‹ Mémoires concernant l'histoire civile et ecclésiastique d'Auxerre et de son ancien diocese, continues jusqu'a nos jours avec addition de nouvelles preuves et annotationsChapitre 66 sur 122 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

M. DE aCÉ , CVe ÉVÊQUE D'AUXERRE.

Jean-Baptistc-Marie Champion de Cicé, né k Rennes, le 10 février i76o ^ laoï. 1725, était fils d'un membre du parlement de Bretagne. Destiné à la carrière ecclésiastique, il fit ses éludes k Paris, où il prit ses grades successifs jusqu'à celui de docteur en théologie. Le cardinal de La Rochefoucaud le choisit ensuite pour son vicaire-général. En 1758 il obtint du roi Tévéché de Troyes.

On a vu, dans le chapitre précédent, comment M. de Condorcet quitta le siège d'Auxerre , d'accord avec M. de Cicé. Le pape, par une huile du 14 des calendes de mars 1760, avait nommé M. de Cicé à Âuxerre. Il prit possession le 2 mars 1761. Le Chapitre cathédral n'avait été prévenu de rien. Lorsqu'on apprit que le nouvel évêque était arrivé vers midi, au palais épiscopal, accompagné du grand archidiacre de Sens, de plusieurs chanoines de celle église, de l'abbé d'Osmond et d'un notaire, l'émoi fut grand. Cependant, le grandarchidiacre convoqua le Chapitre pour entendre la lecture de la bulle qui préconisait M. de Cicé en qualité d'évéque d' Auxerre. La manière bienveillante avec laquelle Tabbé d'Osmond s'exprima envers le Chapitre fit une impression favorable. Après que l'abbé se fut retiré, on délibéra longtemps. Les vieux chanoines jansénistes se révoltaient des

350 M. DE GIGÉ,

1760111801. procédés qu'on avait mis dans cette affaire; mais c'était la suite de Tétat de suspicion dans lequel le Chapitre était h la cour depuis longtemps. Cependant M. de Cicé était en règle et paraissait disposé à faire constater le refus qu'on pourrait lui opposer. Les plus tenaces voulaient un ajournement, k cause du manque d'une bulle particulière que les papes étaient dans Tusage d'adresser aux Chapitres, pour leur annoncer la préconisaiion d'un nouvel évéque. M. de Cicé promettait cependant de s'en pourvoir ultérieurement. Enfin, le Chapitre se résolut, sur les instances de M. Clément, trésorier, à Tobéissance aux ordres du roi et du pape. L'intronisation eut lieu avec les cérémonies usitées (1). Le serment d'obéissance dû à l'archevêque, comme métropolitain, fut prêté par M. de Cicé, le 29® du mois même de son installation ; il paya 400 livres pour le droit de chapes (2).

Le clergé du diocèse, formé avec amour par M. de Caylus dans l'esprit janséniste, avait été fort attaqué par M. de Condorcet qui avait fini par renoncer à la lutte. M. de Cicé va s'y prendre plus adroitement pour arriver à désunir et à amoindrir ce corps compact et puissant dont le Chapitre était la tête. Doué de beaucoup d'esprit et de finesse, M. de Cicé agissait toujours avec la plus grande prudence. L'histoire des principales mesures prises sous son épiscopat en est la preuve. Il savait se faire des partisans par son affabilité et ne tarda pas ainsi k pouvoir lutter d'influence avec le parti janséniste.

Les vieux jansénistes qui étaient sur leurs gardes s'aperçurent de ce changement de mantBuvre et n'en furent pas dupes. Il courut alors

(1) Chardon, t. n, »00.

(2) Voici le texte du serment prêté par Tévèque et écrit de sa maîD sur le précieux pootifical métropolitain qui servait à cet usage depuis le xiii" siècle :

« £go N. Deo et sanctae matri ecclesix Senon. et tibi E. ac R. P. Paulo d'Albert de Luyoes, S. R. E. cardinalis Senonensis archiepiscopo , tuisque successoribus debîtam subjectionem et obedientiam , ore promitto et manu propria confirmo. Actum Senonis super altare majusejusdcmeccIesis^annoDomini 1761, die vero mensis martii 29.

