‹ Mémoires concernant l'histoire civile et ecclésiastique d'Auxerre et de son ancien diocese, continues jusqu'a nos jours avec addition de nouvelles preuves et annotationsChapitre 62 sur 122 · CENT TROISIÈME ÉVÊQUE D*AUXERRE · texte numérisé non relu

CENT TROISIÈME ÉVÊQUE D*AUXERRE

C'est à M. de Gaylus qu'on doit aussi rétablissement des écoles gra* noi k i7m. laites d'Âuxerre, dites de Saint-Charles. Il fit venir, en 1729, de la maison des Frères Saint-Charles de Paris , un maître qui fut payé et entretenu par lui. En 1746, les écoles avaient pris un tel développement, qu'il y fallait quatre Frères.

M. de Caylus avait été invité, en 1750, à assister aux états de Boai^ogne ; mais on lui avait fait dire en même temps que Tiutention du roi était qu'il ne s'y rendit pas. Il saisit cette occasion pour achever de gagner l'abbé Moreau, doyen de sa cathédrale, en le faisant nommer élu du clergé dans celte assemblée. Il mit à sa disposition ses ofiSciers poar la réception qu'il était tenu de faire k Dijon ; il Taida même à composer les discours qu'il aurait à [prononcer. Le doyen, charmé, finit par céder et devint un des amis les plus dévoués du prélat, d'adversaire passionné qu'il était auparavant.

Dans ane visite que Tévéque fit ii La Charité, le 26 novembre 1750, il consacra l'église des Bénédictines du Mont-de-Piété, dont la cous* traction avait été autorisée par M. Colbert, en 1702.

La mort de M. de Chavigny, archevêque de Sens, et la nomination de M. Languet à sa place (1), furent deux coups forts sensibles à M. de Caylus. Il perdait un ami et trouvait dans son nouveau supérieur un antagoniste avec lequel il avait déjà soutenu\'plus d'un débat. ^^Les instructions pastorales, les mandements, furent pendant longtemps les moyens de correspondance employés entre les deux prélats. M. Languet, dont le zèle anti-jansénibte était connu, devint le protecteur-né des curés du diocèse d'Âuxerre qui refusaient de suivre leur évêque. Ils étaient restés peu nombreux , mais la petite troupe tenait bon. Une Lettre de plusieurs chanoines^ eurés^ etc.^ du diocèse d^Àuxerre à MM. les chanoines^ curés ^ etc., du diocèse de Sens^ commença la guerre. M. Langoet l'envoya k M. de Caylus, à Noël 1752, en lui disant qu'il y avait trouvé la réfutation la plus complète de[s^ Lettre pastorale et qu'il se dispenserait d'y répondre lui-même. La pièce n'était pas signée. M. de Caylus, stupéfait, chercha partout les coupables. Il recueillit de presque tous les membres de son clergé la déclaration qu'ils ne connaissaient pas la

528 M. DE GAYLUS,

1704 a 1754. pî^^^ ^Q queslioQ et parut répondre victorieusement a M. Languet (i). Mais ce succès fut bientôt mêlé de revers. Un certain nombre de curés désirèrent connaître la fameuse lettre, et après Tavoir lue, ils écrivirent à M. de Cayius qu'ils partageaient entièrement Topinion de Taulenr. Ceci résulte de pièces trouvées dans les papiers de M. Languet et qui montrent la part qu'il prenait aux affaires du diocèse (2). Le recteur du collège des Jésuites lui servait d'intermédiaire dans toutes ces querelles. 11 était l'auteur de la lettre.

De nouveaux désagréments allaient naître. Le monde janséniste était agité par les miracles du diacre Paris, mort k Paris en 1727 et inhumé dans le petit cimetière de Saint-Médard. Les dévots du parti se livraient aux excentricités les plus singulières. Une iille de Seignelay, atteinte de paralysie , invoqua Dieu par l'intercession du bienheureux Paris, et Ton raconta qu'elle avait obtenu sa guérison après une neuvaine pendant laquelle on lui frottait les yeux, les bras et les jambes d'une eau dans laquelle était délayée de la terre du tombeau du diacre Paris et de la sciure du bois de son lit. M. de Caylus eut la faiblesse de croire k celte prétendue guérison miraculeuse et se transporta à Seignelay pour rendre grâce à Dieu d'un événement si consolant. Il publia ensuite sur cette affaire un mandement où il fit le panégyrique de M. Paris (1755). Les libelles anonymes accueillirent le mandement qui fut condamné par le pape. Trois curés en appelèrent a l'archevêque de Sens ainsi que du miracle (5). Mais M. Languet redoutait, de la part de M. d'Âuxerre, un appel au parlement , qui aurait peut-être soutenu le miracle, comme il le fit en interdisant la publication de la sentence du pape. Il se fit donc inviter par M. de Maurepas a suspendre la procédure de l'appel des trois curés, jusqu'à ce que le

