‹ Mémoires concernant l'histoire civile et ecclésiastique d'Auxerre et de son ancien diocese, continues jusqu'a nos jours avec addition de nouvelles preuves et annotationsChapitre 35 sur 122 · FRANÇOIS DB DINTEYILLB II DU NOM · texte numérisé non relu

FRANÇOIS DB DINTEYILLB II DU NOM

1530 Si 1154. '^^^î**^ ^® nouveau jubilé accordé par le pape. La lettre qu'il écrivît à ce sujet au clergé de son diocèse (1), porte expressément qu'on ne permit k aucun des ecclésiastiques qui s'érigeoient en quêteurs d'aumônes, de monter en chaire ni de parler en public à l'occasion de ce jubilé ; de crainte que, sous prétexte d'exhorter h l'aumône, ils n'avançassent quelques propositions luthériennes ou autres condamnées par l'Eglise. Remettant ainsi souvent devant les yeux des curés , certains articles des ordonnances qu'il avoit publiées dans le synode du 3 mai 1552, il éloigna quantité de faux docteurs qui cherchoient à pervertir la foi des peuples. La publication de ces statuts synodaux, fut un des moyens les plus efficaces» dont il usa pour prévenir la corruption générale (a). Parlant d'après ses prédécesseurs , qui lui avoient transmis le dépôt de la foi et la pureté des canons, il s'étoit contenté d'en résumer tous les règlements-, qu'il fit rédiger dans une latinité pure et exacte : il en ajouta de nouveaux qu'il avoi tété obligé de dresser depuis les tentatives des disciples de Luther et autres sur la foi et la morale ancienne.

Le reste des actes émanés de son secrétariat ne regarde que la discipline ordinaire du diocèse selon les différents cas qui se présentoient , et il n'y a de remarquable que quelques établissements d'églises succursales et quelques visites de maisons religieuses. Les habitants de Beaumont proche Chemilly l'avoient supplié, dès les premières années de

(1) Mand. do 15 DOT. 1555.

(a) A cette époque, le clergé, en général, n'avait pas cette gravité de mœurs que nous sommes habitués à lui voir de notre temps. Par un article des statuts du synode de 1552, révéque ordonna aux ecclésiastiques de porter des vêtements noirs ou approchant du noir. Il voulait restreindre par là le luxe du clergé qui ne se distinguait plus des laïques. Par un reste d'habitudes du moyen-âge, les choses mondaines Foccupaient trop souvent. Le Chapitre cathédral d'Auxcrre, remplissant Toffice d'administrateur de Tévéché, le siège yacant, en 1555, défend aux ecclésiastiques le blasphème, le concubinage, le port de costumes indécents, etc. On Tott plusieurs fois, dans le registre capitulaire d*où nous tirons ces notes, que des chanoines, oubliant la retenue que leur impose leur habit, ont frappé des gens qui leur disaient des injures ou leur causaient des désagréments; pour quoi ils ont obtenu du Chapitre absolution, sauf les droits des tiers. — Arch. de V Tonne, Fonds du Chapitre d'Auxerrc. {N, d. E.)

