CHAPITRE IV
Filbert (vulgairement écrit Philbert) Baboa, dit autrement LE CARDINAL DE LA BOURDAISIÈRE, XCV* ËVÊQUE D'AUXERRE.
Le cardinal de la Bourdaisière résida encore moins dans le diocèse ^^ ^ i^^oqae Robert et Philippe de Lenoncoart (a), et Ton n^ peut produire aucune preuve qu'il y est même passé, si ce n'est peut-être en allant de Paris à Rome, ou durant son séjour en France, en 1566 (1). Quel* qne&-uns ont écrit que sa famille étoit originaire d'Italie, et que le nom de Babou fut celui que choisirent les cadets de la famille des Naldi dans le pays des Faventins. Us prétendent qu'une de ces branches passa en France et s'établit h Bourges ou aux environs ; c'est dont d'autres doutent. Un historien de Touraine dit qu'il étoit né k la Bourdaisière, entre Tours et Âmboise. Au moins, selon Cbaumeau, un Filbert Babou, chevalier et trésorier de France, possédoit, dans le Berri» vers le règne de François I®^ (2), la châtellenie de Youllon, et cet historien ajoute qu'il étoit de Bourges. C'est ce qui fait croire que le cardinal de même nom en étoit aussi natif ou bien des environs. Ce Filbert, sei« gneur de Youllon, ayant épousé, ^n 1510^ Marie Gaudin, dame de la Bourdaisière et de Thuisseau (6), communiqua à ses enfants le surnom
(1) Reg. Cap., ejuHi 1566. | (2) Iligt. du Berry, p. 269.
(a) Ce défaut de résidence dans le diocèse par les évoques^ depuis les Dinteville^ est regardé par le président Chardon, comme Tune des causes qui ont facilité Fintroduction du calvinisme dans la ville capitale. I! remarque avec raison que le gouvernement épiscopal, confié à des vicaires-généraux, devait manquer de la sollicitude qui n'appartient qu'au pasteur du troupeau. (iV. d. £.)
{b) Cette dame fut la maîtresse de François h^ et ce fut là la source de la fortune de sa famille. Voy. Chalmel; Hist. de Touraine, t. m. (iV. d. E,)
i56 FILBERT BABOU ,
1563 31 1570. ^^ '^ Bourdaisière , et surlout h Tâioé Donimé Jean, qui, outre plusieurs emplois considérables dont il fut honoré , fut gouverneur et bailli de Gien (1). Notre évêque fut aussi plus communément connu sous ce nom , etTévéché d'Auxerre fut le dernier bénéfice qu'il posséda. Après avoir étudié à Paris sous les plus habiles maîtres, il avoit été fait évêque d*Ângouléme dès Tan 1552, n'étant âgé que de vingt ans. Il fut maître des requêtes en 1557, doyen de Saint-Marlin de Tours en 4559, abbé du Jard, proche de Melun, en i560, et cardinal du titre de saint Sixte » le 4 mars 1561 . Quelques-uns ajoutent qu'il avoit été trésorier de la Sainte-Chapelle de Paris- Il fut aussi ambassadeur ordinaire des rois de France h RoiQe , et s'étant dignement acquitté de cette fonction sous Henri II et François H , le roi Charles IX lui continua le même emploi. Mais les grandes dépenses dans lesquelles sa dignité de cardinal le jeta, engagèrent le pape Pie IV, qui Ta voit élevé ^ la pourpre , de le transférer à un évêché d'un revenu plus considérable que celui d'Ângoulême. Cette raison est assez clairement insinuée dans la bulle de translation {i). Elle fut présentée au Chapitre d'Àuxerre, le 18 juin 1565, par Mathieu de Macheco, archidiacre de Passy en l'église de Langres , qu'il avoit chargé de sa procuration spéciale, le 28 avril précédent. Les chanoines, après avoir témoigné leur joie d'avoir un cardinal pour évêque, ne purent dissimuler son obligation indispensable de résider dans le diocèse. On ignore quelle fut la réponse k cette remontrance ; mais on nomma aussitôt deux dignités et deux chanoines pour examiner ses bulles , et lorsqu'on eut vu les lettres du roi datées de Yincennes, par lesquelles il ordonnoit au bailli d'Anxerre ou k son lieutenant de le faire recevoir, attendu que dans le conseil privé ou n'avoit rien trouvé k redire k ces mêmes bulles , on mit en possession de l'évêché l'archidiacre de Langres, en lui faisant prêter le serment ordinaire des évêques k leur joyeux avènement. Le mois ne fut pas écoulé qu'on reçut du cardinal même un abrégé des raisons qui le retenoient , et qui dévoient le retenir encore longtemps éloigné de son diocèse. Par ces lettres il établissoit pour ses vicaires-
(t) Anselme sar les grands-mattres d*artiUerie.
