‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 4 sur 348 · MORT DE FRONTENAC · texte numérisé non relu

MORT DE FRONTENAC

bas avec personne: les ministres et les généraux d'armée le comptoient. Mais pour ne s'y pas méprendre il falloit s'attendre qu'il tourneroit toujours à la faveur et à tout ce qui pouvoit le conduire. Il avoit été de Tort bonne heure menin de Monseigneur, et mestre de camp général des dragons, qu'il vendit au duc de Guiche dès qu'il tut maréchal de catnp. Il avoit neuf mille livres de pension personnelle . et sa femme douze mille outre leurs emplois. Il éloit frère de l'archevêque d'Arles et de l'évèque de Lavaur. Nous avions dîné chez M. le maréchal de Lorges à un grand repas qu'il donnoit à milord Jersey, parce que l'intérêt de milord Fevershani. son frère, lui faisoil cultiver les ambassadeurs d'Angleterre.

Mailly étoit extrêmement de mes amis; après dîner, nous retournâmes ensemble à Versailles. Mon carrosse rompit entre Sèvres et Cliaville. à ne pouvoir être raccommodé de longtemps; nous prîmes le parti d'achever le voyage à pied, mais il lui prit une subite fantaisie de retourner à Paris, quoi que je pusse faire pour l'en détourner. Il prit par les bois de Meudon pour n'être point vu , et pour arriver dans le quartier des Incurables, où logeoit une créature qu'il entretenoit: moi, je gagnai Versailles par Montreuil , pour n'être pas aussi rencontré. Je ne sais si cette traite à pied lui aigrit l'humeur de la goutte qu'il avoit quelquefois, mais dans la nuit, il fut pris auprès de sa demoiselle si vivement et si subitement par la gorge, qu'elle crut qu'il alloit étoufler. Il ne dura que deux fois vingt-quatre heures sans avoir pu être transporté; sa femme y étoit accourue. Mme de Maintenon, dès qu'elle la sut veuve , alla elle-même à Paris la chercher . et la ramena dans son carrosse extrêmement affligée. Elle eut pour ses enfants les neuf mille livres de pension qu'avoit son mari, et sur l'exemple de Mme de Béthune, dame d'atours de la reine, elle servit au bout de ses six semaines. Il fut peu regretté de la cour, et même dans le monde, mais la perte fut grande pour sa maison.

Tiiury . frère cadet de M. de Beuvron . mourut aussi. On le voyoit assez souvent à la cour: c'étoit un homme fort appliqué à ses atiaires; ni lui ni son frère n'avoient guère servi. 11 étou resté un vieux conte d'eux, du temps qu'ils étoient à l'armée. Ils se promenoient à la tète du camp, il tomba une pluie assez douce après une grande sécheresse, a Mon frère, s'écria l'un, que de foin! — Mon frère, que d'avoine! » répondit l'autre. On le leur a souvent reproché.

On eut nouvelle de la mort du comte de Frontenac à Québec , où il étoit, pour la seconde fois, gouverneur général, depuis près de dix ans. Il avoit tellement gagné la confiance des sauvages , la première fois qu'il eut cet emploi . qu'on fut obligé de le prier d'y retourner. Il y fit toujours parfaitement bien , et ce fut une perte. Le frère de Caillières commandoit sous lui, et lui succéda. M. de Frontenac s'appeloil Buade; son grand-père avoit été gouverneur de Saint-Germain, premier maître d'hôtel t^u roi, et chevalier de l'ordre en 1619. Celui-ci étoit fils d'une Phélypeaux, nièce et fille de deux secrétaires d'État, et il étoit frère de Mme de Saint-Luc , dont le mari étoit chevalier de l'ordre et lieutenant général de Guyenne . fils du maréchal de Saint-Luc . et père du dernier Saint-Luc , mari d'une Pompadour, sœur de Mme d'Hautefort.

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