‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 310 sur 348 · COLONEL GÉNÉRAÏ. DE LA CAVALERIE · texte numérisé non relu

COLONEL GÉNÉRAÏ. DE LA CAVALERIE

qui il tira quelquefois quelque argent pour lui aider à faire ses campagnes. Le comte de Toulouse prit de l'amitié pour lui , il en profita. Le roi fut bien aise d'acquérir à ce fils un ami considérable , et (ie lui en procurer d'autres par un couj) de crédit, et cela valut au comte d'Évreux la charge de son oncle , qui par sa persévérance à la garder la conserva ainsi dans sa maison. Il la vendit six cent mille livres comme à un étranger : il étoit mal dans ses affaires. La somme parut monstrueuse pour un cadet qui n'avoit rien, et pour un effet de vingt mille livres de rente. Le cardinal de Bouillon lui donna cent mille francs; M. la comte de Toulouse, qui lui avoit fait donner l'agrément, s'intéressa pour lui faire trouver de l'argent, et il consomma promptement son affaire. Le roi voulut qu'il servît quelque temps de brigadier de cavalerie, avant que de faire aucune fonction de colonel général; ce tempslà même fut encore abrégé par la même protection qui lui avoit valu la charge. Il n'avoit que vingt-cinq ans , n'avoit servi que dans l'infanterie. Le roi étoit piqué contre le cardinal de Bouillon , contre le comte d'Auvergne, contre la fraîche désertion de son fils, contre le chevalier de Bouillon, de propos fort impertinents qu'ils avoient tenus; et malgré tant de raisons, il fit en faveur du comte de Toulouse la faveur la plus signalée au comte d'Ëvreux, tandis qu'aucun des quatre fils de France n'auroit pas osé lui demander la moindre grâce pour personne , et que s'ils l'avoient hasardé, outre le refus certain, celui pour qui ils se seroieut intéressés auroit été perdu sans ressources.

La cour venoit de voir un mariage fait sous d'étranges auspices , auxquels aussi le succès répondit promptement : ce fut du marquis de Beaumanoir avec une fille du duc de Noailles. Lavardin, son père, avoit épousé en premières noces une fille du duc de Luynes , dont une fille unique mariée à La Châtre. Il s'étoit remarié à une sœur du duc et du cardinal de Noailles, dont il fut encore veuf, et en laissa un fils unique, seul reste de son illustre nom, et deux filles et aucun des trois établis. En mourant il défendit à son fils d'épouser une Noailles sous peine de sa malédiction, et conjura le cardinal de Noailles, à qui il le recommanda, de ne le pas souffrir. Je ne sais quel mécontentement il avoit eu d'eux , mais il comprit que son fils étant riche , et ayant besoin de protection pour entrer dans le monde , pour avoir un régiment et surtout pour obtenir la lieutenance générale de Bretagne, sur laquelle il n'avoit que cent cinquante mille livres de brevet de retenue , les Noailles à l'affût des bons partis tâcheroient bien de ne pas manquer celui-là, qui s'y livreroit volontiers pour trouver ces avantages, et c'est ce qui l'engagea à y mettre tout l'obstacle que l'autorité paternelle , la religion et la confiance forcée en son beau-frère , pour le piquer d'honneur, lui purent suggérer; mais Lavardin eut le sort des rois , dont les volontés sont après leur mort autant méprisées que redoutées de leur vivant.

Il mourut en août 1701. Les Noailles empêchèrent que le roi disposât de la charge , quoique fort demandée , et laissèrent croître le petit garçon qui n'avoit que seize ans à la mort de son père, et aucun parent proche en état de s'opposer à leurs volontés. Ils en prirent soin comme

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