QCATRB^VIRGT-DOUSlillB AVÉQCE D ACISRIiE. 151

son épiscopat, d*ériger leur chapelle en paroisse; mais les députés qae ,530 ^ 1554. le Chapitre de la cathédrale» intéressé dans cet établissement « lui en- ▼0? a , n^eurent pas de peine k le rendre sensible au tort que cette érection alloit faire à la compagnie. Ainsi la proposition fut rejetée dès* Fan iS58 ; ce fut la même année qu*il fit la dédicace de Téglise de GoorsoD (1 ).Les deux églises succursales dont il se présente quelque chose à dire, sont Champoulet et Vergers. Frère Rolland de Givarlay , curé de Batilly, et Charles de Givarlay, seigneur de Champoulet, présentèrent requête k Févéque , k ce qu'il leur fût permis de bâtir une chapelle à Champoulet, et de l'ériger en succursale de Batilly. Le clergé de Batilly composé de deux prêtres y ayant consenti» aussi bien que damoiselle Guy de Prie veuve dQ Jean de Givarlay, et les habitants de Batilly au nombre de trente-huit, la permission fut accordée le 2i décembre 1549, k condition de construire sur le lieu un presbytère pour le curé de Batilly on pour son vicaire. Il y avoit en 1552 procès k Tofiicialité de Seos, entre Charles Darmes , seigneur de Vergers et les habitants d^une part , et Pierre du Broc , curé de Sully d'autre part , touchant la desserte de Vergers. Ils firent un compromis entre les mains de Févéque diocésain , qui statua le ^ mars , que les habitants de Ve^ers et de Chassaigne feroient bâtir un presbytère k Vergers, qu'ils entreUendroient l'église généralement de tout, avec une lampe ardente jour et nuit devant le Saint-Sacrement, et qu'ils donneroient un fonds d'héritage au curé de Sully ; et qu'k l'égard de ce curé, il viendroit demeurer k Vergers» ou qu'il y mettroit un vicaire pour y chanter les messes et les vêpres et complies, non-seulement les jours de fêtes, mais encore tous les samedis et veilles des fêtes commandées. Ceci nous apprend l'ancienne obligation de tous les curés , de chanter vêpres les veilles de fêtes et les samedis. On connolt dans la campagne quatre chapelles dont les fondateurs eurent recours k l'autorité de François de Dinteville (2). Il permit par lettres expédiées k Bégennes, le 24 juin 4549, k Etienne Janneau, marchand bourgeois d'Âuxerre, de faire dire la messe dans la chapelle par lui bâtie k Monéteau, pourvu que ce fût

(f> Ueg. Cap,» 4 nov. 1538 e< 7 ffbr, | (S) Regitt. Dachié.

i32 FRANÇOIS DE DINTEVILLE II DU NOM,

1530 ï i;>54. ^^^ sonner, sans chant et sans convocation de peuple; car il étoit trèsattentif à Tobligation qu*ont les fidèles d'assister à la messe de paroisse, et il ne permetloit point qu'on dit de messes basses avant la grand'messe (1). Il donna permission, le 20 juillet suivant, à Antoine du Bourg, de demeurer proche la chapelle de Sainte-Geneviève-lès-Auxerre, et d'y mener la vie d'ermite (2) , ce qui a toujours été très-rare dans le diocèse. Antoine Savelle et Michel le Beuf , riches habitants de la paroisse de Saint-Verain-des-Bois, lui ayant représenté en 1550, qu'à cause des chemins souvent impraticables, ils ne pouvoient venir exactement à la paroisse, il leur permit (5) de bâtir, sous l'invocation du Saint Esprit et de sainte Anne, une chapelle dans leur terre appelée Jérusalem, et d'y faire célébrer la messe aux conditions ci-dessus marquées, et sans être dispensés d'assister à la messe paroissiale, lorsque )e temps le permettroit. Nicolas Ratelot, prêtre chapelain delà chapelle du nom de Saint-Moré située sur les limites des paroisses de Saint- Moré et d'Ârcy, lui représenta le mauvais état où les guerres et le malheur des temps avoient réduit le bâtiment, qui avoit autrefois été considérable ; et qu'il viendroit à bout de le rétablir , en y érigeant une confrérie pour les paroisses du voisinage. Sa demande lui fut accordée à Régennes (4) le 22 janvier 1552. (5). Il y eut pendant les dernières années de son épiscopatde fréquents dénombrements des bénéfices. Le

(1) C'est UD article de ses Sututo synodaux.

(â) A00. Duchié.

(3) Ilnd.

(4) Ex autographo.

