‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 311 sur 348 · GÉNÉRAUX DES ARMÉES · texte numérisé non relu

GÉNÉRAUX DES ARMÉES

en étant eux-mêmes les plus proches; ils le gagnèrent, ils effacèrent ou aftbiblirent dans son esprit la défense et l'imprécation que son père lui avoit prononcée à la mort; ils lui montrèrent un régiment, la charge de son père , les cieux ouverts à la cour en épousant une de leurs filles. Le jeune homme ne coiinoissoit qu'eux, il se laissa aller, le mariage se conclut et s'exécuta moyennant la charge : on fut surpris avec raison de la mollesse du cardinal de Noailles. Ceux qui comme moi savoient avec quelle résistance il avoit soutenu toutes les attaques qui lui avoient été portées lors de l'affaire de M. de Cambrai, et que lui seul avoit empêché le roi de chasser le duc de Beauvilliers et de donner ses places du conseil au duc de Noailles , son frère , ne purent comprendre sa complaisance pour sa famille en une occasion qui demandoit toute sa fermeté; mais les saints ne font pas toujours des actions vertueuses, ils sont hommes, et ils le montrent quelquefois. Le cardinal de Noailles put dire sur cette occasion et sur quelque autre qui se retrouvera en son temps, mais qui furent épurées par de longues souffrances , ce que Paul III Farnèse dit avec plus de raison et dans la plus juste amertume de son cœur en mourant : Si mei non fuissent dominati , tune immaculatus essem et emundarer a delicto maximo. Ce mariage ne dura pas un an. Le jeune Beaumanoir fut tué à la fin de la campagne, à la bataille de Spire; finit son nom et sa maison, laissa ses deux sœurs héritières, et sa charge en proie aux Noailles , qui en marièrent une autre fille à Châteaurenauld , fils de celui que nous venons de voir faire maréchal de France , et qui eut la lieutenance générale de Bretagne.

Les dispositions ne tardèrent pas à être faites pour les armées ; il n'y eut pas à toucher à celle d'Italie, où le duc de Vend(3me étoit demeuré; le maréchal de Villeroy passoit presque tout l'hiver à Bruxelles , et eut avec le maréchal de Boufflers l'armée de P'iandre; le maréchal de Tallard une sur la Moselle , et le maréchal de Villars. resté à Strasbourg, celle d'Allemagne.

Il y avoit fait venir sa femme, dont il étoit également amoureux et jaloux, à qui il avoit donné pour duègne une de ses sœurs, qui ne la perdit guère de vue nulle part nombre d'années , et qui se trouvoit mieux là qu'à mourir de faim dans sa province, avec Vogué son mari, où elle ne retourna plus Les ridicules furent grands et les précautions pas toujours heureuses

Montrevel fut envoyé en Languedoc , où les religionnaires commençoient à donner de l'inquiétude. Leur nombre et les rigueurs de Bâville, intendant moins que roi de la province', les avoit encouragés. Plusieurs avoient pris les armes et fait de cruelles exécutions sur les curés 1 1 sur d'autres prêtres. Les protestants étrangers attisèrent et soutinrent sourdement ce feu qui pensa devenir un embrasement funeste. Broglio , qui y commandoit en chef, mais il se peut dire sous Bâville, son

4 . Cette phrase, qui pourrait présenter quelque obscurité , est expliquée par (liusieurs autres passages où Saint-Simon dit que Bâville était plutôt roi mi'inlendant du Languedoc.

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beau -frère , y demeura quelque temps sous le nouveau maréchal. On y envoya quelques troupes avec un nommé Julien qu'on avoit débauché du service de Savoie, et qui avoit bien fait du mal pendant la dernière guerre, en brave aventurier qui connoissoit le pays.

Le roi répandit pour cent cinquante mille livres en petites pensions dans les corps, et releva l'émulation pour l'ordre de Saint-Louis, en le conférant à Mgr le duc de Bourgogne, non seul et en particulier, comme il avoit fait à Monseigneur seul, mais en public, et à la tête d'un nombre d'officiers qu'il fit en même temps chevaliers de Saint- Louis. Il donna peu après le gouvernement d'Aire à vendre à Marsin, vacant par la mort du chevalier de Tessé , frère du maréchal , mort l'été précédent à Mantoue , où il commandoit ; et cent mille francs au maréchal de Villeroy pour faire son équipage; puis, disposa enfin de la charge de capitaine des gardes de mon beau-père en faveur du maréchal d'Harcourt, qui, de tous les candidats, étoit le moins en état de l'exercer, et celui de tous aussi qui la désiroit le moins ardemment. Il étoit sans cela fort rapproché du roi , mais Mme de Maintenon , sa protectrice , qui n'avoit pas moins de désir que lui-même de le voir dans le conseil, jugea que l'assiduité nécessaire et les détails de cette charge seroient une ressource pour l'y conduire.

En conséquence du traité que Puységur, de qui j'ai eu souvent occasion de parler, avoit fait, dès la Flandre, avec l'électeur de Bavière, ;e prince étoit retourné dans ses États préparer à l'empereur une guerre fâcheuse, à l'ombre d'une neutralité suspecte. On avoit grand besoin d'une pareille diversion ; l'électeur enfin venoit de lever le masque , nonobstant la déclaration de la diète de Ratisbonne que la guerre de la succession dEspagne étoit guerre d'empire. Il falloit soutenir l'électeur, et lui fournir un puissant secours , suivant l'engagement réciproque. Villars , plus occupé de sa femme que d'exécuter les ordres dont il étoit chargé, passa enfin le Rhin au commencement de février, après force délais, et fut remplacé au deçà par Tallard , fortifié d'un gros détachement de Flandre. L'électeur cependant faisoit force petites conquêtes en attendant qu'il se fût formé une armée impériale pour s'opposer à lui. Cependant Villars assiégea le fort de Kehl, qui se rendit le 9 mars: on y perdit fort peu de monde , et la défense fut molle. Trois raille hommes environ qui en sortirent furent conduits àPhilippsbourg, On y trouva vingt-six milliers de poudre -, mais les paysans tuèrent une infinité de maraudeurs. Vauban avoit proposé au roi de l'envoyer à Kehl, qui trouva que cela seroit au-dessous de la dignité où il venoit de l'élever; et quoique Vauban insistât avec toute la reconnoissance , la modestie et la bonne volonté possibles, le roi ne voulut pas le lui permettre; et peu de jours après il l'en récompensa par des entrées moindres que celles des brevets , mais plus grandes que celles de la chambre.

Barbezières envoyé de l'armée d'Italie conférer avec l'électeur de Bavière sur divers projets, et qui étoit un excellent officier général, fort hasardeux, avec de l'esprit, et fort avant dans la confiance du duc de Vendôme , fut pris déguisé en paysan près du lac de Constance , passant pays à pied, et fut conduit à Inspruck, jeté dans un cachot, pui^- gardé

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