» J. B. Episc. Autiss. »

Ce manuscrit, qui se trouvait en 1849 dans la coUection Tarbé, a été acheté par M. de Salis de Metz et emporté du pays sans qu*on ait fait d^efTorts pour Pacquérir.

CENT CINQUIÈME ÉVÉQUE d'aUXERRE. 351

ane certaine fable des deux chat$^ dédiée au Chapitre d'Auxerre, qui ^^ ^ igoi. peiguait bien les procédés sans ménagement et aussi infructueux de M. de G)ndorcet, auxquels avaient succédé les avances doucereuses de M. de Cicé, qui menaçaient bien davantage Findépendancedu clergé.

La morale de la fable était ainsi conçue :

Cecy s'adresse à vous , prêtres peu clairvoyans ,

De Condorcet V humeur atrabilaire

Vous rendit circonspects , sages et prévoyans :

Mais de Gicé la douceur mensongère

Vous charme y vous enchante et vous asservira.

Ce que dans sa fureur le premier n'a pu faire.

En vous flattant le second le fera (1).

Cependant , dès le commencement de son épiscopat , il perdit dans la communauté des Jésuites, un levier bien puissant sur les populations. Ce corps, qui luttait depuis un siècle^ avec des alternatives de succès et de défaites, contre les parlements et les jansénistes leurs protégés, fui atteint dans son existence par deux arrêts du 6 août 1762, de manière à ne pouvoir s'en relever. La passion exalta ses ennemis , et l'on est surpris, lorsqu'on lit les considérants qui précèdent sa proscription, de l'étrangeté de quelques-uns des motifs donnés pour le condamner. Quoiqu'il en soit, on exécuta à Auxerre Tarrét du parlement qui ex < puisait les Jésuites des maisons d'éducation. Mais il surgit de cette question une cause de discorde, entre Tévéque et le parti janséniste, qui dura plus de douze années. La commission chargée de rendre compte au corps municipal de l'état du collée , conclut en demandant la réunion de tous les biens des Jésuites ^ cet établissement nouveau, attendu que les Pères ayant fait vœu de pauvreté, n'avaient pu acquérir que pour la maison. Les revenus étaient estimés à 7,669 liv. Le mémoire critique sévèrement le mode d'enseigner des Jésuites qui, dit-on, en sont encore aux rêveries d'Aristote pour la philosophie. Leurs principes d'obéissance absolue à l'église romaine, sont l'objet de réflexions pea favorables, et l'on reconnaît, dans cette pièce, que ses auteurs étaient de fervents élèves de M. de Caylus. La commission conclut à ce que le collège soit remis entre les mains de professeurs séculiers , ce

(1) Extr. du Recueil du chanoine Blonde.

55i2 M. DE GICÉ ,

1760 ^ 1801. V^ fat adopté. Le parlement autorisa , par arrêt du 26 février, le corps municipal k traiter en conséquence. Peu de temps après, le 5 avril, l*abbé Magne, ancien oratorien, prit possession du collège avec le titre de principal. Il avait avec lui un sous ^principal et six professeurs de son choix et qui étaient soumis k l'agrément du corps municipal. Leur traitement s'élevait k 5,450 liv. par an.

Toute cette affaire s'était traitée en l'absence de Tévéque dont ou craignait l'opposition, déjà manifestée par des remontrances de sou vicaire-général, l'abbé de Gicé.

Lorsque le prélat fut arrivé, il jugea de suite qu'il aurait affaire k forte partie. Il offrit de faire diriger le collège par les Oratoriens ou par les Doctrinaires, auxquels il donnerait six prébendes, si le Chapitre y consentait.

