CENT TROISIÈME ÉVÊQUE D*AUXERR
n n'en demeura pas moins ferme dans sa ligne et attentif à tout ce 1704 ^ 1754. qoe publiaient lesévéques soumis a la bulle. M. de Soissons, qui devait pins tard , comme son supérieur , lui causer bien des inquiétudes , fut on des premiers avec lequel il jouta, dès 1721, et quelquefois avec succès.
De retour dans son diocèse , après Téclatant changement de M. de Noailles, Tévêque d'Auxerre voulut faire' payer aux Jésuites du collège Féchec qu'il éprouvait. Leur adhésion entière et sans restriction au saiai-siége lui parut un obstacle au développement des doctrines des appelants. Il projetait dès-lors de changer complètement l'esprit de son clergé. Il résolut d'établir, près de son palais, un petit séminaire qui serait tout-k-fait animé de son esprit. Les pères de famille furent invités a y amener leurs enfants. Soit crainte , soit conviction , le séminaire eut bientôt les trois quarts des écoliers (1).
En 1725, M. de Caylus saisit une occasion de frapper les Jésuites d'ane manière considérable et la mit à profit. Dés propositions avancées par le P. Lemoine, régent de philosophie au collège d'Auxerre, loi parurent, ainsi qu'à ses théologiens, contraires à la doctrine chrétienne (2). Il voulut en obtenir rétractation. Sur le refus formel du régent, il retira à tous les Jésuites d'Auxerre le pouvoir de prêcher et de confesser dans son diocèse. Cette proscription dura jusqu'à sa mort. Non content de cela, il lança une ordonnance contre les Pères
(1) Le régenty à qai il avait demandé son approbation, lui avait fait répondre qu'U l'invitait à différer cet établissement^ mais il passa outre. - — '-
(2) Voici quelques-unes des propositions attaquées par M. de Caylus :
« Un chrétien agissant délibérément n'est pas toujours obligé d'agir pour une fin snmaturelle ; donc un homme agissant délibérément n'est pas toujours obligé d'agir pour une fin honnête.
» Afin qu'une action soit volontaire et libre, il faut qu'elle soit faite avec la connaissance de toutes les choses qui détoumeroient de la faire.
» La loi naturelle , il est vrai , enseigne qu*il ne faut point mentir ; mais cetle même loi ordonne de suivre la conscience qui , par une ignorance invincible , peut enseigner qu'on peut mentir.»— D*oà le professeur conclut qu'un homme qui croit que le mensonge officieux est permis ou même ordonné , obéit en le commettant à la loi naturelle et est exempt de péché.
324 M. DK CAYLUS,
1704 k 1754. <!"> ^^^ ^^^îi'd deux répliques fort vives devant lesquelles, selon son habitude , il ne demeura pas court.
L'influence de M. de Gaylus, sur son Chapitre, se révéla aussi d'une manière positive. Dans une séance du jeudi-saint de Tannée 1723, la discussion étant tombée sur les affaires du temps , Tabbé Moonot s*écria qu'il ne reconnaissait pour bons eatboliques que ceux qui se soumettaient aux décisions de TEglisc. Ces paroles soulevèrent dans l'assemblée une vive rumeur h la suite de laquelle Tabbé tut condamné à se rétracter sinon à être exclus du Chapitre pendant un an. Le doyen, M. Moreau, dont la vivacité était bien connue, partageait l'opinion de Tabbé Monnot. Voulant empêcher qu'on ne coosignit par écrit la sentence portée contre ce dernier, il s'empara du registre; on le lui arracha bientôt : alors il prit l'encrier et l'emporta ; mais cette malice n'empêcha pas l'exécution de l'affaire. Le Chapitre se plaignit an ministre qui ne répondit pas, et le chanoine, cause de tout ce bruit, fut obligé de se démettre de son canonicat (1).
La longue suite des années de l'épiscopat de M. de Gaylus va s'écouler ainsi dans des luttes continuelles , avec des alternatives de succès et de revers. Battu à Paris par le conseil-privé , et condamné à Rome par le pape, il était soutenu par le parlement, dont il représentait pleinement les doctrines gallicanes (2), et il demeura le maître dans son diocèse, où il ne trouva plus que quelques curés comme ceux de Gien, de Charentenay, de Bessy, qui résistèrent k son autorité.
Le Conseil de conscience, qui avait alors la haute direction des afiâires religieuses, était devenu très-sèvère sur les actes suspects de
(1) Ce fut dans cette année, 1723, que M. de Gaylus accrut le nombre des religieuses de rhôtel-Dieu d*Auxerre, et de douze qu'il était depuis M. de Broc, le porta à quatorze. Les administrateurs bâtirent alors une salle destinée à conleDir 30 lits pour les hommes. Auparavant, Thôlel-Dieu ne contenait pas plus de 15 lits pour chaque sexe. On recevait alors une vingtaine d'enfants-trouvés. — En 1761, M. Potel rapporte qu'il y en avait 150.
(2) Lors de la canonisation du pape Grégoire VII , en 1723 , il lança le premier un mandement contre l'office du saint qu'il défendit dans son diocèse, comme attentatoire aux droits du roi et aux quatre articles de la déclaration de 1682. Le pape foudroya le mandement par un bref qui fut imprimé. M. de Gaylus essaya, mais sans succès, d'intéresser le roi et rassemblée du clergé h cette affaire.
