‹ Mémoires concernant l'histoire civile et ecclésiastique d'Auxerre et de son ancien diocese, continues jusqu'a nos jours avec addition de nouvelles preuves et annotationsChapitre 103 sur 122 · DE L'ABBAYE DE SAINT-MARIEN · texte numérisé non relu

DE L'ABBAYE DE SAINT-MARIEN

Cette abbaye est regardée comme la première fille de la cathédrale d'Auxerre (a) , avec d'autant plus de raison qu'elle représente le plas ancien monastère du diocèse. Il ne faut, pour s'en convaincre, que la

(a) Malgré cela les abbés du xv« siècles' intitulent fièrement «subgeti sans moyen au Saint-Siège de Rome.» — Arch. de Saint-Marien, préfecture de l'Yonne.

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considérer dès son origine. Saint Germain est le premier de nos évéques qui bâtit un monastère. Cette maison étoit sitaée presque sous ses yeux, Tis-k-vis Tangle de la cité romaine, de l'autre c6té de la rivière. Saint Aloge qu'il j établit abbé, eut pour successeur saint Mamertin, dit Mamert par abréviation ; et sous cds deux abbés s'y sanctifia saint Marien, qui vei!loit sur le temporel du monastère, lequel porta depuis son nom en place de celui de saint Cdme. Cette abbaye étoit tombée sous Charles-Martel entre les mains des laïques; mais Charlemagne la restitua ii l'évéque Âaron. Comme les guerres des Normands firent craindre pour tout ce qui étoit situé hors les murs de la cité d'Âuxerre, ou hors du château de Saint-Germain, il y a apparence que ce fut alors que les religieux se retirèrent au monastère de Saint-Germain avec le corps de saint Marien, et que Tévéque fit transporter en sa cathédrale celui de saint Mamert. Ce lieu, sanctifié par les retraites de saint Germain , et par la demeure de tant de saints (i), comme saint Patrice, saint Savin, saint Valéry, etc., n'étoit plus connu au xn^ siècle que par une petite chapelle ou autel du titre de Saint-Germain qui restoit parmi lés débris, lorsque Ithier, clerc de la cathédrale^ entreprit de relever ce monastère. Il en vint \k bout, et le pape Innocent II s'étant trouvé â Auxerre en consacra Tautel, et prit pour texte du discours qu'il y fit, ces paroles : a Vere > locus iste sanctus est, et ego nesciebam. d Mais les bâtiments nécessaires pour y remettre des religieux, ne furent achevés qu'en 1138. Alors Guillaume» comte d'Auxerre» pressé par Tévéque Hugues et par Ithier, obtint de Hugues, successeur immédiat de saint Norbert dans l'abbaye de Prémontré, une colonie de religieux de ce nouvel Ordre, qui fut conduite parRainier, prieur de la maison.

L'évéque d'Auxerre leur avoit donné entr'autres choses l'église de Saint-Martin, reste d'un ancien monastère de filles; mais quoiqu'ils en fussent fort voisins , ils ne purent d'abord s'étendre jusque-là , parce qu'on ne vouloit pas les accommoder du terrain d'entre deux. Le même évëque, du consentement de son Chapitre» leur donna l'église de Notre- Dame hors les murs, dite alors Notre-Dame-la-Ronde, où il y avoit des chanoines séculiers, et ils s'y retirèrent croyant être plus au large :

;i) Vita Pa^tii Hibern. V- Savii, Pictav. Valar. Leucon Àbb

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doraat le séjour qu'ils y firent, ils traosportèrent les lieux réguliers du côté méridional au côté du septentrion (1). Pendant qu'ils étoient en ce lieu, ils vinrent à bout de se bâtir tout à neuf et fort au large, k l'endroit où étoit l'église de Saint-Martin, en quoi ils furent aidés du comte qai leur procura le terrain nécessaire. «

Ce troisième monastère étant presque achevé en 1169 (2j, ils s*y rendirent en procession, laissant seulement quelques-uns d'entr^eox dans celui de Notre-Dame4a-Ronde, pour gouverner le peuple, qui dès lors y formoit une paroisse ; et pour ce qui est du petit nombre d'habitants voisins du monastère de Saint-Marien, ils eurent leur autel dans la nef de la nouvelle église. Ce fut en ce dernier monastère que se retira Rodulfe, riche trésorier de la cathédrale. Il fut le premier inhumé dans l'église au côté droit du sanctuaire. L'évéque Guillaume de Tonci ayant voulu mourir parmi ces religieux, qui étoient dans leur première ferveur, fut inhumé en 1181 de l'autre côté. Robert Âbolant, savant lecteurde la cathédrale, y prit l'habit en 1205(5), et y finit la chronique qu'il avoit commencée pendant qu'il avoit les archives du Chapitre en sa garde. On peut voir dans les Preuves, (4) à combien d'inondations ce monastère fut sujet.

Ces accidents n'obligèrent point ces religieux d'en sortir. Mais les guerres des Anglois étant survenues en 1558, ils se retirèrent dans leur prieuré de Nolre-Dame-la-Ronde, que l'on continuoit d'appeler Notre-^Dame hors les murs , quoiqu'il fût enfermé dans les murs b&lis depuis deux cents ans. Ils y demeurèrent jusqu'en 1575, puis retournèrent dans leur grande maison, qui restoit seule au-delà de l'eau, parce que la petite rebâtie par Ithier avoit été abattue, de crainte que les Anglois ne s'en servissent de retraite pour assiéger la ville (5).

Ce petit monastère des Prémontrés, situé vis-b-vis la fontaine de Saint-Germain , ne fut plus reconnoissable que par une petite chapelle du titre de Saint-Côme et de Saint-Marien , proche laquelle étoit un verger dont l'abbaye fit un bail le 2 juin 1479. Un autre bail du 5 avril

(1) Voy, ceci plus au long à l'article de I (3) Voy, Preuves, n» 100. saint Vigile, p. 159 et 160, 1. 1. (4) N« 98.

(2) Chron. Roberti, 1 (5) Epitome Episc. ÀuHss, in 5. Desiderio.

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