Mais le corps municipal repoussa ses propositions , maintint le concordat fait avec l'abbé Magne et en fit ordonner l'exécution provisoire par le bailliage, le 20 avril. Il arrêta, en outre , qu'k l'avenir , tous les professeurs et le principal lui-même, seraient pris parmi les maitres-ès^ arts de toutes les universités du royaume.

M. de Gicé ne se tint pas pour battu et tourna les difficultés qu'il rencontrait, en obtenant d'abord du roi un édit du mois de février 1765, qui réglait l'administration des collèges. L'article 6 qui s'appliquait k Auxerre et aux autres villes où il n'existait pas de parlement, portait que les collèges dirigés par des séculiers seraient administrés par uu bureau composé de l'évêque président, du premier officier de la justice royale, du procureur du roi, de deux officiers municipaux, de deux notables et du principal du collège. Le nouveau bureau, après examen du concordat passé avec l'abbé Magne, l'approuva malgré les efforts de M. de Gicé et l'adressa au procureur-général. Les lettres-patentes, du 10 novembre suivant, qui confirmaient le nouvel établissement du collège, montrèrent par leurs dispositions que l'influence de M. de Gicé les avait dictées. En effet, en vertu de l'article 10 , le principal et les professeurs devaient être maîtres-es-arts de l'Université de Paris. Cette condition sapait par sa base le concordat qui régissait le collège, car il n'y avait que le principal qui eût le grade exigé. Mais le parlement, bien renseigné sur le but qu'on se proposait , ayant refusé l'enregislre-

CENT CINQUIÈME JËVÊQUB d'aUXERRE. 555

meot, il fallut en référer aa roi qai , ayant appris les motifs du refus, les approuva et ordonna que les lettres-patentes ne seraient appliquées, dans la clause relative aux grades, qu'à mesure des extinctions.

Le séminaire, qui était devenu entre les mains de M. de Caylus une pépinière janséniste , fut rétabli comme il était dans son origine, et la direction fut rendue aux Lazaristes. L'évéque complétait ainsi les mesures qu'il prenait sans bruit contre le clergé janséniste.

L'année 1762 vit M. deCicé participer à plusieurs actes intéressants (1). Il consacra solennellement la chapelle du collège de Glamecy. Il témoigna de sa sollicitude pour le bien des^ pauvres en faisant accorder il Thôpital-général d'Auxerré une somme de 4,800 liv., sur le revenu annuel de la fondation de H. le président Cochet de Saint- Yalier, pour les diocèses du royaume et pour l'objet le plus utile. Il fit affecter ce don au paiement des travaux de l'église qui s^élevait sur l'emplacement de la chapelle de Notre-Dame*de-Lorette et qui fut consacrée le 28 juillet 1764. La Société des Sciences d'Auxerre tenait souvent des séances dans son palais et en sa présence. Pendant l'une de ces réunions, Tévéque annonça l'intention de faire reconstruire le palais épiscopal et d'en affecter une partie à l'usage de la Société. Hais le projet né* fut pas exécuté (2).

Il avait promis, dès la première visite que lui fit la compagnie, de la faire ériger en académie royale ; mais les divisions qui s'élevèrent entre lui et les principaux membres, MM. Mignot, Potel, Moreau et autres, tous anciens partisans de M. de Gaylus, lui firent ajourner indéfiniment sa promesse. La Société, qui s'était adjoint comme membre correspondant M. de Livry, premier commis du ministère de la

(1) L'année précédente^ il avait sévèrement réprimandé la supérieure des fiénédictine^ de Saint-Fatgeau, pour sa désobéissance au sujet d'un confesseur qa'il avait retiré à sa communauté et qu'il avait remplacé par M. Brûlé , doyen de Saint- Fargeau. Après une admonestation solennelle où les sœurs sollicitèrent à genoux le pardon de leur supérieure , il accorda la grâce de cette dernière. — Arch. de l'Yonne 1761.

(2) M. de Cicé fit reconstruire , au commencement de son épiscopat, le château de Régennes dont il ne reste plus de vestiges. Celait un vaste bâtiment flanqué de deux ailes. — Voy. l'Annuaire de l'ITonne de 1840.

