‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 303 sur 348 · VAUBAN. A · texte numérisé non relu

VAUBAN. A

lence. Ce fut une bombe tombée au milieu de cet élixir de cour. On crut en èlre quitte pour une courte visite; il y passa l'après-dînée : ce fut une granùo désolation. Deux jours après il arrive pour dîner, ce fut bien pis; ils firent tout ce qu'ils purent pour lui faire entendre qu'ils étoient là pour éviter le monde et demeurer en particulier; à d'auires! Châteaurenauld connoissoit ce langage , et se savoit le meilleur gré du monde. Il y persévéra jusqu'au soir, et les désespéra ainsi presque tous les jours, quelque clairement que pussent s'expliquer des gens poussés à bout. Ce ne fut pas tout: il se mit à ne bouger de chez eux dès qu'il étoit à Versailles, et les infesta toujours depuis à Lucienne toutes les fois qu'il étoit de Marly. Ce fut une lèpre dont Cavoye ne put jamais se purifier; il disoit que c"étoit un sort et s'en plaignoit à tout le monde, et ses familiers aussi, qui n'en étoient pas moins affligés que lui. Enfin longtemps après ils découvrirent celui qui leur avoit jeté ce sort. L'histoire en fut au roi qui en pensa mourir de rire , et Cavoye et ses familiers de désespoir.

Vauban s'appeloit Leprêtre, petit gentilhomme de Bourgogne tout au plus, mais peut-être le plus honnête homme et le plus vertueux de son siècle , et avec la plus grande réputation du plus savant homme dans l'art des sièges et de la fortification, le plus simple, le plus vrai et le plus modeste. C'étoit un homme de médiocre taille , assez trapu , qui avoit fort l'air de guerre, mais en même temps un extérieur rustre et grossier pour ne pas dire brutal et féroce. Il n'étoit rien moins. Jamais homme plus doux , plus compatissant , plus obligeant . mais respectueux , sans nulle politesse, et le plus avare ménager de la vie des hommes, avec une valeur qui prenoit tout sur soi et donnoit tout aux autres. Il est inconcevable qu'avec tant de droiture et de franchise , incapable de se prêter à rien de faux ni de mauvais , il ait pu gagner au point qu'il fit l'amitié et la confiance de Louvois et du roi.

Ce prince s'étoit ouvert à lui un an auparavant de la volonté qu'il avoit de le faire maréchal de France. Vauban l'avoit supplié de faire réflexion que cette dignité n'étoit point faite pour un homme de son état, qui ne pouvoit jamais commander ses armées, et qui lesjetteroit dans l'embarras si , faisant un siège , le général se trouvoit moins ancien maréchal de France que lui. Un refus si généreux, appuyé de raisons que la seule vertu fournissoit , augmenta encore le désir du roi de la couronner.

Vauban avoit fait cinquante-trois sièges en chef, dont une vingtaine en présence du roi, qui crut se faire maréchal de France soi-même, et honorer ses propres lauriers en donnant le bâton à Vauban. Il le reçut avec la même modestie qu'il avoit marqué de désintéressement. Tout applaudit à ce comble d'honneur, où aucun autre de ce genre n'étoit parvenu avant lui et n'est arrivé depuis. Je n'ajouterai rien ici sur cet homme véritablement fameux, il se trouvera ailleurs occasion d'en parler encore.

Rosen étoit de Livonie. M. le prince de Conti me conta qu'il avoit eu la curiosité de s'informer soigneusement de sa naissance , en son voyage de Pologne , à des gens qui lui en auroient dit la vérité de quelque façon qu'elle eût été. Il apnrit d'eux qu'il étoit de très-ancienne noblesse.

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