• (5) Je ne parle point de deax réconciUatlODS de cimetière qu'il fit lui-même en un seul jour, Tan 1551, saroir : celui de Venoy, déclaré poilu par effasion de sang, et celui

de Saint-Amatre-lés-ÀQxerre qn'on croyoit dans le même cas, à cause des confiUts arrirés en ce lieu dans le temps des guerres (a). Filbert de Beaujea, évéque de Bethléem, fit, par son ordre, la même cérémonie au cimetière de Jussy en 1548. Le même évéque, par commission du 5 notembre de la môme année, dédia TégUse paroissiale de Saissy-les-Bois.

(a) Il existait dans ce cimetière une chapelle ou basilique de St-Michel qui était déjà fort ancienne au xvi* siècle. Elle devint le refuge des Confrères de la Miséricorde, après la destruction, en 1567, de l'église Saint-Amatre où ils s'assemblaient auparavant. Déjà, en 1547, M. de Dintcville avait approuvé leurs statuts qui furent homologués par le parlement en 1741. — Arch. de VYonnef Fonds Saint-Amatre.

(iV. d. E.)

QUATRE-VINGT-DOUZIÈME ÉVÊQUB d'aUXERRE. 153

9 mai 1550, il tint, dans le palais épiscopal, une assemblée géaérale de i^ ^ y^ ioot son clergé, au sujet des nouvelles acquisitions qui pouvoient avoir été faites par chaque bénéficier. Le roi ayant aussi demandé un étal de Targenterie, des charges et des revenus de chaque église, il enjoignit k ses archidiacres, le 18 avril 1552, de faire cet inventaire, chacun dans leor détroit (1); mais on ne voit pas que cela fût si ponctuellement exécuté que l'imposition sur les bénéfices, faite pour le roi Henri II, en i 5S1 , après la tenue du synode» et celle qui fut mise sur chaque clocher, en 1552, par forme d'emprunt accordé au même prince.

Quelques-uns des monastères de son diocèse étoient un peu dans le dérangement. On se plaignoit sniloui de celui de Saint-Laurent , de rOrdredes chanoines réguliers. Un arrêt donné en parlement, à la requête du procureur du roi le 14 avril 1548, portoit que les religieux de cette abbaye seroient réformés. Le prélat à qui il fut signifié, nomma ao mois d'octobre suivant (2j deux chanoines réguliers du même Ordre pour y introduire la réforme, savoir Laurent Petitfou, abbé de Saint- Père d'Âuxerre, et Jacques du Coin, religieux de Saint-Martin de Nevers. Il les établit ses vicaires^énéraux, h cet effet, avec pouvoir de faire toutes les informations et perquisitions nécessaires, punir les délinquants et les réfractaires, et rétablir le bon ordre. Il avoit trouvé Tabbaye de Saint-Julien d'Âuxerre, dans un élat encore plus déplorable. Selon quelques mémoires du temps (5) ce ne fut que par ses visites en 1554 et en 1542 au retour d'Italie, qu'il y put remettre la régularité. Pour l'y maintenir, il fil encore une visite très-exacte le lundi 16 octobre 1555. L'abbesse éloit Marie de Fontaines, et la prieure Guillemette de Saigny. L'évéque reçu avec solennité par les religieuses à la porte de l'église (a), assista k la messe du Saint-Esprit ; après l'Evangile il y eut prédication par un jacobin, confesseur de la maison; la messe

(1) Reg. Dochié, 16. I (3) Mémoires de Pierre Magnen, pro-

(S) Rêg. Duchié, 16 oeL 1548. | moteur, et de Joseph de Thou, greffier.

(fi) L'abbesse ayait une veUéité de refuser l'entrée du monastère à l^évéque, et elle avait consulté, à cet effet, Téféque de Nevers, qui, sur le vu des titres qu'elle lui soumit, Ten dissuada. — Àreh. de VYonne, Fonds Saint-Julien. {N. d. E.)