17fl0 H 1801.

554 H. DE cici,

\m il laoï. maison du roi, comptait sur sa profection pouf obtenir le tkre qa'elle sollicitait; mais le crédit de M^ deCicé empêcha le succès, et an commencement de 1772, Ta Société, au milieu des grands débats que suscita dans la ville l'édit do 51 mai 1765, sur Torganisation des moni- .cipalités, se vit frappée de suspension par ordre du roi. Ses séances n'ont pas été reprises.

La division la plus grande régnait alors dans la ville d'Âuxerre.

Les querelles religieuses entre les jansénistes et les partisans des jésuites s'étaient transportées sur le terrain civil. Les premiers, défeoseurs des doctrines de M. de Gayluset soutiens du parlement, avaieal encore une grande majorité dans le corps municipal et dans le bailliage; ils avaient reçu le surnom de Loitiu. Les autres, gagnés par M. de Gicé , suivaient les ordres de la cour dans sa lutte contre les parlementaires ; on les avait surnommés les Grecs. L'occasion leur parut belle lors du changement de la loi qui r^lementait les nHioicipalités^ pour expulser leurs adversaires de l'hôtel^e-ville où ils trônaient depuis longtemps.

On verra, dans Thistoire civile, le récit de ces débats auxquels' M. de Gicé dut prendre une grande part, sous peine de voir l'antique autorité de l'évéque disparaître dans sa ville capitale.

En 1765, le sieur Grespin, prédicateur du sermon du lundi de P&ques , dans la cathédrale , fut la cause d'un débat entre l'évéqae et son Chapitre. Il s^agissait d'opinions émises sur la nécessité de la fréquente communion. Le Chapitre n'y entendait pas raillerie. L'évéque soutint son prédicateur, poussa le Chapitre et se plaignit, dans uoe visite que lui firent des députés, de la conduite de leurs confrères. Il voulut qu'ils lui laissassent par écrit ce qu'ils étaient chargés de lui dire ; mais ils s'y refusèrent. L'évéque donna ^ M. Crespin un certificat sur l'oribodoxie de son sermon. Celui-ci en demanda l'insertion dans les registres du Chapitre qui s'y opposa ; mais il résulte, des discussions que cette affaire souleva, que l'évéque avait acquis dansée corps un certain nombre de partisans.

L'affaire de la régale, reprise et abandonnée tour k tour par les officiers du roi , qui ne perdaient pas volontiers de leurs prérogatives, avait été l'objet de nouvelles instances à la mort de M. de Caylns.

CENT CINQUIÈME ÉVÊQUB d'aUXERRB. 555

Malgré les arrêts da 25 mars 1515 et du 16 janvier 1555, qui 179091 isoi. établissaient le droit du Chapitre, le parlement avait reçu , le 18 février 1762, l'opposition du procureur-général. L'évéque et le Chapitre, appuyés sur une consultation de six avocats célèbres du parlement, se pourvoient en cassation. Alors le conseil d'état, par arrêt du 21 mars 1765 , ordonne, sans avoir égard aux procédures, que les parties plaideront directement à la grande-chambre comme avant l'arrêt. L'instance continua ainsi jusqu'en 1766, où, après plusieurs remises, l'affaire fut enfin retirée du rôle, et l'église d'Auxerre est demeurée en possession de son droit qui était jadis très-important, mais dont l'exercice ne devait plus avoir lieu.

Le 15 janvier 1766, M. de Cicé célébra un service solennel pour le dauphin, auquel il invita tous les corps constitués. Les frais de cette ce* rémonie furent supportes par la ville, ainsi que cela avait déjà eu lieu, eu 1711, pour le grand-dauphin, et en 1715 pour Louis XIV (1). Le i5 novembre de la même année, il consacra M"'' Henriette de Thyard, en qualité d'abbesse des Bernardines des Iles.