(1) Il parait cependant que Tévèque éprouva un refus complet auprès des chanoines de Gosne et du curé d*Ouanne.

(2) Arcb. de TYonne.

(3) C'étaient les sieurs Paintandre, curé de Montigny ; Germon, curé de Cuncylès-Varzy ; et Graillot, curé de Saint-Laurent de Gien. Ce dernier, prêtre éminent, très-attaché à la Gonstitution, eut souvent maille à partir avec M. de Gaylus. Il venait de sortir du séminaire où il avait fait un séjour de deux mois en punition de sa résistance. Son retour à Gien fut célébré comme un triomphe.

CENT TROISIÈME ÉVÊQUE u'aUXERRE. 329

roi fût informé de cBtte affaire. M. de Cayius recul également Tavis ^^^i b 1754. d'interrompre tonte poursuite.

a Au moyen de cet arrangement de prudence, dit M. Languet, vous n'aurez aucun démêlé avec le parlement et rieu ne pourra être traduit devant lui. Cependant, Tiastance liée par devant moi sera toujours un commencement d'échec donné à la publication du miracle, et d'autres circonstances viendront qui nous faciliteront d'en manifester la fausseté sans risques. » (1). L'affaire fut ainsi étouffée (2).

Après ce débat il en surgit un autre. M. de Cajlus venait de publier un nouveau catéchisme en 1755. Cinq curés et un prêtre lui adressèrent de très-humbles remontrances qui portaient surtout sur certains points de doctrine, tels que celui de la définition de l'Eglise où le catéchisme disait que c'est l'assemblée des fidèles placés sous la conduite des pasteurs légitimes, et qui ne font qu'un seul corps dont J.-C. est le chef. Ils lui reprochèrent d'avoir effacé le nom du pape, le chef visible, dont parlaient ses catéchismes précédents.

M. de Caylus fut très-irrilé de cette nouvelle attaque et voulut en poursuivre les auteurs. Mais ceux-ci se pourvurent encore devant l'archevêque de Sens. Le roi demanda à examiner l'affaire ; et, au milieu de ce débat, il survint un arrêt du conseil qui supprima le catéchisme et les remontrances des curés (5).

C'était ainsi que le gouvernement terminait alors les questions embarrassantes.

Après une autre querelle, M. Languet laissa M. de Caylus en repos jusqu'en 1750. Il y eut même entre eux échange de courtoisies, et M. de Caylus, passant à Sens en i742, lui rendit visite au grand éton-

(1) Arch. de l'Yonne.

(2) On essaya encore de trouver du miracle dans la guérison d'une femme de Vermanton, atteinte d'un cancer au sein, et qui aurait obtenu une guérison presque complète par l'invocation du diacre Paris. M. Belin des Touroelles écrivit à Anxerre pour qu'on fît constater le miracle. — Rec de divers mém. du Chapitre , t. ni, tf 10, an 1729.

(3) Cet arrêt reçut à Saint-Privé une singulière exécution. Un particulier brûla publiquement le catéchisme , disant que c'était de la part du roi, et qu'il fallait brûler ainsi, sous peine d'être pendu , tous les catéchismes qui n'étaient pas approuvés du roi.

550 M. DE GAYLUS,

1704 h 1754. nemeat de l'archevêque qui s'empressa de lui faire le plus bel accueil (1).

En 1757, M. deCaylas avait résolu de réunir son clergé en synode pour renouveler les ordonnances diocésaines. Le mini&tre lui en avait accordé la permission; le jour était fixé, lorsqu'il arriva un contre-ordre du cardinal Fieury. Ce fut en vain que M. de Caylus lui remontra rimpossibililé où il était de prévenir les curés des paroisses éloignées d'Auxerre ; il fut obligé de renvoyer chez eux plus des trois quarts des prêtres qui s'étaient rendus k sa convocation. Il fut plus heureux Tannée suivante, et rassemblée du clergé rédigea les nouvelles ordonnances qui devaient régir le diocèse. Elles furent homologuées en parlement le 5 mai 1741 (2).

