‹ Mémoires concernant l'histoire civile et ecclésiastique d'Auxerre et de son ancien diocese, continues jusqu'a nos jours avec addition de nouvelles preuves et annotationsChapitre 17 sur 122 · QUATRE-VINGT-HUITIÈME ÉVÊQUE D*AUXERRE · texte numérisé non relu

QUATRE-VINGT-HUITIÈME ÉVÊQUE D*AUXERRE

verra les conséquences. Le premier acte d'importance qui suivit celui 1449)1 1473. de Louis de Raguier, concerne encore les droits honorifiques de la dignité épiscopale. Ce fut Thommage que Charles, comte de Nevers et de Rélhel, rendit comme baron de Donzy ; ce seigneur a voit obéi très exactement aux ordres de Tévêque pour ce qui regardoit la première entrée ; son député fut admis et ceux des autres rej^tés. Le nouveau prélat voulant témoigner k ce seigneur combien il étoit satisfait de lui, n'eut pas plutôt appris qu'il étoit de retour du service du roi après la recouvrance faite de la Normandie, qu'il alla le trouver en l'hôtel de Bethléem, proche Clamecy : cette visite ne fut pas de pure civilité , le prélat engagea le comte k lui rendre le devoir féodal. L'acte porte que ce devoir auroit dû se rendre au ohâteau de Yarzy, duquel est mouvante la baronnie de Donzy : le comte se reconnut homme et vassal de Tévêché d'Âuxerre en baisant Tévéque k la bouche (1), et recevant de lui injonction de fournir un dénombrement de sa terre. A cette courte cérémonie, faite le 21 de septembre 1450, assistèrent Arnoul , évé«iue de Bethléem ; Claude de Beauvoir , seigneur de Chastellux ; Jean de la Rivière, seigneur de Chamiemi, bailli de Nivernois) chevalier; Pierre des Barres, écuyer, conseiller et chambellan du comte; Pierre Garnier, son secrétaire; Guy Bourgoiu, son maître d'hôtel, et de la part del'évêque, Biaise Tribolé, d'Auxerre, licenciées-lois. Jean, comte de Nevers, ayant succédé k Charles, rendit aussi foi e\ hommage k notre évéque dans une conjoncture k peu près semblable. Allant prendre possession de ce comté k lui écliu par la mort de son frère, et passant par Auxerre, le 24 mai 1464, l'évéque vint le saluer dan^ l'hôtel de Jean'Gontier où il étoit logé. Ils s'accordèrent sur cet hommage, par des protestations respectives de ne point préjudicier aux prétentions de Tun et de l'autre, k celles de l'évéque qui déclara n'avoir dû recevoir cet hommage qu'au château de Yarzy, et celles du comte qui ne se désistoit point du procès pendant sur les chàtellenies de Mez-le-Conite , Monceaux, Châteauneuf et Clamecy, que son frère avoit soutenu être mouvantes du comté de Nevers et non de Donzy. L'assemblée ne fut par moins nombreuse k cet hommage

(i) L'ancienne manière de baiser.

