‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 52 sur 348 · ALTESSE REFUSÉE A M. DE MONACO · texte numérisé non relu

ALTESSE REFUSÉE A M. DE MONACO

faire aux nonces-cardinaux à leur départ , et il s'en alla sans dire adieu à personne.

Autre tracasserie : le cardinal de Bouillon , absent et grand aumônier , ètoit en disgrâce de l'affaire de M. de Cambrai; l'archevêque de Paris, au contraire . étoit en faveur. La Chapelle , qui se prétend exempte de la juridiction de l'ordinaire ' , ne vouloit pas souffrir la croix de l'archevêque , ni l'archevêque officier à la Chapelle sans cette marque de sa juridiction. M. de Paris venoit d'avoir l'ordre, et le roi le fit officier à la Chandeleur avec sa croix, à la messe de l'ordre.

En voici une de plus de conséquence : on a vu ailleurs l'origine d'hier de la princerie de M. de Monaco, et de sa prétention deValtesse, et combien cette chimère l'isola à Rome , et y nuisit aux affaires du roi par les entraves qu'elle mit au commerce le plus nécessaire de l'ambassadeur. Lassé de la résistance , il imagina de refuser l'excellence à qui il la devoit qui ne lui donneroit pas l'altesse, el par là, fit qu'aucun d'eux ne le vit plus , jusqu'au duc Lanti et au prince Vaïni dont la France avoit fait la moderne et légère élévation. Ce qui est difficile à comprendre est comment le roi le souffrit à son ambassadeur , et comment il préféra la fantaisie toute nouvelle éclose d'un homme qui n'étoit ni favori ni ministre intérieur , au succès de ses affaires qui en reçurent des entraves continuelles. Cette situation des deux hommes chargés des affaires à Rome, l'un comme cardinal, l'autre comme ambassadeur, hâta le départ de nos cardinaux. La santé du pape avoit fort menacé , et leur avoit fait ordonner de se tenir prêts. Elle étoit devenue moins mauvaise, et ils n'étoient plus pressés de partir, lorsque cet incident fit prendre le p?rti de les envoyer à Rome. Mais il n'en partit que deux, Estrées et Coisiin. Le premier étoit parent proche de M. de Savoie , dont la mère étoit fille du duc de Nemours . beau-frère aîné de notre exiiée à Coulommiers et de la fille du duc de Vendôme , bâtard d'Henri IV et de la belle Gabrielle , sœur du maréchal d'Estrées , père du cardinal. Il s'étoit toujours tenu en grande liaison avec Mme Royale. Il s'arrêta à Turin en passant; mais il y avoit déjà quelque temps que M. de Savoie , ennuyé de la hauteur des cardinaux , n'en vouloit plus voir aucun , tellement qu'il ne vit le cardinal d'Estrées que chez Mme sa mère et chez Mme sa femme. Le cardinal Le Camus n'étoit point rentré en grâce depuis sa promotion à l'insu du roi , et que sans sa permission il eût pris la calotte à Grenoble et se fût contenté de le mander au roi. Il n'eut jamais depuis la permission de sortir de son diocèse , que pour aller à Rome à la mort des papes. Encore ne l'eut- il pas d'aller au premier conclave , qui arriva depuis qu'il fut cardinal , et fut obligé de demeurer à Grenoble. Le cardinal Bonzi , tout à fait tombé de tête et de santé, ne fut pas en état d'y penser, et le cardinal de Fiirstemberg , sucé jusqu'aux moelles par sa nièce , et qui étoit revenu trèsprécipitamment du dernier conclave , dans la peur d'être enlevé une seconde fois par les Impériaux, eut permission de demeurer. On avoit affaire de lui à la cour, et de ne le pas séparer de cette nièce qui le gou-

A . L'ordinaire est l'évêque diocésain.

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