M. de Caylus avait entrepris , en 1734, de soumettre les Ursulines d'Auxerre à son influence. Cette maison était considérable et comptait soixante religieuses. La division éclata parmi elles, mais bientôt après un ordre du roi expulsa le confesseur qu'y avait mis Tévêque, et la supérieure écrivit h celui-ci fort irrévérencieusement. Le prieur des A ugustins fui ensuite nommé confesseur, mais l'interdiction de tout son couvent prononcée par M. de Caylus, pour un sermon du P. Hyacinthe sur Tlmmaculée Conception, où Bains était fort maltraité, exposa encore les religieuses a tomber dans le Jansénisme. C'est dans ce sens que l'archevêque de Sens était informé de l'affaire dont on ignore la suite.

La vie de M. de Caylus se passait ainsi dans une activité continuelle. Son séjour le plus ordinaire était le château de Régennes, qu'on nommait Vile enchantée^ a cause de sa situation charmante dans une presqu'île formée par la rivière d'Yonne. M. de Caylus y recevait ses hôtes

(1) On rapporte que cette visite fut amenée par l^opinion favorable que M. LaDguet exprima un jour devant le marquis de Guerchy sur M. de Caylas ; et, comme ce seigneur s*empressa d'en faire part à i'évéque d^Auxerre, celui-ci ne voulut pas demeurer en reste avec son supérieur.

(2) M. de Caylus eut encore de longues discussions au sujet du couvent des FilIcs-du-Calvaire dont il était un des supérieurs ; lorsque le pape Clément XII nomma de nouveaux chefs à celte congrégation, il la soutint dans sa résistance et ne voulut pas lui-même céder au bref qui le révoquait (1739). La dispersion des religieuses mit tin à cette opposition.

CENT TROISlàME ÉVÊQUB D AUXERRE. 351

avec une grâce qui augmentait encore le charme de ce séjour. II obtint, ^704 ^ ^^^ en 1740, ia permission d'aller à Paris consulter pour sa santé. On lui fil la réception la plus honorable. Il visita alors le cardinal Fleury qui était fort âgé , et en reçut les plus belles protestations de bienveillance. Le vieux ministre l'entreprit au sujet de la bulle, mais sans succès. Il renouvela tout aussi infructueusement ses instances les années suivantes, ainsi que plusieurs autres prélats. M. de Caylus resta inflexible , ayant devant les yeux l'exemple de Tévéque de Senez qui venait de mourir dans la persévérance de ses convictions jansénistes.

Cependant, sa résistance le laissait dans un isolement déplorable. Les anciens appelants étaient morts successivement et il se trouvait le dernier évéque qui eût persisté dans son appel. Au cardinal de Fleury avait succédé, pour le département des affaires ecclésiastiques, l'ancien évéque de Mirepoix, qui redoubla d'ardeur contre les jansénistes et contre M. de Cajlus en particulier. On le frappait dans ses coopérateurs, puisqu'on ne pouvait l'atteindre lui-même.

La ville de Gien était divisée en deux partis, et le curé de Saint* Laurent qui était bien soutenu en cour se jouait des ordres de Tévéque. M. Terrasson , curé de Treigny, qui était détenu à Vincennes depuis neuf ans, donna sa démission en 1745, renonça à l'appel et fut mis en liberté. Son compagnon de captivité. M. Fleury, curé de Ronchères, résista mieux et préféra rester en prison plutôt que d'obtenir sa liberté par sa démission. Il ne sortit de Vincennes qu'en 1758 (1).