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qu'elle Tavoit été k riiommage précédent ; plusieurs cheYaliers de distÎDClion s'y trouvèrent, savoir : Filbert de Jaucourt, seigneur de Yillarnoul ; Philippe de Savoisy, seigneur de Seillenay ; Claude de Beauvoir, écuyer, seigneur de Courson;^ Jean des Ulmes, écuyer^ seigneur de la Maison-Fort; Jean d'Armes, docteur-às-lois ; Jean Régnier, l'ainé, bailli d'Auxerre ; Jean Thiard, écuyer, seigneur du Monl-Saint-Sulpice ; et Biaise Tribolé, licencié-ès-loîs. Pierre de Longueil pressa souvent Jean de Ghallon , seigneur de Yitteaux et de risle-sous-Montréal , de lui rendre les devoirs féodaux pour la terre deLorme, en Morvan. Les délais qu'apporta ce seigneur, obligèrent Févéque, qui étoit à Yarzy le 7 janvier 1459, d'enjoindre à Etienne Lemuet, seigneur de Gorbelin ^ lieutenant du bailli de Yarzy, de faire mettre hrandoM on autre enseignement sur la tour , châtel , ville, justice et seigneurie de ce lieu , et d'en faire gouverner les revenus par un commissaire. L'affaire de cette saisie féodale se trouva jointe à celle que le même évéque eut contre les comtes de Nevers pour un semblable sujet ; Tune et l'autre duroient encore en 1471, que Thomas de la Lande en fut désigné le rapporteur. Pierre de Beffroymont , comte de Gbarny, sénéchal de Bourgogne, tenoit aussi de Tévéque plusieurs terres à Ghàteau-Gensoir et aux environs, dont il avoit différé de rendre hommage. Pierre de Longueil s'étant cru obligé d'en faire la saisie avec commissaires, le comte vint à raison. Il fit expédier, étant à Gonhey ou Gorchey, le 16 juillet 1464, une procuration a Antoine de Montaignerot , écuyer , capitaine du Mont-Saint-Jean, et k Guillaume Labbe, son conseiller, pour reprendre des mains de l'évêque d'Auxerre ses seigneuries saisies et lui en rendre foi et hommage. Ges terres étoient Montbutois, Pierrefitte, Arcy, près de Pierrefitte (i). L'évêque voulut bien, par considération pour le duc de Bourgogne dont ce comte étoit chambellan , se contenter d'un hommage rendu par procureur, protestant que cela ne pourroit lui porter préjudice. Antoine de Montaignerot s'étant donc mis a genoux et ayant les mains jointes.

(1) Ajoutez le bois du même Arcy ou . appartenu à Hugues deChamy etMabiUe MouUd des Planches au lieu de Tingy, elles | son épouse. Censiyes de Yerilly , qui auparavant ayoienl I

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baisa le prélat à ia bouche et fit le serment et les devoirs en tels cas accoQlumés ; ceci se passa dans la grande salle de Févéché, le 25 juillet 1464. Le comte de Charny ayant vendu, Tannée d'après, une partie des terres ci-dessus nommées à Jean de Ferrières, écuyer, seigneur de Ferrières, Praéles et Ghamplenats, Tacquéreur se mil en disposition de rendre au seigneur suzerain les mêmes devoirs ; mais ne pouvant venir en personne, à cause qu'il étoit occupé aux affaires du duc de Bourbon, dont il éloit bailli pour le Beaujolois, il commit pour cela Guillaume d'Orgières, Jean de Nusillet et Jean Mathey, écnyers, par procuration passée à Clamecy le 5 ociobre 1470. Deux jours après , le premier des trois se rendit a Yarzy où étoit alors le seigneur évëque , qui , après quelques paroles et remontrances au sujet do duc de Bourbon, reçut par grâce cet écuyer chargé de procuration, fùuT amour d'icelin Ferrières eî de feu Mn père. Ce sont les termes de l'acte.

Pierre de Longueil connoissant les besoins de son diocèse , regarda comme son premier devoir d'y tenir régulièrement le synode , afin d'obvier au mal ; ses règlements étoient quelquefois un peu outrés, aussi fut-il obligé d'y apporter de la modération. On voit , par un fragment (1) de ceux qu'il rédigea en 1451 , l'origine ou au moins une suite de l'établissement des prières que l'on fait encore après Pâques dans les villes , bourgs et villages du diocèse , pour la conservation des biens de la terre. Il statua que tous les curés feroient des processions a ce sujet deux fois par semaine, depuis le premier avril jusqu'au dernier jour de mai , et ordonna qu'au moins une personne de chaque maison y assistât. Il vouloit que les curés indiquassent, le dimanche, quels saints on honoroit dans la semaine , même ceux qui n'avoient pas de fête chômée; qu'ils exhortassent le peuple k venir entendre la messe ces jours-lk avant le travail. Quant aux fêtes chômées qui étoient <|aelquefois transférées, il statua que pour éclaircir les doutes , un mois auparavant les fêtes, les curés vinssent ou envoyassent vers l'oflicial ou rarchiprétre d'Âuxerre, qui les adresseroit au sous-chantre de la

vl^ Je possède ce fragment, n

1449 il 1413.

