CANAPLES ET SON MARIAGE
toit , et Canaples en assurant ses biens aux enfants du maréchal de Créqui son frère, s'étoit opiniâtrement réservé ses droits à cet égard. Il étoit cadet du duc de Créqui, et aîné du maréchal: il avoit soixantequinze ans lorsque la branche du maréchal de Créqui fut éteinte par la mort du marquis de Créqui à Luzzara. Tout aussitôt Canaples. plus riche qu'il n'étoit par cette succession . et ayant toujours le duché de Lesdiguières en tête , malgré la jeunesse et la santé de celui qui en étoit revêtu , et de sa femme , fille du maréchal de Duras , qui n'avoient point encore d'enfants . voulut se marier pour continuer la race. C'étoit un homme si borné que jamais ses frères n'en avoient pu rien faire. Le maréchal de Villeroy , fils d'une Créqui de la branche de Lesdiguières et son cousin germain . lui procura le commandement de son gouvernement de Lyon à la mort de l'archevêque son oncle qui l' avoit eu toute sa vie. Canaples n'y sut jamais ce qu'il faisoit. jusque-là que les dames qui allèrent au-devant de Mme la duchesse de Bourgogne au pont Beauvoisin , et qui séjournèrent quelque temps à Lyon , me contèrent au retour qu'elles y avoient rencontré Canaples dans les rues allant au pas et donnant des bénédictions à droite et à gauche. Il l' avoit vu faire ainsi à l'archevêque Saint-Georges qui y étoit lors , et avoit succédé à l'oncle de Villeroy. Canaples croyoitdeson f'roit d'en faire autant, et prétendoit aussi donner les dimissoires et se mêler de la discipline intérieure du clergé. Il fit enfintant de sottises, quoique le meilleur homme dumonde, qu'il fallut bien 'en retirer. Il revint donc ennuyer la cour et laviUe et toujours fort paré.
Il songea, voulant se marier sur la mort de son neveu, à Mlle de Vivonne,qui n'étoit plus jeune, et qui n'avoit que beaucoup d'esprit, de vertu et de naissance , et pas un denier vaillant. Le maréchal de Vivonne, frère de .Mme de Montespan, étoit mort, tellement ruiné que sa veuve . dont il avoit eu des biens immenses , et qui avoit aussi bien mangé de son côté , vivoit à grand'peine dans la maison de son intendant. Mlle de Vivonne, sœur du feu duc de Mortemart gendre de M. Colbert, et sœur de la duchesse d'Elbœuf et de Mme de Castries, étoit auprès de Mme de Montespan qui l'avoit retirée chez elle , et qui lui donnoit jusqu'à ses habits; elle la trouva trop heureuse d'épouser ce vieillard pour avoir du pain , et fit le mariage. Comme il commençoit à s'ébruiter, le cardinal de Coislin en parla à Canaples qu'il trouvoit bien vieux pour se marier. Il lui dit qu'il vouloit avoir des enfants, a Des enfants! monsieur, lui répliqua le cardinal; mais elle est si vertueuse! » La compagnie éclata de rire, d'autant plus que le cardinal, très-pur dans ses mœurs , l'étoit singulièrement aussi dans ses discours. Le sien fut vrai, et le mariage fut stérile.
Le duc de Coislin mourut fort peu après , qui fut une grande affliction pour le cardinal son frère , et une perte pour tous les honnêtes gens. C'étoit un très-petit homme sans mine , mais l'honneur, la vertu . la probité môme et la valeur même , qui, avec de l'esprit, étoit un répertoire exact et fidèle avec lequel il y avoit infiniment et très-curieusement à apprendre, d'une politesse si excessive qu'elle désoloit, mais qui laissoit place entière à la dignité. Il avoit été lieutenant général avec réputation et mestre de camp général de la cavalerie après Bussy-Rabutia , de