M. DE CONDORCET
i75i k 1760. Maïs, comme on le pense bien, les chanoines, pas plas que les curés de la ville, ne vinrent y apposer leur signature. Les Jansénistes, renommés par la pureté de leurs mœurs et la sévérité de leurs priocipes, étaient loin d'élre disposés h céder à un prélat qui voulait déiraire tout d'un coup l'œuvre de son'prédécesseur qu'ils avaient appris à ?é« nérer pendant un demi-siècle. Leur entêtement d'ailleurs était d'aoUot plus grand qu'ils étaient plus comprimés.
Il y avait en exil, à Âuxerre , douze vieux prêtres jansénistes qu'O reçut fort mal lorsqu'ils vinrent lui rendre visite , et il voulut les faire partir de son diocèse. Ils obtinrent cependant du ministre la permission de rester dans cette ville.
Il tenta d'éloigner son Chapitre de l'office annuel de rAornôDe générale, institution charitable et pieuse, fondée, comme nous l'avoDS vu, par M. de Caylus. L'office se faisait alternativement un dimanebe dans l'église Notre* Dame-la-d'Hors, et le dimanche suivant dans celle de Saint-Ëusèbe, en présence du bureau de l'aumône générale. Cétait alors le tour de l'église Notre-Dame ; M. de Gondorcet fit célébrer l'office par l'abbé de l'isle, assisté de prêtres et de clercs de son séminaire , ce qui scandalisa beaucoup. L'année suivante on rétablit rancien usage, mais l'évêque n'y parut pas.
Après cela ce fut le tour des curés des paroisses d'être mis ï l'index. L'évêque fit annoncer des catéchismes dans la chapelle da séminaire, qui devaient êlre suivis de communions. Les curés, qui se voyaient enlever un de leurs plus beaux droits, en appelèrent comme d'abus et obtinrent un arrêt favorable (1 ).
La révocation, dans le délaide deux mois, des pouvoirs de confesser donnés par M. de Gondorcet à des prêtres du diocèse d' Auxerre, boQ^ leversa surtout les paroisses de la ville. Les PP. Jésuites et des moioes d'Ordres mendiants remplacèrent les confesseurs ordinaires. Cette me^ sure est l'objet de longues lamentations de la part de Fauteur de 1^ vie du prélat qui y est tout h fait opposé. Les chanoines qu'elle altei gnait le plus directement firent paît à l'évêque des plaintes des fidèle
(i) Les curés de la viUe publièrent, à ce sujet, des remontrances à Tévèquec leur résistance est nettement caractérisée.
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Il voulut voir les confesseurs ; a car, disait-il avec raison , on ne doit 1754 )i nao. pas trouver mauvais que je connaisse ceux que je dois approuver. »
Deux de ces chanoines s'étant rendus avec assez de peine hrévéché, la conférence ne fut pas longue , le prélat leur demanda s'ils voulaient démentir la Gazette de Hollande qui avait dit que tous les chanoines de la cathédrale d*Auxerre étaient appelants à Texception de trois seulement. Comme ils refusèrent pour leur compte, Tévêque ouvrit brusquement la porte et les congédia.
Nous ne reproduirons pas tous les procès que suscita l'esprit réformateur de M. de Condorcet et de Tabbé de l'Isle. Leur objet ^ bien diminué d'importance pour nous. Ils révèlent cependant dans le corps du bailliage et dans les hautes classes de la société la présence d'un parti opposé au Jansénisme qui va s'accroître peu ^ peu, de manière à diviser plus tard la ville d'Auxerre en deux camps presque égaux.
Un fait de ce genre montrera encore l'espèce de relations qui existait entre l'évéque et son Chapitre. On venait de publier, sans nom d'auteur, les œuvres de M. de Caylus, qui étaient une protestation contre les actes de son successeur. Aussitôt après parut un volume intitulé Supplétnent aux cBuvres de Jf. de Caylus. On y avait réuni tout ce que le prélat avait composé dans le commencement de son épiscopat, en faveur de l'adhésion k la bulle Unigenitus. On y trouvait aussi la conclusion attribuée au Chapitre sur le même sujet, en 4717. C'était une rude réponse. Aussitôt le Chapitre porta plainte au bailliage contre la publication de la conclusion qui semblait émaner du corps entier, tandis qu'il avait été reconnu dans le temps que c'était Tœuvre d'un petit nombre de chanoines. Le bailliage prenant la chose au grand sérieux, ordonna, le 26 mai i755, la suppression de la pièce et qu'il serait informé contre ses auteurs, < attendu qu'il s'agit de délit contre > l'ordre public et de contravention à la déclaration du 2 septembre » 1754. »
De plus , sept conseillers durent se transporter, séance tenante , au Chapitre pour faire enregistr^ir la susdite déclaration.