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cathédrale , pour voir Tordioaire de l'église, en tirer copie et avertir ensuite leurs paroissiens des jours auxquels le travail manuel seroit défendu. Ne pouvant souffrir qu'on ignorât TOraison dominicale, le Symbole et la Salutation angélique, il ordonna aux curés non-seulement de prononcer ces trois formules au prône dans Tordre qu'elles sont ici nommées, mais encore d'avertir qu'il puniroit ceux et celles qui ne les sauroient pas dans un an , et déclara que pour cela il vouloit qu'ils lui en apportassent les noms au synode suivant. Dans les statuts qu'il dressa en 1456, il oblige les curés d'avoir un livre françois intitulé : £«5 avertissements de la religion chrétienne et les dix préceptes de la Un^ afin de s'en servir dans leurs prônes ; il réprime l'abus des absolutions frauduleuses. Non content de la menace d'excommunication , il impose une amende pécuniaire appliquable à son aumônerie contre les fidèles adonnés aux jeux de hasard, contre ceux qui n'assisteroient pas entièrement k la messe dans leur paroisse les dimanches et fêtes d'obligation, et contre les blasphémateurs; il fixa même l'amende contre ces derniers k vingt sols tournois. Les bourgeois d'Âuxerre tinrent h ce sujet de fréquentes assemblées (1) ^ consultèrent k Sens et ailleurs, députèrent k Ganes, en Auvergne, vers le roi, mais le prince ne décida rien. Il y eut appel comme d'abus , la cause fut plaidée k Yilleneuve-le-Roi, puis renvoyée aux requêtes k Paris , k la sollicitation de l'évéque ; appel ensuite au parlement signifié au prélat résidant alors k Yarzy. Simon le Moine , licencié ès-lois, fut député k Paris par les habitants , afin de poursuivre l'affaire ; mais on ignore quelle en fut l'issue, et on n'a pu recouvrer aucun mémoire qui en instruise.

Ce prélat, si ardent pour le bon ordre de son diocèse, ne se laissa taxer d'aucune négligence dans la visite des bénéfices ; il n'eut point de difficultés k essuyer dans les cures, mais seulement dans les prieurés. Pierre d'Orouer, prieur de Saint-Gervais-lez-Auxerre , prétendit être exempt de sa visite, et par conséquent de la procuration et de tout autre subside caritatif, disant que ce prieuré, membre de l'abbaye de

(1) Comptes de la ViUe de 1457.