CENT TROISIÈME ÉYÊQUE d'aUXBRRE. 325
jaoséoisme. Les lettres de cachet ne se Lisaient pas attendre. En no4 ^ 1754. 1725 , le juge de Clamecy fut exilé h Nevers pour avoir rendu une ordonnance par laquelle il était défendu aux Récollets et à tous autres d*enseigner là jeunesse sans la permission de Tévéque. La sœur Daulne, supérieure de Thôpital de Clamecy, qui avait reçu de Tévéque l'ordre de se retirer dans son couvent de Gieu, s*y refusa. Elle était soutenue parle curé, qui menaça les administrateurs de lettres de cachet, s'ils se prêtaient h Texécution de cet ordre. Ceux-ci ne purent que dresser procès-verbal et l'envoyèrent à M. de Caylus, mais ce fut sans succès. Un maitre d'école du même lieu en fut expulsé, avec défense d\ professer désormais, ainsi qu'en aucun autre endroit du royaume, pour avoir enseigné h ses écoliers la nécessité de l'amour de Dieu. Des habitants deGien s'étant plaints que M. de Caylus leur envoyait des prêtres appelants, M de Maurepas l'invita à y mettre sérieusement ordre (3 octobre 1726).
Après la mort du régent, le diocèse d'Âuxerre fut assez calme sous le ministère du duc de Bourbon. Ce fut cependant k cette époque qu'eut lieo la saisie du livre de la Prise d'Auxerre de l'abbé Lebeuf, épisode que nous avons raconté dans sa biographie.
Au milieu de ses préoccupations, M. de Caylus ne perdait pas de vue les projets qu'il méditait pour le succès du jansénisme. La réforme des livres liturgiques était un des plus décisifs. 11 comnxença par la publication d'un nouveau bréviaire qui était presque la reproduction de celui de Sens. L'abbé Dettey nous apprend que les Saintes-Ecritures en font toute la substance, et que c'est un des ouvrages de ce genre les mieux exécutés. Il ne reproche au prélat que d'avoir adopté presque toutes les homélies du bréviaire romain (1726). Deux ans après il voulut publier un rituel plus complet que les anciens, mais il éprouva un refus formel du garde-des-sceaux, lorsqu'il demanda la permission de l'imprimer. Celte mesure, qui n'était que la conséquence de l'état de dépendance où se trouvait Téglise de France vis-k-vis du pouvoir politique, le révolta. Après de longues réclamations, ilïut obligé de se passer de la permission. Quelques années après (1752) , ce fut le tour du nouveau missel. Le cardinal Fleury, à qui M. de Caylus l'avait personnellement confié, voulut bien l'cxa-
526 M. DE GAYLUS,
170^ i 1754, miner lui-même en délail. Sa critique porta surtout sur ce qu'il s'éloignait trop du romain , principalement par les collectes, les épilres et les évangiles. Après de longs pourparlers, l'autorisation fut refusée. On reprit cependant la négociation sur un autre terrain. Le garde-dessceaux , k qui un censeur fut demandé par un chanoine d'Auxerre qui était alors à Paris, désigna M. Thierry, chancelier de Notre-Dame, et l'approbation fut enfin accordée. L'ouvrage parut, en i757, au grand contentement du Chapitre.
Il faut dire que M. de Caylus était alors tout k fait mal en cour. Il avait attaqué la décision du concile d'Embrun , qui avait suspendu de ses fonctions l'évéque de Senez , M. Soanen, k cause d'un écrit intitulé : Testament spirituel, dans lequel il réfutait les dispositions de la bulle; cela valut k M. de Caylus l'exil dans son diocèse (f )• Il avait fait de son palais un séminaire spécial, ou il avait emmené tous les élèves du grand séminaire et les faisait enseigner par des professeurs de son choix, attendu que ceux de cet établissement étaient opposés k ses opinions. Il avait entrepris de nouveau les Jésuites, d'abord en s'opposant, par requête au parlement (2 août 1726), k Tenregistrement des lettrespatentes obtenues par les échevins de Clamecy, pour l'établissement des frères de la compagnie de Jésus dans les écoles chrétiennes. Les partisans des Jésuites étaient alors très-^nombreux k Âuxerre (i728). Ces Pères enlevaient aux curés de la ville la plupart de leurs ouailles et formaient des associations, non-seulement d'écoliers, mais encore des personnes les plus considérables, de sorte que les instructions paroissiales restaient sans auditeurs. L'évéque voulut empêcher ces congrégations, et faire exécuter rigoureusement ses défenses au sujet de la pratique de la confession , mais il fut menacé d'une lettre de cachet et s'arrêta.
(1) M. de Maurepas lui écrivit alors une lettre très-verte dans laquelle od remarque les passages suivants : u S. M. ne peut que blâmer une association d'évêques faite à son insu et sans sa permission ; et elle a été d'autant plus surprise dtt parti que vous avez pris, que, dans Ta ffaire dont s'agit, vous avez préféré les plaintes d'un seul évéque accusé au jugement de quatorze ou quinze prélats qui l'ont unanimement condamné. — Arch. de T Yonne. , -
In. 4.