M. de Caylus avait, depuis longues années, peuplé son diocèse de prêtres de talent, mais tous appelants et repoussés par les autres évéques. II accueillait aussi les plus célèbres prédicateurs qui étaient inter-

(1) Les curés de Treigny et de Ronchères avaient été emprisonnés à raison de ce qu'ils avaient imprimé clandestinement un journal janséniste sous le titre de : Nowelles eeclésiasliques. Ce journal se publiait d'abord à Auxerre, où la police parvint bientôt a le dépister. Alors on transporta une imprimerie dans les forêts delà Poysaie et on Yj établit dans une loge de charbonnier, sur la paroisse de Ronchères. C'est delà que pendant plus d'un an partit celte feuille qui faisait une l'ude guerre aux partisans de la bulle et au ministère qui la soutenait. La police battit longtemps en tous sens le diocèse d'Auxerre sans pouvoir rien découvrir. Nous avons entendu Raconter à des vieillards que le lieutenant de police étant venu en personne à

552 M. DE GAYLCS,

1704 k 1754. <lî^ ailleurs. C'est ce qae Tabbé Dettey appelle profiter des dépouilles des autres églises (1). En 1747, M. de Mirepoîx défendit à tous les supérieurs ou généraux d'ordres ou de congrégations , de laisser Tenir dans le diocèse d'Âuxerre aucun de leurs subordonnés. M. de Gajius s'empressa de parera la privation que ce coup portait aux prédications. Huit chanoines se partagèrent entre eux les staûons de l'Avent et du Carême, et cela dura pendant cinq années de suite. La mort du doyen du Chapitre, en 1746, fut encore une occasion pour M. deMirepoix, d'entraver M. de Caylus. Il fit expédier un ordre du roi portant défense de lui donner un successeur. Lç Chapitre obéit. Le P. Sirugue, jacobin, confesseur deTévéque depuis trente ans, quoique non appelant, fut aussi frappé et envoyé dans le couvent de Mâcon.

La sévérité déployée contre les Jansénistes affectait amèrement M. de Caylus, qui avançait en âge et approchait de 82 ans. M. Archambauld. archidiacre de Puisaye, qui s'était retiré près de Paris, mourut appelant , et le curé de Rueil lui refusa les sacrements. M. de Caylus redoubla de zèle contre cette recrudescence de sévérité. Eq 1750, il vit supprimer son mandement du carême, qui maltraitait un peu trop les Jésuites, et où il rappelait encore sa fameuse querelle de 1725, contre le P. Lemoine. Ce mandement est écrit avec un ton de conviction inébranlable et digne du prélat qui, depuis plus de trente ans, combattait pour le Jansénisme. A le lire , on croirait que jamais il ne s'était séparé de l'Eglise. Il assure que le schisme n'a point pénétré dans son diocèse et que la paix y règne entièrement. II recommença alors à se brouiller avec M. Languet, que le mandement avait indigné. Les Jésuites , qui avaient toujours lutté contre ses tendances, se sentaieni plus forts de jour en jour. Ne pouvant agir ouvertement dans le dio-

Treigny, dirigea de là des recherches en pure perte dans tous les environs, et qu'au moment où il revenait harassé et furieux de l'inutilité de ses courses, il trouva dans sa voiture une édition tout entière de la gazette sortant des presses et encore tout humide. Cette bravade perdit les auteurs de la publication. Car le ma^strat partit en laissant des agents secrets qui tirent tant qu'enfln la cachette fut découverte, et les deux curés de Treigny et de Ronchères furent arrêtés comme coupables de ce délit.

(i) T. Il, 2S1.

CENT TROISIÈME ÉVÊQUE d'aUXERRE. 555

cèsc d'Âuxerre, ils établirent des missions tout autour des frontières et notamment dans les paroisses du diocèse d'Âutun voisines de Clamecy ; ce qui donna beaucoup d'inquiétude à M. de Ga^lus , parce que le peuple de cette ville s'y rendait en foule. Le jour de la fête- Dieu de Tan 1751, il se fit un grand tumulte, à propos d'une statue delà sainte Vierge, que Ton empêcha de porter à la procession dans cette ville. Les suites furent assez graves pour que le subdélégué qui avait favorisé cette démonstration fût exilé à Orléans, les officiers municipaux changés et quelques tapageurs mis eu prison pour plusieurs jours.

La publication du Martyrologe auxerrois eut lieu en 1751 parles soins de M. de Caylus ; il avait chargé de sa composition MM. Mignot, Grasset et Potel. L'abbé Lebeuf, qui avait quitté Auxerre depuis 1755, avait révisé le travail de ses trois anciens confrères. Cet ouvrage est très-remarquable dans toutes ses parties; on s'accorde à juste titre à le considérer comme un chef-d'œuvre de discernement et d'érudition.

