‹ Mémoires concernant l'histoire civile et ecclésiastique d'Auxerre et de son ancien diocese, continues jusqu'a nos jours avec addition de nouvelles preuves et annotationsChapitre 47 sur 122 · PIERRE DE BROC, C«ÈVÊQUE D'AUXERRE · texte numérisé non relu

PIERRE DE BROC, C«ÈVÊQUE D'AUXERRE

Le cardinal de Richelieu n'eut pas plus tôt appris du roi Louis XIII, qu'il venoit de donner révêché de Meaux à Dominique Séguier, que voyant Tévêché d'Auxerre vacant, il pria le roi d'y nommer Pierre de Broc , alors connu sous le nom d'abbé de Saint-Mars, lequel étoit alors à Richelieu. Cette nomination ayant été faite suivant le désir du cardinal qui souhaitoit récompenser cet abbé, le clergé et la ville d'Auxerre en furent aussitôt informés. Le Chapitre créa, le 5 octobre, ses oiRciers pour le temps de la vacance du siège , sur l'avis et le consentement de Tévéque précédent, et la ville députa Nicolas Tribolé, lieutenant criminel et maire, pour l'aller saluer en qualité d'évéque nommé (2). Mais ni les uns, ni les autres n'eurent point l'avantage de le voir sitôt à Auxerre, puisqu'il n'obtint ses bulles qu'au mois de janvier i659. Quoique le siège épiscopal fût vacant assez longtemps, il ne se passa, dans le diocèse, aucun acte concernant le spirituel qui mérite d'être remarqué, si ce n'est le mandement que les vicaires-généraux donnèrent, le 8 décembre 1657 , pour faire dans le prône des prières pour la paix demandées par le roi, et un autre pour en faire le jour de l'Assomption, que le même prince avoit demandées par ses lettres du 10 février 1658. Ils donnèrent, de plus, un ordre de faire des prières contre les maladies contagieuses qui coururent pendant l'été suivant, et

(1) Reg. Capit. ' | m Reg. de la ville, 15 sept.

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publièrent un mandement pour remercier Dieu de la naissance du dau- ^^^^ ^ ^^-^i, phio. On peut ajouter k cela le projet d'établissement des religieuses Urbanistes dans rhdpital d'Entrains, en vertu du consentement des habitants, donné le 5 avril 1658, de la permission des duchesses de Nivernois, dames temporelles du lieu, du 12 juin, et celle des vicairesgénéraux du diocèse (a) ; celui des hospitalières de La Charité-sur- Loire, qui est de Tan 1659; Tempéchement qu^on apporta k celui que les Ângastins préiendoient faire à Sainl-Fargeau sans l'autorité du Chapitre (1), et enfin la citation solennelle des curés de la ville et faubourgs par devant I'o£ficial, pour n'avoir pas assisté à des processions générales (2). Â l'égard du temporel de l'évéché et des droits honorifiques dévolus an Chapitre le siège vacant , on trouve entr'autres actes celai de foi et hommage qu'un particulier d'Âuxerre vint rendre au Chapitre, le 10 mai 1658, d'un fief et autres biens situés à Âppoigny, comme relevant de l'évéché ; on lit aussi que le corps de ville pria le Chapitre (5) dénommer un d'entre eux pour mettre le feu h l'artifice que la ville fit préparer au sujet de la naissance du dauphin (6).

Plusieurs se sont trompés sur le lieu de la naissance de Pierre de Broc. Quelques-uns ont assuré qu'il éloit né au diocèse d'Angers, et d'autres qu'il étoit du diocèse de Tours. Mais ses bulles, qui sont la première pièce authentique de son épiscopat, le qualifient prêtre du

(1) Reg. Capit. 2 mai 1639. 1 (3) Reg. Capif.

(3) Reg. Capit. 3 juin 1639. |

(a) Cette communauté, autorisée par lettres-patentes, en 1642, prit possession de rkôpital qui était appauvri et sans valeur. On projeta aussi d'y joindre le prieuré de Saint-Nicolas de Réveillon et Téglise Saint-Sulpice d'Entrains. Mais ces deux bâtiments étaient complètement ruinés. Cette maison ne prospéra guère; en 1678i illai était défendu de recevoir des novices, et, dix ans après^ elle fut réunie à Tabbayedes Iles d'Auxerre. — Voy. Arch. do l'Yonne. (N d, E.)