Voici un échantillon des aménités qui s'échangeaient entre l'évéque et le Chapitre. M. d'Aymard ayant été nommé pénitencier en 1755, le Chapitre dut insérer ses provisions dans son registre, le 25 juillet^
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HM II 1760. ™d>s il 6ut soin d'y ajoQlcr qu'il protestait contre les clauses însoUtes qui y étaient contenues et qui concernaient ie serment prêté au formulaire d'Alexandre YI, etc. Les protestations sont écrites de la main de M. Frappier et signées Poiel , Mignot , Leroy, Jodon et autres. L'appel fut donc suivi, mais bientôt après un arrêt da conseil do 21 août, transcrit sur le registre par l'huissier Vassal, ordonna que ces proleslaiions seraient biffées.
Un mandement pour le carême de 1756 amena de nouveau la guerre entre Tévéque et son clergé. M. de Condorcet y disait aux fidèles : c Gardez l'unité , demeurez inviolablement attachés aux successeurs » de Pierre et au corps des premiers pasteurs, en ce qui concerne la » religion n'écouicz que leur voix. » Les curés, pasteurs du seconi ordre , se regardèrent comme offensés du silence que l'évêque affectait à leur égard. Ils refusèrent de publier le mandement et présenlèrent requête au bailliage qui leur donna acte de leur appel comùie d'abus. Le parlement, à qui l'affaire fut déférée, déclara le mandement abusV et ordonna que son arrêt serait affiché dans tout le diocèse; ce qui fut exécuté.
L'appel comme d'abus avait lieu à chaque affaire où le Chapitre et l'évêque se trouvaient en présence. C'est ce qu'on vit encore à propoe des prières publiques demandées parla ville d'Âuxerre pour obtenir od temps favorable aux biens de la terre. L'évêque n'avait pas, comme il était d'usage, consulté son Chapitre avant de donner son consentemeaU Il fallut de longs pourparlers avant d'obtenir une solution.
M. de Condorcet essaya aussi de réformer la manière de dire la secrète et le canon de la messe que plusieurs prêtres lisaient assez haut pour être entendus des fidèles assis dans le chœur. Le Chapitre vit dans cette ordonnance une atteinte aux rubriques du missel auxerrois et la repoussa : nouvel arrêt intervint qui condamna les prétentions épiscopales.
L'évêque entreprit alors de supprimer le catéchisme de M. de Caylus qui était en usage depuis 50 ans^ Nouvelle résistance du clergé qui porta plainte contre les PP. jésuites, dont M. de Condorcet favorisait les missions de tout son pouvoir, pour contrebalancer l'influence des prêtres jansénistes dont la sévérité éloignait des sacrements. Les appels
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comme d'abus surgissaient de tous côtés , le bailliage et le parlement ^^^ ^ ^^^^ retentissaient sans cesse des plaintes du clergé auxerrois. L'historien janséniste de Tépiscopat de M. de Condorcet \m reproche la destruction du collège de Varzy qui, dit-il, élait florissant sous la direction des professeurs qu'y avait mis M. de Caylus et comptait plus de 50 pensionnaires. Peu de temps après Tintronisation de M. de Condorcet, ce changement de professeurs fut exécuté, et le collège tomba bientôt k rien.
M. de Condorcet persistait à ne pas avoir de rapports avec son Chapitre lorsqu'une lettre du roi, du mois de juillet 1 756, Tinvitant à célébrer un Te Deum d'actions de grâces de la prise du Port-Mahon , le jeta dans un grand embarras. Il ne s'en tira qu'en partant brusquement de Régennes pour Montélimart, d'où il ne revint que le 26 octobre suivant.
A son retour, le Chapitre alla en corps le complimenter, et M. Mignot porta la parole pour lui présenter l'office de la Toussaint. Son discours roula surtout sur le bonheur qu'aurait le Chapitre de recevoir son évéque dans son église et sur l'ardent désir qu'il avait de voir l'union régner entre eux. M. de Condorcet accueillit très-bien les députés, mais il ne céda pas. Cependant, le jour de l'octave de la fête, il annonça qu'il assisterait à l'office et qu'il voulait prononcer le sermon. La foule accourut aussitôt. Après un exorde sur les principes de la foi et la soumission duek l'Eglise, il attaqua vivement a la conduite des parlements qui envahissent le sanctuaire et portent la témérité jusqu'à faire donner les sacrements aux réfractaires. > Il blâma amèrement ceux qui avaient recours aux tribunaux séculiers pour se faire administrer les sacrements ; enfin il conclut par une excommunication ipso facto contre ceux qui composeraient ou liraient des écrits contraires à la soumission due à la bulle , contre les magistrats qui rendraient des jugements pour faire donner les sacrements, et contre ceux qui.auraient recours h cette voie pour les obtenir (i).
Nos principes de liberté des cultes nous font juger aujourd'hui que (1) Procès-verbal des notaires Duplessis et Heuvrard, du 7 novembre.
