MORT DE MADEMOISELLE DE CONDÉ
hauteur, lui répondit qu'elle pardonnoit cet égarement à sa jeunesse et à son ignorance, qu'il étoit là question de rang et non de proximité, qu'en tout cas elle se trouveroit embarrassée d'en prouver plus que celle de mon père. La vérité étoit qu'elles étoient fort éloignées toutes les deux , si même il y en avoit de Mme de Chàtillon dont le mari ne venoit point du connétable de Montmorency , et qui étoit bien éloignée de la grand'mère de M. le Prince , le héros.
Desgranges qui gagnoit le carrosse où il alloit entrer, averti de cette dispute, accourut et la termina en disant qu'il n'y avoit point de difficulté pour l'ancienne duchesse, tellement que Mlle d'Enghien pria Mme de Châtilloii de passer sur le devant, et ma mère monta et se mit au derrière. Comme les carrosses se mirent en marche. Desgranges, avec soupçon par ce qui venoit d'arriver . mit la tête à la portière et vit le carrosse de Mme de Chàtillon qui coupoit celui de ma mère. Il cria pour arrêter et descendit pour aller lui-même mettre les carrosses en ordre, et fit précéder celui de ma mère. Depuis cela la duchesse de Chàtillon, ni son cocher, n'osèrent plus rien entreprendre, mais eue grommeloit tout bas à côté de Mme de Lussau.
Je ne puis comprendre où elle avoit pris cette fantaisie . dont après elle fut honteuse , et fît faire des excuses à ma mère sur cette imagination de proximité que nous sûmes après que M. de Luxembourg luimême avoit trouvée fort ridicule, quoique nous ne nous vissions point encore en ce temps-là . ni de bien des années depuis.
Le lendemain de la cérémonie . M. de Lussan vint remercier ma mère , de la part de M. le Prince . de l'honneur qu'elle lui avoit fait , s'informer si elle n'en étoit point incommodée, et lui témoigner son déplaisir de l'incident si peu convenable qui étoit arrivé, excusant Mlle d'Enghien sur sa jeunesse , de la part de M. le Prince , et sur son affliction de n'y avoir pas mis ordre à l'instant. Il ajouta les excuses de M. le Prince de n'être pas venu lui-même chez elle . sur ce qu'il avoit été obligé d'aller à Fontainebleau pour les visites , et qu'il ne manqueroit pas de s'acquitter de ce devoir-là à son retour. Si je m'étends sur tous ces compliments, et si je les ai si correctement retenus, ce n'est pas fatuité: la vanité y seroit déplacée. Mais les façons des princes du sang ont tellement changé depuis, que je n'ai pas voulu omettre ce contraste d'un premier prince du sang, qui étoit plus éloigné qu'aucun de ses devanciers de donnera personne plus qu'il ne devoit, et qui. plus que pas un d'eux, en est demeuré en reste. Pour achever donc ceci, la déclaration du roi d'Espagne fit aller ma mère à Versailles au retour de Fontainebleau . où elle n'alloit pas souvent. Elle rencontra M. le Prince . qui . dès qu'il l'aperçut, traversa tout ce grand salon qui est devant cette petite pièce qui mène à la grande salle des gardes, vint à elle, lui dit qu'il mouroit de honte de la rencontrer sans avoir encore été chez elle lui témoigner sa reconnoissance de l'honneur qu'elle lui avoit fait , et de là toutes sortes de compliments. Huit ou dix jours après, il la vint voir à Paris . la trouva, et recommença les compliments. 11 y demeura une demi-heure , et ne voulut jamais que ma mère passât au delà de quelques pas hors de la porte du lieu où elle l'avoit reçu. Il ne faut pas oublier