(S) Il est qualiflé élu évêque d'Auxerre
dans les registres du Vatican, au 16déccmbre
QUATRE -VINGT- QUINZIÈME ÉVÉQUE d'aUXERRE. i57
généraux Mathieu de Macheco ci-dessus nommé» et Gaspard Damy, déjà oflicial, accoutumé h exercer la même fonction sous les deux derniers évèques. Elles ayoient été expédiées à Rome le 10 mai, en présence de Nicolas Breton , dojfen de Noyon , secrétaire du cardinal de Lorraine, ei de Pierre Barat, clerc du diocèse de Langres, chanoine d^Auxerre. Un défaut qui j fut remarqué obligea Tévéque à en renvoyer d'autres au mois d'avril suivant. Pendant cet intervalle, l'archidiacre de Langres, qu'on nommoit plus communément à Âuxerre du nom de Passy ou Pacy son archidiaconé , devint chanoine de notre église, et prit possession de sa prébende le 20 septembre. Comme il étoit aussi chanoine de Notre-Dame de Paris, il y fit sa résidence la plus ordinaire , et excepté quelques provisions de bénéfices qu'il y expédia pour le diocèse d'Âuxerre, il n'exerça guère son grand-vicariat qu'à l'égard du temporel de l'évêque. Ce fut par 'sa médiation que le cardinal se voyant pressé de payer sa cote de deniers de subvention accordés à Charles IX, vendit et aliéna, le 12 décembre, en vertu d'une bulle du pape, pour la somme de seize cents livres, l'hôtel épiscopal d'Auxerre, situé à Paris, proche la porte de Saint-Michel, àGuillaunAe Manault, conseiller au Chàtelet. Il se démit depuis de sa prébende d'Âuxerre, en faveur de Palamèdes Foudriat, clerc auxerrois, étudiant à Paris en 1565, qui mourut abbé de Chalivoy en 1626 (1). L'autre vicairegénéral, résidante Auxerre, donna aussi quelques soins au temporel. Il défendit aux fourniers de Varzy, principale terre de l'évéché , de couper dans la forêt d'autres bois que ceux qui leur seroient marqués par les officiers de l'évêque. Il y eut , en 1565, un acte de foi et hommage rendu pour la baronnie de Donzy k la tour de ce chef-lieu nommée la tour d'Isoar, par Filbert de Mazengarbe et Etienne Coulon, ao nom de Louis de Gonzagues , duc de Nevers ; et deux ans après, un autre hommage fut aussi rendu à Auxerre au nom du même duc de Nevers, pour la châtellenie de Beauche (2). On présume que Gaspard Damy les reçut suivant son pouvoir général ; agissant conséquemment, il assembla, en décembre 1565, le clergé de la ville pour traiter des affaires excitées au sujet de la religion et qui commençoient
(I) Nova Gall. Chrût. \ (2) Tabul Corn. Nwem.
1563 ï ICTO.