L'abbé Lebeuf poursuivait depuis vingt ans le projet de faire reconnaître, pour appartenir k saint Germain, les reliques qu'il avait tri)uvées dans la bibliothèque de Tabbaye Saint-Marien , en 1718 (1). Les Bollandistes auxquels il avait adressé, en 1728, un long mémoire à l'appui de son opinion, mémoire qu'ils ont inséré dans le t. vu du mois de juillet de leur collection, n'avaient pas adopté ses conclusions et en avaient même fait une critique assez sévère.

Cependant le docte abbé ne perdit pas courage. En 1751 il se fit adresser par M. Buffard, chanoine de Bayeux, une lettre où la question était reprise très-sérieusement. M. de Caylus, frappé peut-être des raisons qu'on y exposait, ordonna alors qu'une commission examinerait les ossements découverts par l'abbé Lebeuf, et vérifierait juridiquement les preuves sur lesquelles on se basait pour assurer que c'étaient les véritables reliques de saint Germain* que la tradition croyait avoir été brûlées par les Huguenots. L'enquête suivit son cours, mais il s'éleva bientôt des contradictions. Les moines de Saint-Germain, qui ne pouvaient souffrir qu'on crût que les reliques de leur saint patron

(i) Voy. le lei" volume de ces Mémoire», p. 83.

1704 il 1764. eussent été ainsi abandonnées par eux pendant deux cents ans (1), résolurent de réfuter les lettres écrites en faveur du projet de Lebeof. Dom Vidal fut, pour le savant abbé, un rude adversaire (2). Il reprocha à Lebeuf de l'ingratitude envers l'Ordre de Saint-Benoit en général , et l'abbaye de Saint-Germain en particulier, parce que, disaitil, c'était dans les manuscrits de D. Viole , qu'il avait puisé la plupart des documents de ses Mémoires sur le diocèse d'Auxerre. Sa critique, qui nous révèle une fois de plus l'antagonisme de la cathédrale et de Saint-Germain, s'appuyait sur des faits si péremptoires , le débat laissait les opinions si incertaines, que M. de Gaylus suspendit son jugement, et la mort Tem pécha de se prononcer. Ses successeurs ont aussi hésité, et la question en est restée là.

 cette époque le clergé auxerrois comptait dans ses rangs bon nombre d'hommes amis des lettres. Quatre chanoines, MM. Potel, Mignot, Moreau et Dulérains, résolurent, au mois d'avril 1749, de concert avec cinq laïques, MM. Berryat, médecin ; Robinet de la Coudre, conseiller ; Lepère , directeur de la poste aux lettres ; Silvestre de Sacy, bourgeois; et Mérat, apothicaire, de fonder une Société des sciences et belles-lettres. M. de Caylus approuva de tout son concours leurs intentions. La Société tint sa première séance publique au mois de janvier 1750 (5).

Les derniers actes importants qui signalèrent l'épiscopat de M. de Gaylus, sont consignés dans les registres d'administration diocésaine. Il supprima, par décret du 25 janvier 1749, les Ursulines de Gravan ruinées par leur mauvaise gestion économique, et ordonna que les biens qui resteraient libres de dettes serviraient à l'entretien de deux filles régentes chargées de l'instruction des jeunes

(1) Les défenseurs des reliques, et Lebeuf le premier, expliquaient leur translation dans Tabbaye de Saint-Marien, par cela qu'à la fin du xvp siècle les mœurs scandaleuses des moines de Saint- Germain avaient éloigné les personnes pieuses qui en étaient dépositaires, de les exposer à une nouvelle profanation en les remettant aux Bénédictins. Inde irœ.

(2) Les critiques ont été jusqu'à avancer que les ossements étaient ceux d*one femme.

(3) Elle avait été autorisée par une lettre du ministre du 11 juillet 1740.

CENT TROISIÈME ÉVÉQUB d'aUXERRE. 555

filles et du soin des pauvres malades. Le 16 novembre 1749, il con- noi !t 1754. sacra solennellement le nouveau maltre-autel de l'abbaye dePontigny, et procéda à la translation des reliques du corps de saint Edme, dont la situation fut décrite minutieusement* L'année suivante il donna des constitutions aux Bénédictines de Cosne qui étaient au nombre de dixbuit sœurs de chœur et cinq converses. Dès 1691, elles avaient prié M. Golbert de leur donner des statuts. La même année, une ordon* nance épiscopale du 11 juin, supprima les Ursulines de Gien et réunit Jeurs biens à la communauté des Hospitalières. Il y avait déjà huit ans qu'on n'y recevait plus de novices par ordre du roi. Les Bénédictines de Saint-Fargeau reçurent, en 1751, des constitutions qui résumèrent les règles du couvent depuis sa fondation.

