ainsi. Je ne sais où, dans la suite, elle fut élevée ni ou le comte de Soissoiis la vit. La passion de l'un et la vertu inébranlable de l'autre fit cet étrange mariage.

On a vu en son temps comment le comte de Boissons étoit sorti de France, et comment il avoit été rebuté partout où il avoit ofl"ert ses services. Ne sachant plus où donner de la tète, il eut recours à son cadet le prmce Eugène et à son cousin le prince Louis de Bade , qui le firent entrer au service de l'empereur, où il fut tué pres(jue aussitôt après. Sa femme, qui fut inconsolable et qui étoit encore belle à surprendre, se retira en Savoie dans un couvent éloigné de Turin où M. de Savoie enfin voulut bien la souff"rir. Leurs enfants, dont le prince Eugène vouloit laire les siens , sont tous morts à la fleur de leur âge , en sorte que le prince Eugène , qui avoit deux abbayes et n'a point été marié , a fini cette branche sortie du fameux duc Charles-Emmanuel, vaincu par Louis XIII en personne au célèbre pas de Suse.

Canaples , frère du feu duc et maréchal de Créqui . étoit le dernier de cette branche de la maison de Blanchefort depuis la mort du marquis de Créqui son neveu. Son père étoit puîné des ducs de Lesdiguières et frère du grand-père du duc de Lesdiguières , resté aussi seul de cette branche . et neveu à la mode de Bretagne de Canaples. Le duc de Créqii n'avoit laissé que la duchesse de La Trémoille , et son duché-pairie , érigé pour lui en 1663 . auquel ses frères n'avoient point été appelés, éteint. Celui de Lesdiguières passoit à toute la branche de Grequi qui en sor

i. Voy., à la fin de ce volume, la note rectificative remise à M. !e duc de Sahit-Simon par M. le coiiile de Cliantérac. Elle élablil qu'Uranie de La C.idpie- Beauvais était fille légitime de l'écujer de M. le Prince et de Cliarlolle-Mait«l.

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