158 FILBEIiT BABOU,
lôfis il 1570. ^ devenir sérieuses (i ). Et comme d'un autre côlé il avoit les intérêts du Chapitre a conserver, parce qu'il étoit du corps, il témoigna à ses confrères, assemblés le premier jour de mars suivant (2), que quoiqu'il fût officiai de l'évoque , il ne vouloit faire aucun exercice de sa juridiction sur les ecclésiastiques et autres sujets de la juridiction capitulaire ; ce qu'il déclaroit sans cependant préjudicier à celle de l'évêque. Au commencement de la même année, dix jours après P^ues (car on ne s'étoit pas encore conformé , dans Auxerre, au nouvel édit de Charles IX, qui ordonnoit de commencer l'année au premier janvier), les chanoines de la cathédrale voyant que la misère du temps augmentoit de jour en jour avec les guerres civiles, concertèrent d'écrire au prélat (5) pour lui représenter qu'il seroit expédient de supprimer quelques prébendes de l'église , et en même temps pour lui remontrer respectueusement que sa présence devenait nécessaire , afin de pourvoir aux besoins de la religion. Le prélat ne se hâta pas beaucoup de répondre « ce qui obligea le doyen d'inviter l'évêque de Nevers et de ramener k Auxerre pour quelques affaires pressantes (4). On attendoit le roi qui d^voit passer par Auxerre deux mois après. Le palais épiscopal fat tenu prêt pour l'y recevoir le 18 avril. J'ai rapporté ailleurs les circonstances de ce passage (5), h la réserve de celle qui regarde les prébendes de la cathédrale, auxquelles nos rois peuvent nommer h la première vacance, après leur entrée dans la ville épiscopale. Jean Henault, aumônier du duc de Guise, obtint le brevet du roi pour la prébende de la cathédrale d'Auxerre. Le roi et le duc d'Aumale écrivirent même en sa faveur au mois de septembre 1567, et en conséquence de ces lettres, le Chapitre intervint à la sommation qui fut faite à Gaspard Damy, vicaire-général, d'y satisCsiire (6). Le cardinal de la Bourdaisière n'envoya sa réponse aux instances qu'on lui faisoit de venir résider» que bien avant dans l'année 1566;(7). Mathieu deMacheco, son
(1) Reg. Cap., iôdéc,
(î) Reg. Capit. , 1 martii 1565.
(i) Reg. Capit,, 2 mai 1565.
(4) Reg. Capit., 15 feb. 1565.
(5) Hi8t. de la Prise d*Aaxerre. p. 105.
(6) Reg. Capit., 22 sepu 1567.
(7) On lit dans le journal manoscrit de M. Brulart. chanoine de Notre-Dame de
Paris , conserré h Dijon en la bibliothèque de M. le président Bouhier :
c Le samedi 21.... 1565 , le cardinal de
> la Bourdaisière receut nouvelle de la » mort du pape, par Tordre que le roy lui Ht » départir plntost que faire se pourra , et
> d*aUer à Rome pour l'élection d'un nou- » veau pape. »
QUÀTRB-VIMGT-QUIMZIÈME «VÉQUE d'aUXERIIE. 159
Yicaire^éoéral forain , apporta le 4 novembre , en plein Chapitre, des 1563 ^ u7o. lettres du roi qui serroîent d'excuse à cet évéque. Cest pourquoi on prit la résolution de n'en plus parler. L'année i567 ne fut point révolue, qu'on s'aperçut que les chanoines avoient eu grande raison de Tinviter de se rendre au pays. Peut-êlre que sa présence eût intimidé le parti huguenot, qui alloit toujours en augmentant. Mais enfin le service du roi l'emporta sur celui du diocèse , ainsi la ville devint en proie pendant son absence , depuis le 27 septembre 1567 jiisqu'au mois de mars suivant (a) . Le dégât fut si grand dans les maisons canoniales, qu'on fut obligé de demander à ce prélat et k ses vicaires-généraux la permission de loger dans le palais épiscopal , en attendant qu'elles fussent ' rétablies (1). Le sieur de Passy, principal grand-vicaire, fut aussi prié de rengager à contribuer aux réparations de l'église qut venoit d'être pillée et ruinée entièrement. Mais l'antiquité n'a transmis jusqu'à nous aucun monument de sa libéralité ; et Ton ne voit en toute l'église ses armoiries que dans un petit vitrage de la chapelle où les évêques s'habillent lorsqu'ils officient ; encore fut-ce Gaspard Damy, son vicaire-général, qui les y fit mettre après l'avoir réparée en 1568 et l'avoir ornée du tableau qu'on y voit encore.
Environ deux ans après l'on apprit sa mort, et elle fut rendue publique en Chapitre, le 20 février 1570. Il étoil mort subitement, à Rome , le 26 du mois précédent , âgé de 57 ans , dont il en avoit passé sept avec le titre d'évéque d'Âuxerre, que ses neveux héritiers oublièrent dans l'épitaphe qu'ils lui firent dresser dans l'église de Saint-Louis, au bout de la nef, vis-a-vis le portail. En voici la teneur :
PhILIBERTO NaRBIO BuRDESIO, s. R. E. GARDINALI, TRIUM GALLliE
Regum Henrici II Francisgi II Càroli IX apud Paulcm IV et
(1) Reg. Capit., 22 et 25 apri/ 1568.