Le Chapitre, qui venait de faire faire, avec sept médailles d'or léguées par l'abbé Lebeuf , une châsse pour les reliques de saint Germain, avait appris avec un vif intérêt l'intention où était M. de Cicé, de faire procéder h la vérification des reliques du saint qui étaient toujours sous les scellés. Sept commissaires, parmi lesquels étaient MM. Clément et Potel , furent députés auprès de l'évêque , pour lui témoigner du grand désir du Chapitre sur cet objet (1767). On ne voit pas que cela ait abouti à une solution quelconque , soit que l'évêque ait hésité de crainte d'erreur, soit autrement.

Il a été question plusieurs fois, dans le cours de ces Mémoires, des tentatives d'usurpation de pouvoirs, faites parles évêques de Bethléem. En 1769, M. de Quélen , alors titulaire de cet évêché %npartibu$ , entreprit, après quatorze années d'épiscopat, de ressusciter les anciennes prétentions à la juridiction ecclésiastique dans la chapelle et le bourg de Pantenor ou de Bethléem à Clamecy. Il s'y rendit au mois de mai, accompagné de cinq ecclésiastiques, en institua un grand-archidiacre et

(1) Reg. da Chapitre, 1766.

55G M. DE GICÉ,

HGo i 1801. vicaire-général et un antre secrétaire de son évéché. Il lit ensuite deux ordinations et annonça qu'il viendrait Tanaée suivante ordiner ceux qui se présenteraient régulièrement. L'évêque d'Auxerre ne pouvait laisser passer cet empiétement sans protester. Ce fut Tobjet d'une instance dont la suite ne nous est pas connue (1).

M. de Cicé avait compté avec raison sur le temps pour triompher du parti janséniste. A mesure que la mort le délivrait des principaux chefs du Chapitre, il renouvelait par des éléments anti-jansénistes ce corps puissant par ses lumières et ses richesses. M. Hignot, grand-chantre, mourut le 11 mai 1770. C'était un des plus marquants des chanoines et des collaborateurs de M. de Cajlus. Il légua au Chapitre sa bibliothèque, composée de 3,000 volumes. Le choix de son. successeur souleva des difficultés sans nombre. L'abbé Letellier, élu, ne voulut signer le formulaire qu'avec des réserves subtiles, et en promettant seulement une soumission de respect et de discipline par rapport au fait de l'attribution des cinq propositions au livre de Jansénius. De là refus de l'évoque d'approuver l'élection. Douze chanoines avaient môme protesté contre ce choix {"î). M. de Cicé nomme de son chef M. Gaudet h la dignité de chantre. Le Chapitre refuse de l'installer. Deux notaires y suppléent et le parlement Maupeou l'y maintient par arrêt, malgré les protestations du Chapitre.

M. Yaultier avait été pourvu du lectorat , en 1769, après la mort de M. Créthé. M. Lorieux remplaça M. Carrouge , sous-chantre, en 1771 . L'archidi^tere de Puysaie, M. Dettey , le panégyriste de M. de Caylus, mourut en 1775 , et M. Huet , grand-archidiacre, en 1779. Il y avait toujours un point grave qui demeurait depuis 1746 sans solution, c'était l'élection du doyen. A la prise de possession de M. de Cicé, le Chapitre avait fait des instances auprès de lui pour qu'il sollicitât la levée de l'interdit porté par la cour. Dans les premières années du règne de Louis XVI , la question fut remise sur le tapis. En 1778, M. Frappier proposa d'adresser un mémoire au ministre. Le Chapitre ajourna ce projet qui fut repris en 1780. Il faisait valoir, auprès de M. Ameiot

(f) Arch deTYonne, i£' évêcliéde Bethléem.

(2) M. Frappier fit à ce sujet un discours qui fut imprimé.