i34 FRANÇOIS DB DINTBVILLB II DU NOM,

finie, il entra dans Tinténear du monastère, et trouva tout en bon ordre« Il se contenta d'ordonner qu'on relût les règlements, qu*il avoit faîls dans ses deux visites précédentes* En voici un article curieui : c'est celui par lequel il leur fut défendu de sortir du monastère, pour tenir ded enfants sur les fonts de baptême, et d'aller par la campagne, k aïoins que ce ne fôt pour les affaires du monastère et avec permission. Ce r^lement fait voir que la clôture n'étoit point alors si étroite qu'elle l'est devenue depuis. On vit aussi de son temps un religieux d'une abbaye célèbre de son diocèse réclamer contre ses vœux. G'étoit un cistercien du monastère de Pontigny, appelé Jacques de la Rivière. Noble Adrien de la Rivière, seigneur de Ghamplemy, s'opposoit h cette sortie. Il fut dit, par un arrêt du parlement du 9 janvier 1555 (1), que le procès seroit mis en état par deux conseillers-clercs du parlement, auxquels l'évêque d'Âuxerre donneroit des lettres de grand-vicariat; et le prélat adressa ces lettres k MM. de Montmiral et du Val, avec pouvoir de connoitre de celte affaire jusqu'à la définitive. Entre les bénéfices r^^ liers que François de Dinteville conféra jure devoluto^ par l'inattention des présentateurs, il s'en trouve deux assez considérables. Le prieuré simple de Notre-Dame-du-Pré, proche Donzy, qu'il conféra & Jean Moreau, clerc du diocèse de Meaux, en 1550, et la cure de Notre-Dame* la-d'Hors, dans la ville d'Auxerre, de l'Ordre de Prémontré (2), dont il fit expédier les provisions k Jean Guérin, prêtre de l'Ordre et gradué, au refus de l'abbé de Saint-Marien. Le doyenné de la cathédrale fut dans le même cas^ après la mort de Florent de la Barre (5). Le registre du secrétariat prouve combien de fois différentes il en pourvut un chanoine» appelé Nicolas Blanchard, dans les années 1551 et 1552 (4), Il usa aussi en 1555 du droit qu'a l'évêque de confirmer l'élection du chantre de la cathédrale. Les deux archidiacres étant allés, le premier jour d'août» avec Télu, nommé Laurent Robert, lui en parler ï Régennes, il assigna le lundi 7 du mois pour donner celte confirmation, ordonnant d'afficher l'acte d'élection où il étoit nécessaire. Et comme il ne se trouva aucune opposition» pas même dans l'enquête du vice*

(1) Voy. les Preuves, 1553.

(2) Beg. Duchié, 30 juif 1 1550.

(3) Itfid, 12 sept. 1554.

(4) On ne sait ce que signifiaient ces réitérations (le proTisions enyers un mdnie sujet.

QUATRE-VINGT-DOUZIÈME ÉVÊQUE d'aUIERBE. 155

géreni de rofficiallté, chargé de s'informer de la vie et des mœurs de ^^ ^ ^^^ Télo 9 le prélat fit expédier l'acte de confirmation et lui conféra la dignité de chantre, en présence de noble Claude du Plessis, curé de Saint-Privé, et Joachim de Dinteville, prieur de Viviers, au diocèse de Langres, ses parents. Laurent Robert avoit été son secrétaire. Entre ceux qu'il plaça dans le Chapitre les vingt premières années de son épiscopat,se trouve, en 4557, Louis de Dinteville qui, dans quelques actes où il parott comme témoin , est qualifié cousin de notre évéque. Il pourvut en 1544> d'une prébende d'Auxerre, Germain Vaillant de Guélis, clerc Orléanais, qui fut depuis évéque d'Orléans; en 1545 Mathieu de Longuejoue (i) et Scipion de Popincourt. On croit que le dernier étoit de ses parents; k l'égard de l'autre, il était clerc du diocèse d'Orléans, et parent, sans doute de l'évéque de Soissons de ce nom, qui fut garde-des-sceaux. L'année d'après, il conféra un canonicat de son église à Jean Marafin, d'une noble famille du pays de Donziois, et en 1549, le 26 novembre, à Jacques de la Halle, docteur de Paris (2)| qui devint célèbre dans le temps des [troubles des huguenots. La même année, il donna à Âlmaric de Talon, docteur en droit canon, des provisions d'oiBcial (5).