(a) La ville fut surprise par les protestants dans la nuit du 27 au 28 septembre 1567. Ils s'en emparèrent et l'occupèrent pendant six mois, durant lesquels les églises, les couvents et les maisons du Chapitre subirent d'affreuses dévastations. Voyez au tome 3 les mémoires sur l'histoire civile. ( iV. d, E.)
160 filbert babou ,
156j il 1570. p'^^ l^ pontifiges maximos legatiome perpetua egregib fumgto , Maria Godina mater, Philibertus et Fabrigius Nepotes posuere.
VlXIT ANNOS LVII. OBIIT VII CAL. FEBRUAR1I ANNO DoMINI M. D. LXX.
Il paroit que pendant qu'il fut évéque d'Âuxerre, il vint au moins une fois de Rome à Paris ; il y éioit en 1566 le 7 juin, jour auquel il conféra un canonicat d'Âuxerre à Jean des Roches, clerc du diocèse de Tours, qui avoit été son secrétaire k Rome. Elles sont datées de l'abbaye de Saint -Victor. On trouve encore l'évêque d'Auxerre présent k Paris avec d'autres prélats en Tannée 1568, savoir, k la clôture de redit de Saint-Maur-des-Fossés du mois de septembre, qui défend l'exercice de toute autre religion que la catholique (1), et k une procession du 2 juillet 1569 contre les huguenots. Mais vraisemblablement il s'agit de Philippe de Lenoncourt, ancien évéque d'Âuxerre. C'étoit son dernier titre épiscopal; il n'en avoit point eu d'autre depuis. Philippe de Lenoncourt conserva ce nom d'autant plus aisément que le véritable titulaire de l'évêché d'Auxerre étoit appelé cardinal de la Bourdaisière. Ce cardinal laissa en mourant l'abbaye de Moutier-Saint- Jean vacante, qui fut ensuite conférée k son prédécesseur dans l'évêché d'Auxerre (2). On voit quelques ouvrages dédiés k M. de la Bourdaisière, lorsqu'il étoit évéque d'Angouléme, comme les Axiomes de droit de Jean Gillot, en 1558, et la Poésie peinte de Barthélemi Lanneau, natif de Bourges, en 1552 (5). L'historien des jésuites (4) parle de l'évêque d'Auxerre, k l'an 1565. Ce prélat, dit-il, n'aimoit point les jésuites; mais la démarche que fit la société, en 1 565, d'envoyer Antoine Possevin vers le roi Charles IX, qui étoit kBayonne, produisit de très-bons effets. Ce célèbre et savant jésuite s'y comporta de telle manière, qu'il concilia k tout l'Ordre, l'amitié de l'évêque d'Auxerre. Le lecteur appliquera ce trait auquel des deux prélats il jugera k propos , k Lenoncourt ou k la Bourdaisière ; mais suivant ce que j'ai avancé ci-dessus, je croirois plutôt que c'est de Philippe de Lenoncourt, ancien évéque d'Auxerre, que cet historien a voulu parler , parce qu'il étoit conseiller
(1) Reg. Parlamenti.
(2) Il laissa aussi en moarant an bâtard qui réclama sa succession, sur quoi procès à
Rome.
(3) Roujier in Reomaûs .
(4) Part. 3, Ub. i, n. 84.
' cfj- ^ ^ g
CD
cy >
UGQUBS AMTOT, QUATRE-YINGT-SBIZIÈHE ÉVÊQUE D*AUXBRRB. 161
d'Ëtat, et que vraisemblablement il suivoit la cour. Il ne parolt pas que le cardinal de la Bourdaisière eût conféré beaucoup de prébendes d*Âuxerre à ses parents; et je trouve seulement Jean-Âlphonse Naldi, clerc parisien, reçu le 2 juin 1568 à la prébende de Germain Fauchot. Il n'y a jamais eu de vestige qu'il eût ordonné un anniversaire à Âuxerre; ce qui peut provenir de ce qu'il n'eut point le loisir de faire un testament. Mais le Chapitre qui connoissoit les obligations de ce prélat, poursuivit ses héritiers (1)^ et obtint, en vertu d'un arrêt du parlement, one somme considérable de madame de la Bourdaisière.