% Il faut ajouter les procès-verbaux vfaits contre les fiénédictins de Saint-Gern»io, eu mai et juin 1639. Ces Pères étaient sortis en procession de leur monastère, ^^«fficiaat portant le bonnet carré, des gants aux mains, et un bâton cantoral au haut duquel il y avait un évéque; deux. religieux raccompagnaient, et tous trois étaient revêtus de chapes et d'aubes, et assistés des prêtres de l'église paroissiale

iGiu 11 1671. <liocèsc de Chartres et docteur ès-lois. il éioit fil s de François de Broc, baron de Saint-Mars de la Plie, de Lizardière et Ghemiré ; et sa mère étolt Françoise de Montmorency de Fosseux , fille de Pierre de Montmorency, premier du nom , marquis de Tury, et de Jacqueline d'Avaagour. 11 étudia les humanités au collège de La Flèche , et la philosophie à Orléans. Le premier bénéfice quMI eut à simple tonsure, fut le prieuré de la Magdeleine de Broc en Anjou , k une lieue de Lude, qui est une dépendance de l'abbaye de Saint-Aubin d'Angers. Il eut ensuite l'abbaye de Ressons, au diocèse de Rouen» Ordre de Prémontré, et celle de Fontenelle, Ordre de Saint- Augustin, au diocèse de Luçon. Cette dernière abbaye lui fut donnée à la recommandation du cardinal de Richelieu, dont il étoit camérier avec le sieur de Beauvau. Il ne fut pas longtemps sans devenir maître de chambre de ce cardinal, et agent du clergé de France. Ce fut ce dernier emploi qui Tempécha de se rendre à son église d'Auxerre, aussitôt après la réception de ses bulles qui lui avoient été expédiées gratis. Au bout d'un an , il se fit sacrer dans l'église des Bernardins de Paris, le secoud dimanche de carême, qui étoit le 4 mars en l'année 1640, par Léonore d'Etampes, évéque de Chartres, assisté de Dominique Séguier , évéque de Meaux , et de Léonore de Matignon, évéque de Coutances. Tous les évêques de France, présents à Paris, s'y trouvèrent au nombre de dix-huit, sans compter les abbés de considération qui y étoienl encore en plus grand nombre. Quatre jours après, il prêta le ferment de fidélité au roi , dans la chapelle du vieux château de Saint-Germain-en-Laye, dont Tévêque de Meaux, premier aumônier, lui donna le certificat ordinaire. Avant la fin du carême il fit son entrée à Auxerre ; mais au lieu de prendre pour cela un jour de joie tels que sont les dimanches , il choisit Taprès-midi du jeudi-saint. L'ancien cérémonial y fut observé en partie. Il alla à

de Saint-Loup. Le Chapitre regarda cela comme une entreprise manifeste contre les droits de révèque et les sien s. Dans le même temps, le Chapitre jugea encore à propos de dresser un procès-verbal contre les mêmes religieux qui, étant à la procession du Saint-Sacrement, entrèrent dans le chœur de leur église pendant que le Chapitre y chantait la dernière antienne et s*emparèrent du pupitre, ce qui obligea le Chapitre de sortir du chœur.— A rch. de l'Yonne, In vent, des droits honorif. du Chapitre, p. 273. . (JV. d. E.)

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«l'abbaye de Saint-Germain ely resla environ une heure. Après quoi les personnes chargées de la procuration du roi et des trois anciens barons, l'accompagnèrent depuis cette église jusqu'en la cathédrale, portant proche lui la chaise sur laquelle il auroil dû être assis. Il fut reçu et complimenté par le doyen, à Tentrée de la cathédrale, au son de la grosse cloche; et, après les cérémonies ordinaires, il entra dans l'église, revêtu de ses habits pontificaux, tenant la crosse à la main. L'archidiacre de Sens le conduisit h Tautel. La cérémonie finit par le TeDeum^ après lequel s' étant déshabillé, il rentra au chœur, assista à l'office de la nuit du vendredi appelé Ténèbres^ et le finit par Toraison Bespice.