L'évéque adressa, au mois de septembre 1751, à Tabbesse des Bernardines des Isles d'Âuxerre , une lettre sévère dans laquelle il se plaint de la légèreté avec laquelle on y communiquait au dehors. Il prescrit , au contraire , la clôture la plus rigoureuse et ne permet l'entrée du monastère qu'aux médecins , aux confesseurs et aux Ouvriers de la maison. Les Bénédictines de Saint-Julien de la même ville avaient aussi éprouvé son autorité , au sujet des mariages de leurs domestiques que l'abbesse laissait faire dans son église , malgré les droits du curé de la paroisse. Le prélat avait été fort rude dans son blâme ; mais lorsque l'abbesse lui eut justifié des droits anciens de son monastère, il se radoucit et écrivit, en 1746» une lettre très-convenable. Il résultait, en effet, d'une charte de 1269, qu'à quatre fêtes de l'année, le curé de Saint-Martin devait conduire ses paroissiens à la messe de l'église de Saint-Julien, alors de Notre-Dame, et en outre que si les serviteurs du couvent prenaient femmes , la bénédiction nuptiale avait lieu dans cette église. M. de Caylus , qui n'avait aucune autorité sur les Yisitandines d'Âuxerre, voulut cependant, par respect pour le pape Benoit XIY, célébrer solennellement dans leur église la béatification de leur fondatrice sainte Chantai. 11 6\ celte cérémonie au mois de juillet 1752, par une chaleur excessive, malgré ses 85 ans. Le mandement du carême de 1755, sur la mort et celui de janvier 1754, sur le bonheur des saints dans le ciel, furent les adieux de M. de Caylus a ses ouailles. Il voulut encore aller à Auxerre le

i-ai ï 1754. samedi de la Passion de celte année, pour faire Tordination comme II avait coutume. Le froid qu'il éprouva en route et pendant la cérémonie l'indisposa gravement et il mourut peu de jours après, le 5 avril, dans son château de Régennes. Son corps, transporté k Auxerre, fut exposé à la vénération publique, dans le palais épiscopal, jusqu'au 9, jour où son Chapitre céléura ses obsèques avec la plus grande solennité. Un mandement capitulaire annonça aux fidèles la mort de leur pasteur. Cette pièce, qui est un panégyrique de M. de Cajlus,le qualifie d'oiu/e tutélaire du diocèse (1). On devait prononcer l'oraison funèbre du défaot dans le service qui fut célébré le 5 septembre, mais des défenses venues de la cour en empêchèrent. Le Chapitre se contenta de faire dans son mandement Téloge le plus magnifique du prélat défunt.

M. de Caylus mort, l'opinion janséniste perdait son plus ferme appui dans le diocèse. Ses successeurs ne furent pas choisis de manière \k la relever. Cependant elle avait poussé de si profondes racines dans le pays, qu'elle ne devait pas céder le terrain sans de grands combats. Toute la préoccupation des évéques sera, jusqu'à la révolution , de l'amoindrir et de la neutraliser. Leurs rapports avec le grand Chapitre seront difficiles et susciteront, surtout à M. de Condorcet, de violents orages.

Avant d'entrer dans cette nouvelle phase, reprenons quelques faits que la rapidité du récit nous a forcés de négliger.

Le grand Chapitre cathédral, dont l'influence était si considérable dans le diocèse, s'est montré, pendant le cours de Fépiscopat de M. de Caylus , à la hauteur de son passé. Sa sollicitude pour ses vassaux de Cravan se révèle, en 1710, par une ordonnance sur la vente du pain. Il fit défense aux officiers de police de la même ville de mettre aucune entrave à ce que les boulangers forains y vinssent vendre du pain en payant les droits. Il voulut aussi que les boulangers réduisissent leurs prix au niveau de ceux des forains, car la misère du peuple était grande alors.

