‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 278 sur 348 · DUC DE COISLIN ET NOVION A UNE THÈSE · texte numérisé non relu

DUC DE COISLIN ET NOVION A UNE THÈSE

passe a en craindre , ce fut le terme dont il se servit. Novion balbutiant en donna sa parole ; le duc dit qu'il la méprisoit trop et lui aussi pour la recevoir et qu'il vouloit celle de M. le Prince: il la donna. Aussitôt M. de Goislin se lève , range son fauteuil en disant au premier président : «Allez-vous-en, monsieur, allez-vous-en: » qui sortit aussi dans la dernière confusion , et alla regagner son carrosse avec les présidents à mortier : en même temps M. de Coislin prit sa chaise , la reporta où elle étoit d'abord et s'y remit.

M. le Prince aussitôt lui vint faire compliment, les trois autres princes du sang aussi, et tout ce qu'il y avoit là de plus considérable à leur exemple. J'oubliois que d'abord MM. de Bouillon avoient employé la ruse et fait avertir M. de Goislin qu'on le demandoit à la porte pour quelque chose de pressé, et qu'il répondit, en montrant le premier président derrière lui : a Rien de si pressé que d'apprendre à M. le premier président ce qu'il me doit, et rien ne me fera sortir d'ici, que M. le premier président que voilà derrière moi n'en sorte le premier. » Le duc de Coislin demeura là encore un argument entier, puis s'en alla chez lui. Les quatre princes du sang l'allèrent voir le jour même, et la plupart de tout ce qui avoit vu ou su son aventure , en sorte que sa maison fut pleine jusque fort tard.

Le lendemain il alla au lever du roi , qui . par des gens revenus de Paris après la thèse , avoit su ce qui s'étoit passé. Dès qu'il vit le duc de Coislin, il lui en parla, et. devant toute la cour, le loua de ce qu'il avoit fait, et blâma le premier président en le taxant d'impertinent qui s'oublioit, terme fort éloigné de la mesure des ])aroles du roi. Son lever fini . il fit entrer le duc dans son cabinet, et se fit non-seulement conter , mais figurer la chose; cela finit par dire au duc de Coislin qu'il lui feroit justice : puis manda le premier président à qui il lava la tète, lui demanda où il avoit pris qu'il pût disputer quoi que ce fût aux ducs hors la séance du parlement, sur quoi il ne décidoit rien encore . et lui ordonna d'aller chez le duc de Coislin à Paris lui demander pardon, et le trouver, non pas aller simplement à sa porte. Il est aisé de comprendre la honte et le désespoir où se sentit Novion d'avoir à faire une démarche si humiliante et après ce qui venoit de lui arriver; il fit parler au duc de Coislin par le duc de Gesvres et par d'autres, et fît si bien en vingt-quatre heures que le duc de Coislin. content de son avantage et d'être le maître de faire subir au premier président toute la rigueur du commandement qu'il avoit reçu à son égard . eut la générosité de l'en dispenser et de se charger encore envers le roi d'avoir fermé sa porte au premier président, qui. sûr de n'être pas reçu, alla chez lui avec moins de répugnance. Le roi loua fort le duc de Coislin de ce procédé, qui [fut cause] que le premier président n'osa se plaindre.

C'étoit la vérité même que le duc de Coislin. Il étoit fort des amis d^ mon père, il me recevoit avec bonté, amitié, et parloit volontiers devant moi. Je lui ai ouï faire ce récit entre beaucoup d'autres anec. dotes curieuses, et ce récit même plusieurs fois à moi, puis devant moi à d'autres personnes. C'étoit un homme tellement sensible que le cardinal son frère obtint sa survivance de premier aumônier pour

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