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Moléme , avoil été exempté en 1157, parTéféqae HugaesdeMacoo, de toutes exactions des évéque , doyen et archidiacre , comme n'ayant aucane charge d'âmes ; l'éyéque, au contraire, soutint que ses prédécesseurs y avoient fait visite et reçu tous les droits ordinaires. Ces différentes prétentions formèrent un procès qui étoit pendant devant le bailli d'Âuxerre, lorsque les parties firent un compromis entre les mains d'Albert de la Châsse, abbé de Yézelay , â la fin de janvier 1455 (1). Cet abbé étant à Âuxerre l'été suivant, y décida en faveur de l'évéque, déclara qu'il avoit pu visiter une fois par an le prieuré de Sainl-Gervais, sans recevoir d'autre droit que celui de la procuration, et que cependant le prieur pourra être imposé au subside caritatif de la joyeuse venue des évéques ; ensuite il condamna à cent sols le prieur» pour tout ce que l'évéque pouvoit alors demander , k quoi il fut acquiescé de part et d'autre Je 26 juin 1454. Jean de Chaluz, prieur du prieuré d'Ândrie dépendait de la Chaise-Dieu, osa disputer à ce même évéque un droit bien plus évident : c'étoit celui par lequel il étoit tenu, k l'issue de la visite que l'évéque faisoit de l'église paroissiale située dans son prieuré, à lui fournir la procuration, soit en argent, soit en repas, comme jouissant de la plus grande portion des dîmes de la paroisse et autres droits curiaux ; mais il fut condamné aux requêtes du palais et ensuite au parlement qui confirma la sentence des* requêtes, le 8 mars 4465. Ce prieur avoit été le seul à contester ce droit, qu'une enquête de 1484 prouve avoir été payé exactement à Pierre de Longueil par tous les autres supérieurs des maisons de l'Ordre de saint Benoit , pour les cures de leurs dépendances , et même à Jean de Molins, archidiacre de Puysaie. Ces deux procès marquent le zèle de l'évéque pour les visites et son attention sur les paroisses et autres églises. Il créa, en 1469, trois procureurs iabriciens pour la paroisse de Gouaix dont le bien temporel dépériasoit. L'année suivante, il permit à la paroisse de Saint-Eusèbe d'Auxerre (2), d'imposer une taille sur tous les habitants, même ecclésiastiques, pour réparer les bâtiments de l'église et la fournir

(1) Y. Les Preuves, à l'an 1454. \ (â) Tab, S. Buseb,

(l'omemeDls , permission qu*il étendit en même temps à dix autres paroisses. Il visita, au commencement de Tété 1466, l'église paroissiale de Saints-en-Puysaie, et, en présence de Jean Robineau, curé, il y fit la translation des reliques innombrables des compagnons de saint Prix dont il apporta quelques ossements k Âuxerre (1). Dix ans auparavant il avoit réuni le revenu de Téglise paroissiale de Neuvoy à la fabrique de l'église collégiale de Gien ; le consentement des chanoines de la cathédrale (2), demandé sur cette réunion , fut accordé le 3 novembre de la même année, avec l'apposition du sceau du Chapitre (3). La collégiale d'Âppoigny se ressentit aussi des bontés de l'évéque (4). Les chanoines lui ayant spécifié le nombre d'héritages qu'on leur avoit i légués à charge de prières, ou qu'ils avoient acquis dans sa justice, demandèrent des lettres d'amortissement ; il les accorda gracieusement à Auxerre, le 9 juillet 1458 (5), s'engageant pour lui et ses successeurs à ne leur jamais rien exiger pour ces biens sortis des familles des bourgeois. Ceux de Cône étoient en difiiculté avec Pierre Vaillant , dît Guelis, leur chantre. Pierre de Longueil approuva la sentence arbitrale que Jocelin Gourtjarret et Biaise Tribolé, licencié-ès-lois avoient prononcée ; ses lettres sont datées d'Âuxerre, le 16 mai 1454. Son nom est conservé d'une manière encore plus particulière dans les archives de Saint-Fargeau. L'an 1466, Antoine de Chabannes, comte de Dammartin , baron de Puysaie et seigneur de Saint-Fargeau, conçut le pieux dessein de fonder dans l'église paroissiale de ce lieu six chanoines, dont le premier seroil curé de la paroisse et chantre du Chapitre, h condition que la présentation de ces six ecclésiastiques appartiendroit au seigneur et à ses successeurs. Pierre de Longueil en fit délivrer la concession k Auxerre, le 15 juin, sous condition que les paroissiens ne seroient pas desservis moins exactement dans les fonctions du ministère curial , et sauf les droits de l'évéque , de Tarchidiacre et de l'archiprétre ; mais cet acte, quoiqu'on bonne forme, n'eut point lieu. La fondation n'eut son entier effet qu'en 1472 ; au Iieu4u tilre

(i) Carlul. FF.lPrœ. dio. Autùs., fol, 40.

(2) Reg. Cap. AulUt., 5 juin 1466.

(r>) Celte formalité du sceau coûta dix

ëcusaax chanoiaes de Gien.