Quoique cet évéque eût fait beaucoup de voyages à Paris , on ne 1 y voit présider k aucune cérémonie, si ce n'est a la bénédiction de Tabbesse de Montmartre qu'il fit le 11 août 1549; c'étoit Catherine de Clermont (4). Il eut pour assistants en cette cérémonie Philippe le Bel, abbé de Sainte-Geneviève, et Antoine de Melphes, abbé de Saint- Victor (5).

De son temps et de son consentement, fut instituée à Auxerre, au 14 janvier, la fête du Saint-Nom de Jésus, à la sollicitation d'un cordelier de la maison d' Auxerre (6), lequel, non content d'avoir fait bâtir une grande chapelle à côté de l'église de son couvent pour y

(1) Ce MaUiieu pouYoil bien être fils de l'évéque, garde-des-sceaux, qui, avant son épiscopat, avoit été marié et laissa des enfants. Le garde des sceaux étoit neveu de révéqoe Jean Baillet.

(13) Begist. CapU.

(3) Cet Âlmarie seroit-il le même quUuc^o-

marus Talon, qui fut recteur de lUnivorsité et curé à Paris ?

(4) Foy. Preuves, 1549.

(5) Regist. Duchié.

(6) Il se nommoit Bonaventure Dnbiez ; il étoit natif de Ghevannes, à deux Ueuos d'Auxerre.

i 56 FRANÇOIS DE DINTEVILLB II DU NOM ,

1590 k 1554. solenniser celle nouvelle fête, persuada à ub parliculier de l'établir ii la cathédrale et obtint de Tévéque qu'elle fût cb6mée. Gomme oa admit trop facilement le système qui distinguoit cette fête de la solennité du huitième jour d'après Noël, auquel le nom de Jésus avoit été imposé au Sauveur du monde, la nouvelle fête fut supprimée, quant à la cessation du travail, dès le siècle suivant, et en 1726 l'office en a été remis au i^^ janvier son jour véritable et naturel. Si cet établissement fut favorisé par François de Dinteville, on doit croire qu'il contribua aussi à l'abolissement du jeu de la Pelotte, qui se pratiquait l'après-midi du jour de Pâques, dans la nef de la cathédra]e(1 ), et auquel un arrêt du parlement, obtenu par Laurent Bretel, qui chanoine, mit fin pour toujours l'an 1558. Je passerai sous silence ce restoit encore alors de vestige de la fêle des Fous, aussi bien que l'usage des tragédies de piété qu'on repiésentoit encore l'an 1551, avec des ornements de l'église dans la place devant l'église cathédrale (a).

Dans la même année 1551 l'évêque d'Auxerre voyant l'entrée da palais épiscopal en mauvais état, en rélablit le portique : il y fit élever un pavillon autant magnifique que la place put le permettre , et l'orna d'inscriptions sententieuses suivant le goût de son siècle ; l'une touchant l'accès de sa maison qu'il déclaroit librement ouverte à tous les gens de bien, l'autre par rapport h l'officialité dont ta salle est contiguë (fr).

(1) Voyci le Sîercurede France, mai 1726, p. 911 (c).

(a) Ces représentations^ qu'on appelait def myttèreSf étaient assez fréquentes et se donnaient ordinairement au grand cimetière de la Madeleine. On y jouait le plus souYent le Mystère de la Passion^ et la pièce durait souvent plusieurs jours. En 1508, elle eut lieu pendant six jours, avec accompagnement de fanfares. {Voy^ les Preuves, t.iv, no414.)En 1520, on donmXes Jeux de sainte BrigilU. Enl5ttloul5B2i on joua le Mystère de la Passion pendant environ 28 jours, et il se passa des faits scandaleux qui amenèrent l'interdiction du cimetière. — (Regist. capitulaires, Àreh. de V Yonne. (N, d. E.)

