‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 89 sur 348 · RÉFLEXIONS ET MESURES · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS ET MESURES

Sicile contre l'empereur foible, contigu à aucun de ces États, éloigné de tout, et pour qui le continent de l'Espagne se trouvoit hors de toute prise, tandis que de tous côtés il l'étoit de plain-pied à la France. Ils communiquèrent leur pensée à Villagarcias et à Villena qui y entrèrent tout d'abord. Ensuite ils jugèrent qu'il falloit gagner San-Estevan qui étoit la meilleure tête du conseil : Villena étoit son beau-frère, mari de sa sœur et son ami intime : Villagarcias aussi très-bien avec lui ; ils s'en chargèrent st ils réussirent.

Voilà donc cinq hommes très-principaux résolus à donner leur couronne à un de nos princes. Ils délibérèrent entre eux. et ils estimèrent qu'ils ne pourroient rien faire sans l'autorité du cardinal Portocarrero qui portoit ces deux pour le conseil où il étoit le premier et pour la conscience par ses qualités ecclésiastiques. La haine ouverte et réciproque déclarée entre la reine et lui leur en fit bien espérer. Il étoit de plus ami intime de Villafranca et de toute la maison de Tolède. Celui-ci se chargea de le sonder, puis de lui parler: et il le fit si bien , qu'il s'assura tout à fait de lui. Tout cela se pratiquoit sans que le roi ni personne en France songeât à rien moins, et sans que Blécourt en eût la moindre connoissance . et se pratiquoit par des Espagnols qui n'avoient aucune liaison en France . et par des Espagnols, la plupart fort autrichiens, mais qui aimoient mieux l'intégrité de leur monarchie, et leur grandeur et leurs fortunes particulières à eux que la maison d'Autriche , qui n'étoit pas à la même portée que la France de maintenir l'une et (le conserver les autres. Ils sentoient néanmoins deux grandes difficultés : les renonciations si solennelles et si répétées de notre reine par la paix des Pyrénées et par son contrat de mariage avec le roi . et l'opposition naturelle du leur à priver sa propre maison . dans l'adoration de laquelle il avoit été élevé , et dans laquelle il s'étoit lui-même nourri toute sa vie , et la priver en faveur d'une maison ennemie et rivale de la sienne dans tous les temps. Ce dernier obstacle , ils ne crurent personne en état de le lever que le cardinal Portocarrero par le for de la conscience.

A l'égard de celui des renonciations . Villafranca ouvrit un avis qui en trancha xoute la difficulté. Il opina donc que les renonciations de Marie- Thérèse étoient bonnes et valables . tant qu'elles ne sortoient que l'effet qu'on avoit eu pour objet en les exigeant et en les accordant: que cet effet étoit d'empêcher, pour le repos de l'Europe, que les couronnes de France et d'Espagne ne se trouvassent réunies sur une même tête, comme il arriveroit sans cette sage précaution au cas où alloit tomber dans la personne du Dauphin : mais que , maintenant que ce prince avoit trois fils , le second desquels pouvoit être appelé à la couronne d'Espagne, les renonciations de la reine sa grand'mère devenoient caduques, comme ne sertissant plus l'effet pour lequel uniquement elles avoieut été faites, mais un autre inutile au repos de l'Europe, et injuste en soi, en privant un prince particulier sans États et pourtant héritier légitime, pour en revêtir ceux qui ne sont ni héritiers ni en aucun titre à l'égard du fils de France . effet encore qui n'alloit à rien moins qu'à la dissipation et la destruction totale d'une monarchie , pour la conservatioD de laquelle ces renonciations avoient été faites. Cet avis célèbre fut

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