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et de M. deMaurepas, les inconvénients del'élat de choses où il se irou- nco ^ isou vait et la nécessité où il était d'avoir un chef stable, le Chapitre étant composé de six dignitaires et de cinquante-deux chanoines. M. de Gicé appuya la requéie, etla défense d'élire un doyen fut enfin levée. L'élection de ce chef du Chapitre était une grande affaire; elle dura trois jours, et M. de Robien , chanoine d' Auxerre et prêtre breton , remporta enfin sur M. Delard , son concurrent. L'évéque ayant mis dans l'acte de confirmation quelques mots qui déplurent au Chapitre, ou y fit des réserves.

Les vicissitudes que la politique et les intrigues locales apportaient dans le personnel du corps municipal d'Âuxerre, devaient se refléter singulièrement sur le bureau d'administration du collège qui était k sa nomination. £n 1772, les Grecs ayant triomphé dans la municipalité, changèrent le bureau et atteignirent cinq des professeurs que la déclaration du parlement de 1764 avait protégés jusque-là. Ils eurent le sort des Jésuites et furent évincés avec une mince indemnité. Ne pouvant expulser les autres maîtres et notamment l'abbé Leroi , principal, on résolut de s'en défaire par un procès criminel. Leur esprit janséniste fut la cause principale de leur proscription. On les accusa de faire lire a leurs élèves de mauvais livres, tels que l'histoire de Port-Royal, la vie du diacre Paris , les Nouvelles eclésiastiques , etc. On ajouta qu'ils tenaient des assemblées nocturnes et avaient introduit des femmes dans le collège. Le bailliage, renouvelé depuis peu, après la création du parlement Maupeou, accueillit avec passion les dénonciations anonymes portées contre ces professeurs. Deux d'entre eux , les sieurs Hautefage, sous-principal, et Lefranc, maitre de quartier, furent décrétés de prise de corps, et le principal, l'abbé Leroi , assigné pour être ouï. Le parlement, renchérit sur ces préliminaires , décréta tous les accusés de prise de corps et y comprit encore deux des professeurs renvoyés par le bureau précédent.

Les accusés prirent la fuite, et la procédure suivie contre eux fut poussée activement. Le 14 août 1772, il intervint une sentence du Lailliage qui déclara tous les accusés c véhémentement suspects d'avoir, » par une association criminelle, combiné un plan d'éducation o dangereuse et pernicieuse , tendant à former, dans la jeunesse cod-

558 M. DE crcÉ ,

nfio !) 1801. ^ ^^ ^ '^^^^ ^^^ 1 u° esprit d'insubordination et de révolte contre » tOQie aatorité ; » et en conséquence, et après renoncé des crimes imputés particuiièreoieat à chacun, condamna les sieurs Hautefage et Lerranc au fooet , à la marque et aux galères à perpétuité, et Tabbé Leroi au bannissement perpétuel et k la confiscation de ses biens. Trois autres professeurs forent également atteints plus ou moiiis gravement par la sentence. L'exécution eut lieu en effigie, par la main du bourreau qui attacha la sentence sur un écriteau planté au milieu delà place des Fontaines , et les sergents la publièrent dans tout le ressort du bailliage.

Un contemporain de cet événement rapporte qu'à cette nouTcIie la consternation fut générale. En effet, la vengeance du parti grec était atroce et rien ne peut la justifier. M. Chardon essaie d'en atténuer la cruauté en expliquant la situation des juges qui condamnaient des contumaces et qui étaient k cette époque trop servilement attaches à Taxiôme des criminalistes : fuga fugientem condemnat. Hais ce moyen ne peut * être accepté quand on connaît l'esprit de parti qui dirigeait le bailliage dans cette affaire. M. de Gicé ne fut nécessairement pas étranger a la poursuite des professeurs du collège. Il avait la présidence du bureau d'administration , et les coups qui leur étaient portés n'auraient eo aucune force sansTavis de ce corps.