(5} Ce pavillon, construit dans le style renaissance, existe encore dans la rue do Département; il ne manque pas de pureté. Les inscriptions dont parle Lebeuf ont disparu. La première portait : Porta pa(«n« esta •* nulli claudaris honesto. (2V. d, £.)

(c) Le jeu de la pelote ou de la balle, dégénéré d'un vieil usage grave, d'un hommage symbolique rendu au Chapitre par le chanoine nouvellement élu, avait fin par transformer, le jour où il se célébrait, la nef de la cathédrale en une sorte de jeu de paume. {N. d. iV.)

QUATRE-VINGT-DOUZIÈMB ÉVÊQUB d'aUXERRB. 157

L'année suivante, c'est-à-dire 1552, il reçut k foi et hommage pour i^^ 1554.

la baronnie de Donzj, Pierre de Mazengarbe , au nom de François de

Glèves, duc de Nevers. G'étoit pour la seconde fois qu'il reçut alors

les devoirs féodaux dus pour cette baronnie ; cardes le 1®' novembre

1548, Charles de Luxemboui^ et Claude de Foix , son épouse , l'avoient

fait rendre par Jean de Buxières, leur prévôt de Donziois, tant pour

Donzj, que pour Saint-Yerain et pour la châtellenie de Beauche (1) Il

ne reste plus a parler que des ornemcLts qu'il fit présenter au Chapitre

au commencement du mois de septembre 1554>, ils consistoient en

trois chapes à fond d'argent parsemées de fleurs rouges et violettes ,

dont les orfrois étoient chargés de ses armoiries , avec les vêtements

des ministres sacrés et les parements nécessaires à l'autel (a). Les

chanoines ayant égard à ce présent, ordonnèrent qu'en reconnoissance

on chanteroit, le mardi suivant, une messe du Saint-Esprit de rit double

k son intention, et que tous les jours, jusqu'à la Toussaint, les

enfants de chœur chanteroient, dans la chapelle de Notre-Dame-des-

Yertus, une antienne et un salut pour sa santéet sa prospérité (2).0n iiele

croyoit pas alors si proche de finir sa carrière. Les prières ordonnées

pour sa conservation ne purent être continuées que jusqu'à la fin du

mois. Etant retiré au château de Régennes, sa demeure ordinaire,

il j fut atteint d'une maladie qui n'a pas été spécifiée , et il y mourut

au bout de quelques jours sur le milieu, de la nuit du mercredi an

jeudi 27 septembre. Le Chapitre n'apprit d'abord cette triste nouvelle,

que par Jean de Marafin, seigneur de Guerchy, abbé commendataire de

Bellevaux , qui la tenoit des sieurs de Polizy et d'Eschenetz, frères du

prélat; mais le vendredi 28, le même abbé, accompagné de Philippe

de Chastellux, seigneur de Bazarne, allié du défunt, et de Jean

Dnchié (5), curé de Monéteau, son secrétaire, vinrent certifier à la

compagnie la vérité du fait. Le corps du défunt fut amené le même

(1) Viole. I (5) On écriroit alors ùveMé poar Duché.

(S) Reg. Cap., sept, 1554.

(a) Il légua aussi au Chapitre un magnifique é?angeiier décoré de lames d'argent. Mais le Chapitre ne put le recouvrer de ses héritiers qu^après un procès en 1554. — Rcg. capit, Ârch. de V Tonne. {N, d, E.)

i5S FRANÇOIS DR DINTEVILLE II DU NOU ,

1530 k 1554. jour à Âuxerre, et inhumé dans le caveau qu'il avoit fait pratiquer six ans auparavant , sous un coin du jubé de la cathédrale , et où son oncle étoit déjà enterré. Outre de magnifiques funérailles, il y eut un quarantain célébré solennellement le 6 novembre avec convocation des gens du roi« Sa famille se remetlant sur les soins de Jean Thienoi, chanoine de Troyes , qui avoit été son grand vicaire pour ses deux abbayes, envoya de Troyes dans le même mois un poêle de velours noir, chargé de ses armoiries, pour couvrir sa sépulture (1). On ne trouva point de testament après sa mort; mais on sut quMl avoit pris des mesures pour faire tomber ses abbayes entre les mains de quelquesuns de ses parents. On réunit son nom à celui de son oncle , dans les douze obits qu'on célébroit pour lui chaque année (2). Cette réunion commença à avoir lieu le 25 mars 1555 (a).