(4) Reg. Cap. Auliss., 1446.

(5) Y. Les PreuTes, à Tan i45S.

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de chantre, on donna au premier da chapitre la qualité de doyen. Ailleurs j'en parlerai plus au long; il suffit de dire que Tévéque confirma le projet touchant ralternative de la présentation k la cure avec Fabbé de Saint-Germain (1); qu'il annexa ii ce nouveau chapitre l'hôpital de la ville avec son revenu « par une charte donnée en son château de Yarzy, le 20 avril 1472; et qu'enfin , le 24 du même mois, étant au même lieu , i| leur donna un cahier de statuts.

Le Chapitre de la cathédrale avec lequel il eut de fameuses contestations, ne fut pas exempt de ses faveurs. On lui représenta on 1455, que Guj de Mello ayant établi douze chapelains, savoir : six dans la chapelle de Saint-Michel , six dans la chapelle de Saint-Jean~le-Rond ; ces ecclésiastiques n'avoient presque plus de revenu depuis les der* nières guerres, et que les deux bénéficiers d'ancienne fondation dans chacune dev.ces deux chapelles étoient réduits à la même extrémité. Ainsi, les seize places ou vicairies destinées k des prêtres étoient remplies par un petit nombre de simples tonsurés qui ne pouvoient faire les poursuites nécessaires pour récupérer leurs biens. On remontroit donc qu'il falloit réunir le tout k la mense capitulaire, en chargeant le Chapitre de faire dire les messes k proportion du revenu , et de suppléer par d'autres sujets k l'assistance que ces seize chapelains dévoient k tout l'office canonial. L'évêque entra volontiers dans les vues de la compagnie, et fit la réunion par lettres datées d'Auxerre, le 9 août i455 (2), se dépouillant du droit qu'il avoit de pourvoir k ces seize vicairies ou chapeilenies, prescrivant un supplément aux anciennes fondations de l'office quotidien de saint Michel et de saint Jean, recommandant au Chapitre de faire les processions ordinaires dans ces deux chapelles, et d'entretenir dans le bas-chœur un clergé qui les représentât. La charte de réunion fut présentée l'année suivante k Louis de Melun , archevêque de Sens, qui, en qualité de métropolitain, y donna sa confirmation, le 12 mai 1456. Dès la troisième année de son épiscopat, Pierre de Longueil avoit^plaidé contre le nouveau doyen Thomas la Flotte, au sujet du serment de fidélité; pendant cette con-

(1) Tab, s, Getmani. | (â) V. Les Preuves, à Tan 1455.

U40 il U78.

testation, noD-sealemeot le doyen essuya un violent orage, mais tout le Chapitre en souffrit. Le doyen avoit reçu une défense d'officier aux fêtes annuelles ou solennelles, soit que Pévêque fut présent ou absent. Thomas la Flotte s'en plaignit en Chapitre le 28 juin (1) ; il y ajouta que le prélat le privoit aussi de ses distributions de vin du cellier épiscopal aux six fêtes annuelles. Le Chapitre qui consentit de le tenir présent pour la poursuite de son procès, s'en ressentit peu après a l'occasion d*une levée de décimes. Le duc de Bourgogne ayant résolu de faire la guerre au Turc (2), avoit obtenu permission du pape d'en imposer sur le clergé de son duché. Le Chapitre d'Âuxerre avoit payé en 1457, par les soins du doyen, trente-cinq ccus d'or aux commissaires, avec la précaution de retenir un écrit qui garantissoit que la même somme ne seroit point exigée. Â peine les trente-cinq écus touchés, les commissaires du légat d'Avignon arrivèrent et demandèrent au Chapitre, de la part du roi, une certaine somme pour la même fin. On leur fit refus. Ces commissaires, Martin du Breail, chanoine de Bourges, et un ecclésiastique du Berri, nommé Martin de Vaux, vicaire du légat, agirent aussitôt contre le Chapitre. Nicolas du Crot et Guillaume de Cray, chanoines, se prêtèrent à leurs demandes et furent établis subdélégués des commissaires. On vit, le 30 juin , un interdit jeté sur l'église et une sentence d'excommunication fulminée contre Thomas la Flotte, doyen ; Guillaume Pion, péni* tencier; Simon Béchu, sous-chantre, et dix-huit autres chanoines. Le Chapitre manda les absents afin de leur communiquer cette sentence en présence du conseil ordinaire et de tous les conseillers du roi. Après une mûre délibération , il fut conclut k la pluralité que l'interdit seroit observé , et les tortriers furent chargés de célébrer l'office canonial & Notre-Dame-de-la-Cité. Les chanoines excommuniés firent serment de ne demander leur absolution qu'en corps et tous ensemble.