Uannée de la prise de possession ne fut pas celle dans laquelle il fut le plus occupé des fonctions de son ministère. Dès le mois d'avril , il fot bien aise de se mettre au fait du privilège qu'a le Chapitre de gouverner le temporel comme le spirituel de Tévéché, pendant la vacance da siège. Il venoit de ressentir les avantages de ce gouvernement singolier, par le moyen des sommes que les économes lui avoient remises. Ce revenu inespéré servit h augmenter sa reconnoissance envers le roi qui Tavoit nommé à une église revêtue d'une si considérable prérogative. Il se comporta, en effet, dès la même année, comme un évéque qui est persuadé que TEglise fait partie de l'Etat; et il alla de grand eœur rendre ses services au roi pour le siège de la ville d'Ârras. Il y fut envoyé en qualité de garde du trésor royal ; ce qui marque Textrême confiance qu'avoit en lui le cardinal de Richelieu. Son âge, qui étoit de cloquante ans ou environ, pouvoit imprimer du respect, aussi bien que tout son extérieur qui étoit de belle apparence (a). Tout cela joint à l'expérience qu'il avoit eue dans le service du cardinal, paroissoit supposer en lui l'aptitude nécessaire pour veiller de près sur les intérêts du roi. Ainsi, pendant que revêtu de la cuirasse sous le manteau, il gardoit avec deux ecclésiastiques le trésor qui lui avoit été confié, il faisoit part au cardinal de tout ce qui se passoit; il recevoit ensuite de loi les ordres nécessaires qu'il communiquoit aux maréchaux Ghastillon

(a) Bargedé dit de lui que c'était le prélat de son temps qui avait la meilleure mine et la plus belle prestance de France. (iV. d. E.)

iMe à 1071. et GassioD ; de sorie que sans blesser personne ni être blessé, il empêcha que les troupes auxiliaires du duc de Lorraine, venues pour faire lever le siège, n'approchassent de la ville. Celte place étant prise ao mois d'août, il se transporta aussitôt à la cathédrale, et revêtu de ses ornements pontiGcaux, il y entonna le Te Deum. Etant ainsi occupé aux affaires du roi, il ne put aller la même année à Sens pour le serment d'obéissance ; mais il s'acquitta de ce devoir le 28 janvier 1641, el signa la formule ordinaire- en présence d'Octave de Bellegarde, archevêque métropolitain (a).

Pendant que les affaires du royaume prospéroient , celles du Chapitre d'Auxerre commencèrent à se brouiller. Une conclusion que le doyen, qui étoit vicaire- général de l'évêque, fit faire le 29 octobre 1640, fut l'occasion de tous ces troubles. Ëlleportoit que tous les chanoines cesseroient d'avoir une bordure de petit gris à la tête du camail. Et ce qui ne paroissoit qu'une bagatelle dans les commencements , eut par la suite des conséquences infinies (6). Quelques-uns imputèrent aussi a la foiblesse du nouvel évêque ce qui se passa au préjudice do clergé, dans l'assemblée de Mantes de l'an 1641 , dans laquelle il ne crut pas pouvoir se dispenser d'exécuter ce qui lui étoit prescrit de la * part de son bienfaiteur (1). Etant sorti de cette charge, il reçut, l'année

suivante, ordre du roi et du ministre de conduire des troupes dans les Etats du duc de Lorraine et jusqu'auprès de Nancy. Il y attaqua Dieuse,

(1) Il y a là-dessus des anecdotes qu'on 1 assemblée, peut voir dans l'histoire manuscrite de cette I

(a) A cette époque , le 28 avril 1640, plusieurs chanoines de Saifit-Etienne se réunirent eu communauté pour faire entre eux leurs dévotions, par opposition i la congrégation qui s'établissait chez les P. Jésuites. Mais, à son arrivée, lévéque, prévenu parle doyen Amyot, accueillit mal cette communauté (V. Mémorial de Bardolat). (iV. d. E.)

(b) Cette affaire, que Lebeuf qualifie avec raison de bagatelle, devint très-sérieuse. Suivant le Mémorial du chanoine Bardolat, le doyen Amyot commença , en 1638f de proposer la suppression du bord de fourrure du camail, parce que cela échaufliait trop la tête. Les chanoines accueillirent d'abord cette idée en plaisantant, etrajournèrcnt; mais le doyen persista et obtint une conclusion pour la suppression de ce

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