Ce prélat a été extrêmement loué dans l'abrégé de sa vie écrit par un chanoine de son temps. Cet auteur y touche en général sa libéralité envers les églises, ses aumônes envers les hôpitaux et les pauvres communautés. François de Dinteville mangeoit peu, buvoit fort rarement, ne dormoit guère, travailloit continuellement, étudioit sans relâche, et vivoit comme un vrai philosophe. Outre les arts libéraux, il se connoissoit aussi dans la mécanique ; aimant surtout la peinture , il y avoit toujours chez lui quelque peintre (b). Il étoit ennemi déclaré de l'oisiveté, et rappeloit souvent à ceux de sa compagnie Tadage d'Âppelles ; s'il faisoit accueil aux gens studieux , laborieux et

(1) Reg. Cap., 17 nov. \ (2) Reg. Cap., 1555.

(a) Les parents de Tévéque fondèrent son anniversaire par un acte de Tan 1555 et y attribuèrent 144 livres de rentes. — Le paiement de cette rente ne se faisait pas régulièrement, et le Chapitre fut obligé d'assigner les débiteurs aux requêtes du Palais, à Paris. Un acte du 16 avril 1567 amena le remboursement de cette fondation par mesdames Louise de Rochecbouard et Louise de Coligny, veuves, Tune de fiaillaume de Dinteville, l'autre de Gaucher de Dinteville, neveux de Tévêque. Marin de Dinteville, abbé de Saint-Michel de Tonnerre et seigneur de Saint-Bris, leur neveu, fut chargé de cette affaire. — Arch. de V Yonne, Fonds des minutes de Notaires.

[b) C'est sans doute à un de ces peintres qu'il faut attribuer deux tableaux qui sont placés dans le chœur de Téglise de Saint-Bris, et qui ûgurent saint Etienne et

QCAT1iS*VlNGT*D0UZIÈHB ÉVfiQUB D^OXERHB. 159

TÎgilaiils, s'il les aimoit et les honoroit , il avoit anssi en horreur les i^^ ^ 1554. liches, les fainéants, les gens oisifs et paresseux : il étoit d'une trèsfoible sanlé, untôt attaqué de fièvre ou dyssenterie, tantôt des douleurs de la gravelie et de la goutte. Au milieu de ces infirmités, il se réjouis* soit de souflrir en ce monde, pour arriver dans le lieu de rafraîchissement. C'est par où Fauteur anonyme finit sa relation, à laquelle j'ai été obligé d'ajouter plus de la moitié des faits qu'il n'a pas rapportée comme étant alors trop nouveaux, et d'une espèce que j'avoue n'être devenue intéressante , que depuis l'éloignement des temps. On peut reconnoitre quelques tableaux faits sous son épiscopat et par ses amis, à la représentation de son visage que les peintres se plaisoient à introduire dans le rang des spectateurs. Ainsi est-il tiré dans le tableau de la lapidation de saint Etienne,. conservé sur l'autel de la chapelle de Saint* Alexandre au fond de l'église cathédrale, et dans celui du martyre de sainte Eugénie k Varzy, au retable du grand autel de l'église collégiale. Ces deux tableaux passent pour être de la façon de Félix Chrétien, chanoine, qui transcrivit l'abrégé de sa vie dans le livre manuscrit des évéques conservé au trésor littéral du Chapitre. L'église de Saint-Eugénie de Varzy, dont je viens de parler, eut grande part k ses libéralités. Il l'enrichit de plusieurs ornements; en 1537 il y fit construire les orgues, le grand autel avec ses accompagnements, et la voûte qui est au-dessus. On attribue & l'auteur des tableaux les quatre distiques qui suivent, lesquels paroissent dans quelques manuscrits :

Is Prœsul cujus Uber hic dat splendida gesta Immeriti pœnas pertalit exilii.