(I) L'histoire de eei démêlés est tirée des Regislre» du Chapitre. Je ne la donne qu'en perUe dans les Preuves. On pourra voir le surpins transcrit autrefois par un chanoine notaire apostolique , dans les cahiers que je déposerai à la Bibliothèque du Roi.

(2) J*ai TU la leUre de convoeatloB de révéque d'Auxerre, aux Etals indiqués è Dijon par ce duc au 3 février 1463, au sujet de cette guerre. Elle est du 31 décemlune précédent, signée de Moletmes.

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ÂntoÎDe Thiart, chanoioe d'Âuxerre et de Chalon, qui avoit reçu les ^^ ^ j^^, trente-cinq écus d'or po^r la déGÎme da duc, fut sommé de les rendre ou de garantir de nouveau ; mais, ne pouvant exécuter ses promesses, il rendit l'argent le second jour d'août. L'anniversaire de la dédicace de l'église , qui tomboit au mois de juillet , fut remis à cause de l'interdit. Le vendredi 12« jour d'août , le Chapitre défendit unanimement à tons chanoines on torlriers d'aller manger chez l'évéque, excepté les jours qu'il convient y aller pour la conservation des droits de la cathédrale et de ceux de Nolre-Dame-de-la-Cilé ; la défense étoit sous peine d'être réputé parjure , et de perdre les distributions d'un mois, jusqu'à ce que ces mouvements causés par la levée des décimes fussent entièrement apaisés. On déclara , outre cela , que dans le Chapitre on ne prépareroit plus de siège pour l'évéque; qu'on ne donneroit aucunes distributions à quiconque des mêmes chanoines ou tortriers ( le pénitencier non compris) serviroient de ministres lorsqu'il officieroiL; et que si des externes se présentoient pour cela , on leur refuseroit les ornements de l'église. Les chanoines, courroucés contre l'évéque, étoient persuadés qu'il avoit été cause non-seulement de l'interdit et de l'excommunication, mais aussi du procès qu'on avoit à Dijon. Le dernier août, le Chapitre enjoignit à Guillaume de Cray, chanoine grand chambrier, de retirer de l'évéque la crosse et les ornements pontificaux qu'on lui avoit prêtés, et de lui demander ceux qu'il devoit au Chapitre. On ne trouve point en quel temps l'interdit de l'église fut levé ; il l'étoit au mois d'octobre, puisqu'on résolut, le vendredi 14 de ce mois, de célébrer le dimanche suivant l'anniversaire de la dédicace que rinterdit avoit fait remettre. Cette levée des censures ecclésiastiques ne rétablit pas tout a fait la paix dans l'église d'Auxerre. Le duc de Bourgogne et le comte d'Etampes furent obligés de s'en mêler.

