AUX AUDIENCES DES AMBASSADEURS
distinction qu'ils avoient acquise par l'usage, et comme un honneur dont les ambassadeurs ne voulurent plus se départir. De l'un à l'autre MM. de Nemours, si unis aux Guise leurs frères utérins, voulurent partager cet avantage. Ils n'y trouvèrent point de difficulté de leur part, puis M. de Lont^ueville et les ambassadeurs, accoutumés à être menés par des princes de la maison de Lorraine . se le trouvèrent également bien par ceux de ia maison de Savoie et par une autre maison bien ini'érieure , mais qui ne cédoit rien à ces deux-là en avantages. C'est ce qui a fait que longues années après MM. de Bouillon et de Rohan, ayant obtenu les mêmes distinctions que MM. de Lorraine avoient usurpées pendant la Ligue , et qu'ils ont bien su se conserver depuis , et qui ont été étendues à MM. de Savoie , etc. , ils n'ont pu néanmoins atteindre à celle de mener les ambassadeurs à l'audience . qui ont fort bien su dire que le vaug qui leur avoit été donné ne les rendoit pas princes, et qu'ils ne se (lépartiroient point d'en avoir de véritables et non de factices pour conducteurs. Quand la chose fut bien établie, et que la maison de Lorraine se vit en état de tout entreprendre, arrivée qu'elle fut par les dignités et les offices de l'État qu'elle sut si bien faire valoir contre les princes du sang, et que, pièce à pièce, et de conjectures en conjectures, et d'occasion en occasion . elle fut venue à bout de se former un rang par naissance, et des distinctions difTérentes de celles des rangs de l'État, elle imaïina de faire accompagner les ambassadeurs à leur entrée par des maréchaux de France . pour marquer par là leur supériorité sur les officiers de la couronne. Il y avoit alors très-peu de ducs qui ne lussent pas princes du sang ou de maison souveraine, et on n'avoit point encore vu de maréchaux de France ducs. Il n'y en a eu que bien depuis que cette conduite aux entrées a été établie. Longtemps encore depuis, les maréchaux de France qui étoient ducs n'y étoienî pas employés A la fin ils l'ont été aussi comme à une fonction attachée à leur office de maréchal, comme tels et non comme ducs, et insensiblement c'a été un nouveau degré de distinction pour les princes à qui la conduite à l'audience est demeurée. Mais pour cet avantage ils n'avoient pas celui de se couvrir: l'ambassadeur seul jouissoit de cet honneur, et le prince qui le menoit à l'audience y assistoit découvert. Quelque entreprenants que se soient montrés les Guise, jamais ils n'ont imaginé de se couvrir devant les rois qu'ils maîlrisoieut , et dont ils étoient sur le point d'usurper la couronne. Cet usage ne s'introduisit que sous Henri IV , et en voici l'occasion.
Après l'entière chute delà Ligue et la paix de Vervins, il vint un ambassadeur d'Espagne en France . qui étoit grand d'Espagne. Il alla trouver le roi à Monceaux . où il étoit avec peu de monde . et il l'accompagna dans les jardins que le roi avoit fait faire , et qu'il se plut à lui montrer. Dans les commencements de la promenade, le roi se couvrit. L'ambassadeur, accoutumé à se couvrir en même temps que le roi d'Espagne se couvroit. se couvrit aussi. Henri IV le trouva fort mauvais. Il ne voulut pourtant rien marquer à l'ambassadeur; mais, jetant les yeux autour de soi, il commanda à M. le Prince, à M. de Mayenne et à M. d'Épernon de se couvrir, qui écoient les seuls grands qui de hasard se trouvèrent à cette