Vidit eum insontem testisque comesque laborum. Félix a Christi nomine nomen habens.

Vidit y et est ipsum casu comitatas in omni Mœstitiaeque cornes, Istitiœque cornes.

Gui cum Don posset majora rependere dona Istud scriptura Dobllitavit opus (1).

(1) Bx Mi, D. Boahier, prœHd. divian.

sont Germain. Ces denx tableanx, qui ont servi de bannières, portent les armoiries âeM. de Dinteville; ils sont médiocres, mais cependant intéressants pour les costumes. (iV. d. E.)

440 FRANÇOIS DE DINTEYILLB II DU NOM, XCU® ÉVÊQUB D^AUXERRE.

1530 ^ 1554. ^^^ écrivain de Téloge de François de Dinteville avoit commencé par être enfant de cbœur dans la cathédrale , ainsi que j'ai vu par les registres; et il avoit tellement gagné la bienveillance du prélat par la délicatesse de sa main dans récriture et la peinture, qu'il parvint à être chanoine. On apprend, par ces vers, qu'il avoit été son cornmensal, et que, s'il n'étoit pas auteur de la vie de François de Dinteville, au moins il en étoit le copiste (a).

Malgré tout ce que j'ai dit après Fauteur à la louange de cet évéque, je me crois obligé, pour ne rien taire, de rapporter ce qu'en dit Pierre de Saint-Julien. Cet historien le blâme de ce qu'étant le principal élu aux états de Bourgogne, auxquels présidoit Claude de Lorraine, duc de Guise, gouverneur pour le roi en cette province du temps de Henri II, et qu'étant chargé de porter la parole et de répondre que la Bourgogne consentoit de payer sa part du taillon que le roi vouloit lever sur toute la France, à raison du trentième denier, il ne suivit pas cette résolution des trois Etals, et que sachant qu'il avoit été résolu au conseil privé que la Bourgogne payeroit le seizième denier, il répondit que les Etats sysoumettoient. Gela ne fut pas plus tôt venu à la connoissance des autres députés, qu'ils conclurent de lui faire signifier un désaveu ; mais il étoit déjà sorti de Dijon avec le gouverneur de la province. Sa réponse fut cause, dit-on , que depuis ce temps-là la Bourgogne fut cotisée sur ce pied du seizième denier ; et l'on en eut un tel ressentiment dans la province que, quoique les évéques d'Âuxerre envoyassent aux Etats de leur part, on ne voulut plus recevoir leur député. Guillaume Paradin , parlant d'Âuxerre dans son livre de antiquo statu Burgundiœ de l'an 1542, qualifie François de Dinteville^ alors vivant, d'évéque très-pieux. On a des preuves qu'il exerçoit une grande sévérité envers ceux qu'il trouvoit occupés à détruire

(a) Il nous semble que rien ne s'oppose à ce qu'on regarde Félix Chrétien comme l'auteur de la vie de Tévéque Fr. de DinteviUe. Ce personnage, artiste-peintre et capable de &ire des vers (On lit, en télé de ceux que rapporte Lcbeuf : Felic'^ Chrisiiani ad leciorem carmen,) a bien pu composer la vie de son mattre. — On lit sur le manuscrit du Gesia, au bas de celte biographie : Tousjours feray Félix Chretlùn 1«66. {N. d. E.)

ROBERT DE LEMONCOURT, XCIII® ÉVÊQCB d'aUXERRE. i4>i

ce qui lui appartenoit ; l'absolutiop qu'il obtint du pape Tau 1545, 159011534. suppose quMI avoit usé d'une punition excessive (i), et qu'il se rcpentoit de s'être laissé trop emporter k la colère (a).

Page 1