L'abbé de Saint-Germain étoit aussi en difficulté avec le prélat à l'occasion des mêmes décimes ; tous les chanoines étant assemblés en Chapitre, le lundi 26 novembre, avec M. de Villarnoul, capitaine d'Auxerre ; Guillaume de Clugny, archidiacre d'Avallon dans l'église d'Autun ; Jean Baudot, bailli de Château-Chinon , envoyés du duc de Bourgogne et du comte d'Etampes ; Hugues de Thiard , abbé de

1419^473. Saint-Germain, y étant pareillement , ils convinrent d'aller tons ensemble trouver l'évéque. L'archidiacre d'Autun, portant la parole an prélat, lui dit en abrégé que le sujet de la querelle consistoit , d'un edté , en ce que Tabbé et le Chapitre souhaitoient récupérer ce qu'ifs avoient dépensé pour le procès actuellement pendant k Dijon, devant les conseillers du duc, au sujet des décimes; et de l'autre, en CA que l'évéque souhaitoit qu'on répar&t les injures qu'on lui avoit faites et les mauvais traitements dont on avait usé envers lui, mais qu'il falloit tout mettre d'accord en n'exigeant rien de part ni d'autre, ni restitution d'argent, ni satisfaction. Ce parti étant accepté, l'évéque (it apporter du vin, on but mutuellement à la santé les uns des autres en signe de paix et de concorde. Les trois envoyés du duc dirent ensuite aux chanoines que le prélat leur avoit promis qu'il feroit beaucoup de bien a l'église d'Âuxerre, qu'il confirmeroit et même augmenteroit l'étendue de leur juridiction avant la fête de la Purification , ce qu'on crut lui avoir été insinué par l'abbé de Saint-Germain.

Au reste, ceci n'eut rien de commun avec l'ancienne difficulté da doyen, touchant le serment de fidélité ; ce doyen ne voulant point le prêter, restoit interdit pour l'office des grandes fêtes. Le Chapitre consentit, le 14 décembre suivant, qu'il obtint, au nom de la compagnie, un arrêt de défense en vertu duquel il pût officier ces jours-là. Le prélat qui, dès Télé J458, avoit déclaré n'avoir plus aucuns procès avec son Chapitre , et que tout étoit d'accord , voulut se mettre en règle par écrit. II choisit le temps de l'absence du doyen au commencement de novembre, et vint dans le Chapitre demander qu'on modérât pendant sa vie la redevance annuelle de cent-quatorze livres dont Tévêque étoit tenu envers l'église. Il exposa les diminutions de ses revenus causées par les guerres, et promit qu'en reconnaissance il n'exigeroit aucun droit de procuration pour la visite des cures possédées par les chanoines. On lui accorda qu'il ne seroit plus tenu qu'au paiement de 95 liv. Le traité fait sur cet article, par devant Biaise Moirolte , clerc tabellion juré en la prévôté d'Auxerre , parle de deux difficultés réglées en même temps : l'une consisioit en ce que Guillaume Chevalier, chanoine, ayant été arrêté pour délit commis sur la justice du monastère de Saint -Germain et mis dans les prisons de l'abbaye ,

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Tévéque Tavoit reTendiqaé comme sod domestique et, familier, pendant que le Chapitre, de son côté, prétendoit qu'il fût rendu à ses officiers. On conTJnt de part et d'autre que les réquisitoires seroient censés nuls et non avenus : Tautre difficulté regardoit la succession de Pierre Oribon, curé de Lindry, mort nouTellement sans héritiers. L'évêque sontenoit qu'en ce cas il devoit succéder à tous les curés de son diocèse ; le Chapitre soutint que cette aubaine étant dans sa justice, devoit lui apppartenir. Le prélat en fit cession, et par ce moyen les derniers obstacles à la paix furent levés le 8 novembre 1458; la succession du curé fut vendue, par le Chapitre, la somme de 20 liv. (1). La même année, Thomas la Flotte, doyen, qui avoit tant différé, consentit a prêter le serment de fidélité, par une sentence d'acquiescement qui fut confirmée par arrêt du parlement.

