‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 277 sur 348 · DUC DE COISLIN ET NOVION A UNE THÈSE · texte numérisé non relu

DUC DE COISLIN ET NOVION A UNE THÈSE

Si deux de ses pages qui lui portoient des llambeaux ; et , comme chacun Be retiroit là à pied du coucher du roi , touche le duc de Coislin , lui dit qu'il a le dernier et se met à courir, et le duc de Coislin après. Le devant un peu gagné. M. de Longueville se jette dans une porte, voit passer devant M. de Coislin courant tant qu'il pouvoit, et s'en va tranquillement se coucher, tandis que les pages avec leurs flambeaux menèrent M. de Coislin aux quatre coins et au milieu de la ville, tant que n'en pouvant plus il quitta prise et s'en alla chez lui tout en eau; ce fut une plaisanterie dont il fallut bien rire, mais qui ne lui plut pas trop.

Une aventure plus sérieuse , et à laquelle il n'y avoit pas moyen de s'attendre, montra qu'il savoit bien prendre son parti. Le second fils de M. de Bouillon , qui par la mort de son aîné fut duc de Bouillon après son père, et avoit en attendant porté le nom du duc d'Albret, père du duc de Bouillon d'aujourd'hui, étoit élevé pour l'Église et soutenoit une thèse en Sorbonne en grand apparat. En ces temps-là les princes du sang alloient aux cérémonies des personnes distinguées. M. le Prince, M. le Duc, depuis prince de Condé , et MM. les princes de Conti. les deux frères enfants, étoient à cette thèse. M. de Coislin y arriva incontinent après, et, comme il étoit alors tout à la queue des ducs, il laissa plusieurs fauteuils entre lui et le coin aboutissant à celui des prélats. Les princes du sang avoient les leurs hors de rang . en face de la chaire de celui qui présidoit à la thèse. Arrive Novion , premier président , avec plusieurs présidents à mortier, qui , complimentant les princes du sang, se glisse au premier fauteuil joignant le coin susdit. Le duc de Coislin , bien étonné de cette folie , le laisse asseoir, et comme en s'asseyant il tourne la tête vers le cardinal de Bouillon, assis dans le fauteuil joignant ce même coin à la tête du côté des prélats, M. de Coislin se lève, prend un fauteuil , le plante devant le premier président et s'assied; cela se fit si brusquement qu'il fut plus tôt exécuté qu'aperçu. Aussitôt grande rumeur, et M. de Coislin à serrer le premier président du derrière de sa chaise à l'empêcher de remuer. et se tenant bien ferme dans le sien. Le cardinal de Bouillon essaya de s'entremettre; M. de Coislin répondit qu'il étoit où il devoit être, puisque le premier président oublioit ce qu'il lui devoit, qui , interdit de l'afTrOnt et de la rage de l'essuyer sans pouvoir branler, ne savoit que faire. Les présidents à mortier , bien effarouchés , murmuroient fort entre eux : enfin le cardinal de Bouillon d'un côté , et ses frères par le bas bout où ils faisoient les honneurs, allèrent à M. le Prince le supplier de vouloir bien faire en sorte de terminer cette scène, qui cependant faisoit taire l'argument. M. le Prince alla au duc de Coislin qui lui fit excuse de ce qu'il ne se levoit point, mais qui ne vouloit pas désemparer son hommelà. le Prince blâma fort le premier président ainsi en présence , puis proposa à M. de Coislin de se lever pour laisser au premier président la liberté de se lever aussi et de sortir. M. de Coislin résista et ne menaçoit pas moins que de le tenir là toute la thèse. Vaincu enfin par les prières de M. le Prince et des Bouillon, il consentit à se lever, à condition que M. le Prince se rendroit garant que le premier président sortiroit à l'instant, et qu'en se levant il n'auroit point quelque autre tour de passe-

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