(1) Cétait le chanoine Moreao qui Tavait composé. Un M. Millelot, des académies d'Auxerre et d'Orléans, s'exerça sur ce sujet, en 1755, dans une longue pièce de Ters fort insipides. — Arch. de PYonne, Recueil de divers écrits, chap. d'Auxerre, t. m.

CENT TROISIÈME ÉVÊQUE d'aUXERRE^ 557

En 1729, le P. gardien des Cordeliers d'Auxerre proféra dans un ^q^ >, 175^ sermon des paroles injurieuses contre le Chapitre qui porta aussitôt plainte à Tévéque. Le prélat prit i'aflaire k cœur et donna au Chapitre des témoignages non équivoques de sa hante estime. Il obligea en définitive le P. gardien à rétractation.

On avait, au Chapitre, négligé de porter la soutane violette dans les fêtes solennelles. Sur l'invitation de M. de Caylus , ce corps décida, par une délibération du i2 décembre 1724, que tout nouveau chanoine prendrait possession en soutane de cette couleur et serait tenu d'en avoir une a lui trois mois après. Ce règlement fut confirmé par conclusions de 1757 et 1746. M. de Caylus reconnut, au mois de mai 1759, le droit de semonce dà au Chapitre et qui consistait, dans Torigine, en une certaine quantité de vin, laquelle avait été convertie, en 1705, en une somme de 554 liv. 10 s.

Le Chapitre suivait à la lettre ses statuts en matière d'amendes comme on le voit envers Tabbé Lebeuf qui, s'étant absenté au-delà des délais, en 1755 , fut privé des revenus éventuels de Tannée. Cela lui parut dur, d'autant plus que son voyage n'avait été que de 15 jours et avait ea pour but d'aller a Soissons recevoir le prix que l'académie de cette ville lui avait décerné pour son ouvrage sur le Soissonnois. Il le fit sentir, dans une lettre de remerciement adressée au Chapitre pour l'intérêt que la compagnie lui avait témoigné au sujet de ce livre; « d'autant, ajoute-i-il , que la cause m'avoit paru, et à beaucoup d'autres personnes , bien favorable et assez singulière pour surmonter la rigueur de la discipline ; et la seule attention qu'il n'y va en cela que d'un intérêt personnel, me fait accepter cette légère disgr&ce avec résignation. d

M. Mignot, grand-chantre, qui était dans le même cas que l'abbé Lebeuf, voulait en appeler au parlement. On ne voit pas ce qu'est devenue cette affaire.

H. Moreau, doyen, étant mort en 1746, le Chapitre reçut de la cour l'ordre ne pas procéder a Télection de son successeur. On voulait punir par Ik ce corps dont l'union avec M. de Caylus rendait la résistance de ce prélat si durable.

En 1729, le 4 juin, eut lieu à Âuxerre le baptême d'un jeune sau- Il 22

558 M. DB GONDORCBT ,

1714 \k 1754. v^g^ amené de la Louisiane par le sieur Guenot, seigneur de Tréfontaincs. Il s*appelait, dil^on, Palimiugot et était fils d'un chef des Chitimachas, près la Nouvelle-Orléans. Le curé de Molre-Dame-lad'Hors fit son instruction religieuse et Tévéque le baptisa solennellement. Il mourut trois ans après (1).

Les évêques de Bethléem, depuis près d'un siècle, avaient respecté la situation que leur avait faite rassemblée du clergé (2) ; mais en 1729 le possesseur de ce siège, profitant de la situation diflScile où était placé M. de Caylus, voulut empiéter sur ses prérogatives. Il poussa successivement les Récollets de Glamecy et le curé d'Armes, son vicaire-général, à exercer les droits curiaux dans le faubourg de Bethléem. Ce dernier alla même fort loin, au dire des partisans de t'évéque d'Auxerre, et commit des excentricités, par exemple en faisant conduire, le jour de la Fête-Dieu, la procession au son des violons etdes tambours. La ville était très-divisée : les uns prenaient parti pourlear évèque, les autres défendaient l'autorité de M. de Caylus. Une reqoéte fut adressée au conseil du roi, en 1752, par M. Louis Lebel, évêque de Bethléem, pour faire établir sa juridiction. Le conseil, fort embarrassé, renvoya l'affaire au bureau ecclésiastique qui la communiqua k M. de Caylus. On ne voit pas qu'on y ait apporté de solution sous ce prélat, que l'on aimait en haut lieu à voir entouré de difficultés.

Page 1