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1754 ^ 1760. 1^ ^^^^^ ^t^î^ ^^ du ^^^^ ^^ l'évêqne. Mais en 4756 on ne voyait paft partout de même. Le Chapitre scandalisé se retira et protesta contre le mandement épiscopal. Il en appela an bailliage tout en protestant de son respect pour son évéque. Le bailliage défendit absolument l'impression du mandement, et sa publication n'eut pas lieu. Le parlement, informé, reçut l'appel comme d'abus, et le Chapitre, de son côté, écrivit au ministre d'Etat , M. de Saint-Florentin (1).
Le gouvernement voulait bien que les Jansénistes fussent reienos dans leurs écarts, mais il n'aimait ni le bruit , ni l'éclat. Les procès continuels que M. de Condorcet soulevait à chaque pas lui valurent une lettre de cachet avec invitation de se rendre à l'abbaye de Yauluigant. Il y fut conduit par un exempt de la prévôté de l'Hôtel. La politesse obligeait le Chapitre de lui faire ses compliments de condoléance, le prélat les reçut pour ce qu'ils valaient.
L'exil de M. de Condorcet laissa au clergé du diocèse un peu de repos. L'abbé de l'Isle, son grand vicaire, n'osait plus prendre sur lui des mesures qui auraient amené de nouveaux débats. Quelques discussions, à propos d'un sermon contre la prédestination du P. Âubert, jésuite, principal du collège, occupèrent l'année 1757. Après une année d'exil environ, M. d^ Condorcet revint à Âuxerre (6 décembre). Le Chapitre , ponctuel dans l'observation des formes , alla lui rendre visite et le complimenter. Après vint le bailliage auquel il devait une
(1) Les querelles, sans nombre, de Févéque avec son Chapitre , donnèrent lieu à une foule de pamphlets. Il y en avait un fort long en Ters^ sur le mauvais ménage de Jacques (allusion au prénom de M. de Condorcet ) et de sa femme. L'auteur y exposait Tobjet des débats et finissait , comme de raison, par donner tort à Jacques qui, disait-on, battait sa femme. Il finissait par cette strophe :
Il a menti le faiseur d'épigramme ,
Quand il nous dit que Jacques bat sa femme ;
11 ne se peut , en voici la raison :
C'est que pour battre il faut être en présence ,
Et celui-ci , depuis son alliance ,
N'est point entré dans la maison ;
Ils font grand bruit , mais ce n'est pas merveille.
La cause , au vrai , s'en découvre en un mot :
Ici réponse à son ménage veille ,
Tandis qu'au loin monsieur mange sa dot.
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bonne part de son exîL II fallat de part et d'autre, dit avec raison hm \ noo. M. Chardon (1), toutes les ressources du bon Ion et de la politesse pour dissimuler Tembarrarf dans lequel on se trouvait.
La conférence avec le < hapitre n'amena aucun résultat, chacun restant sur son terrain. Le Chapitre essaya encore, la veille de Noël, de déterminer l'évéque à venir dans son église. Mais, après une nouvelle audience oh M. de Condorcet s'exprima avec sévérité sur la conduite du Chapitre et surtout contre la mémoire de M. de Caylus, ce qui souleva de la part des chanoines un murmure général , le Chapitre se retira sans plus de succès que la première fois (2).
Le reste de Tépiscopat de (M. do Condorcet se passa dans un état de lutte sourde, mais continuelle. Les PP. Jésuites travaillaient avec ardeur, mais non sans obstacles , dans certaines parties du diocèse, k ramener les fidèles dans la voie de l'Eglise (3). Les Jansénistes leur reprochaient leur grande indulgence approuvée par l'évéque luimême (4), et les cérémonies populaires par lesquelles ils frappaient l'esprit des habitants des campagnes. La ville de Gien , où le curé de Saint- Laurent les accueillait favorablement, fut surtout agitée par leurs
(1) HUt. d^Auxerre.
(2) y. Recueil de Lettres du Chapitre à Mgr révéque d*Aiixerre, in-12^ Bibliot. d'Auxerre, n. 3032.
(3) A Etais et dans d'autres villages de la Puysaie. En 1756, les curés d'Entrains, deTreigny, Lainsecq, etc., les assignèrent au bailliage comme ayant entrepris sur les droits des curés, en faisant faire des premières communions. Il parut en cette année des LeUres à un ami, au sujet du mandement de Tévéque pour les missions dans son diocèse. L'auteur y traite les travaux des jésuites de scandaleux, et voit un grand danger dans leur propagation.
(4) On fit, au sujet de la facilité avec laquelle on prétendait que M. de Condorcet accordait les ordres, pourvu qu'on signât le formulaire, les mauvais vers suivants :
Heureuse église , Auxerre , lieu charmant , De ton prélat l'adresse peu commune > Rendra bientôt ton pays florissant.
Il ne faut plus , pour y faire fortune , Que deux outils , la plume et le rasoir , En griffonnant sa simple signature , Tout aspirant y prouve son savoir Et les barbiers y donnent la tonsure.
— (V. M» du chanoine Blonde).