Quatre ans étoient à peine écoulés que Pierre de Longueil s'éleva de nouveau contre la juridiction du Chapitre. Gui le Cuiotier, chanoine, propriétaire d'une maison claustrale, y avoit fait arrêter prisonnier au mois de novembre 1462^ Albert Dauvron, prêtre, notaire de la cour spirituelle de l'évêché , qui y recevoit le testament d'un clerc marié logé dans la même maison. Cet emprisonnement porta le prélat k attaquer la juridiction quant au fond ; mais le Chapitre fit valoir le^ exemples asfez récents de l'exercice de cette juridiction, aussi bien que les sentences obtenues du temps de Michel de Creney et Philippe des Essarts ; il prouva si clairement que les notaires de la cour épiscopale ne pouvoient instrumenter dans les maisons canoniales, pour quelque cause que ce fût, que la récréance lui fut adjugée aux requêtes du Palais, le 2 juillet 1465; cela dégoûta l'évêque de rien entreprendre davantage sur cette matière. Il avoit apparemment senti le foible de la cause, puisqu'un an auparavant il avoit envoyé au Chapitre (2) maître Guillaume de Verdun, son secrétaire, pour déclarer aux chanoines qo'afin d'éviter les frais de la procédure, ils eussent k jeter les yeux sur un accord qu'il disoit passé depuis environ soixante ans, entre l'évêque et leurs prédécesseurs, par lequel ceux-ci étoient convenus ne pouvoir adresser leurs lettres citatoires et rogatoires à aucun

(i) Reg. Cap. 11 febr, 145». ^ {% Beg. Cap.,Wjuin I4ti4.

1449 il 1473. ^^^^^^ I^^r fd>'^ comparoilre devant eux ceux du corps qui étoient absents. Depuis peu le Chapitre d'Âuxerre avoit envoyé des lettres de cette espèce à l'official d'Âutun, qui, k la prière de la compagnie, les avoit fait mettre à exécution contre un nommé Quillaud , prêtre, chanoine tortrier , leur sujet et justiciable , demeurant k Beaune. Le prélat fit remarquer qu'en cela le Chapitre avoit été contre cet accord , mais le titre allégué étoit inconnu dans les archives du Chapitre, et il ne put être produit d'aucun endroit.

L'évêque d'Auxerre , bien résolu de ne plus porter atteinte aux droits du Chapitre, se souvint des biens qu'il avoit promis de faire. Il commença , en 1466 , par un don considérable de reliques qu'il avoit apportées de Saints*en-Puisaye. C'éloit plusieurs ossements des compagnons de saint Prix qu'il fit présenter en Chapitre , le 5 juin, par Jeaa Mauvoisin (i)« On les reçut avec respect et on les enferma dans le trésor. Le 6 mai 1469, il vint lui-même en Chapitre, où , après avoir marqué le désir qu'il avoit de faire du bien à l'église d'Auxerre son épouse, et déclaré que ses facultés étoient inférieures a sa bonne volonté, il présenta un grand reliquaire d'argent consistant en uoe image de saint Pierre qui soutenoit une petite boite enrichie d'or et de perles précieuses dans laquelle étoit renfermé , à ce qu'il disoit, un morceau d'os du bras du prince des apôtres. On croit que cetlt relique lui venoit de Richard Olivier de Longueil, cardinal d'Auge, son parent; il fit ensuite ressouvenir les chanoines qu'il avoit souvent changé de dessein sur le lieu de sa sépulture ; mais que le tombeau que Ferrie Cassinel s'étoit fait ériger étant vide, parce qu'il étoit mort archevêque de Reims, il prioit qu'on lui accordât cette place après sa mon. On eo opina lorsqu'il fut retiré, et on lui accorda sa demande ; ce qui lui fut notifié par Guillaume de Longueil, grand archidiacre, et Jean-le-Roux, chanoine, qui en même temps le remercièrent des présents qu'il venoit de faire. Il revint encore au Chapitre, le 22 décembre, présenter une chapelle d'ornements blancs de grand prix ; elle consistoit en quatre chapes, la chasuble, dalmatique et tunique, et parements d'autel. Il y avoit

(1) Reg,CapU.,\A(i6.

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