Le changement des professeurs ne se restreignit pas à Auxerre seulement. M. de Gicé profita de la circonstance pour remplacer ceui des petits collèges de Varzy, Glamecy et La Gharité. Il prit aussi k cette époque des mesures pour la surveillance des écoles primaires. Une sentence du bailliage d'Auxerre, du 14 août 1773, homologua un règlement sur cet objet. Il fut défendu à toutes personnes d'enseigner sans approbation et sans en avoir justifié devant les officiers d« justice. Le parlement confirma d'abord cette sentence le 25 février 1774, puis l'annula le 15 janvier 1776.

L'heure de la réparation ne tarda pas k sonner pour les victimes de la vengeance du bailliage et du parti grec. Deux des professeurs, MM. Ricard et Gendrot, les moins maltraités, avaient déjà obtenu leur acquittement du parlement Maupeou. Lorsqu'à la mort de Louis XV, au mois de novembre 1774, ce corps fut renversé et Tan-

CENT ClNQUl&llB ÉVÉQUB d'aUXBRRB. 3K9

cîeo parlement rétabli, les autres professeurs porgèreot leur cooiamaee et obtiarent, le 20 juillet 1775, Jine seutence du bailliage du palais qui déclara fausses et calomnieuses les accusatioas portées «oatre eux. Le parlement confirma ce jugement le 28 janvier suivant et autorisa les accusés à prendre h partie M. Marie de Saint-Georges, procureur du roi, pour avoir donné les conclusions adoptées dans la sentence de 4775, ainsi que les sept juges qui l'avaient signée; MM. Leroi et Navier furent rétablis dans leurs fonctions; et tout ce qui avait été lait w collège, fut regardé comme nul.

Le Gbapllre, qui n*avait pas vu d^un bon œil toutes ces persécutions, rendit h MM. Leroi , prébende , et Hautefage , semi-prébendé « les fruits de leurs bénéfices. L'abbé Leroi reprit aussi possession du collège.

Cependant le triomphe du parti latin ne fut pas de longue durée* M. de Gicé, n'ayant pu se rendre maître de la direction du collège, obtint du ministre un changement considérable dans sa destination. Au moment de la rentrée des classes de l'année 1776, parpt une déclaration du roi qui l'érigeait en école royale militaire, et peu de jours après une deuxième déclaration en confia la direction aux Bénédictins de la congrégation de Saint-Maur, à compter du 1®^ décembre 1777. Ces Pères firent revivre les antiques écoles de Saint-Germain et org^^ Disèrent des cours complets d'études. Soixante élèves y étaient entretenus aux frais du trésor royal, et sous leur administration il se forma des sujets qui devaient être un jour la gloire de leur pays (1),

La nécessité du récit nous a obligés de n^liger plusieurs liûts^'adboi- Btsifation épiscopale que nous allons réunir icii

En 1768 fut célébré solennellement l'anniversaire séculaire de l'expulsion des Huguenots delà ville d'Auxerre. Le journal de Verdun, du aïois de mars 1769, rapporte qu'après la procession il y eut ii Thdtel de ville un souper de 40 couverts , auquel assista M* le comte de Sparre, maréchal de camp, qui fixak sa résidence dans cette ville (i)»

(1) Fourier, secrétaire perpétuel de rAcadémie des sciences, Davoust, prince d'Ekmuhly ont fait leurs études à l'école militaire.

(2) Cest lui qui fit construire, en 1764 , dans le faubourg Saint-GervaiS; la jolie maison qui porte son nom.

1700 k isoi.

1760 k 1801. ^ Chapitre fit distribuer 800 livres de pain aux pauvres. Il y vint ud concours inimense des pays voisins , et Ton porta à 25,000 le nombre des assistants à la cérémonie.

M. de Cicé nomnaa, en 1779 , M. Tabbé de Polignac, chanoine de la cathédrale, son vicaire-général (II devint évêque de Meaux en 1779). La translation du titre du prieuré de Saint-Nicolas de Réveillon , paroisse de Saint-Cyr-lès-Entrains, dans Péglise paroissiale de cette ville, eut lieu la même année.

Les registres de Tévéché nous apprennent que M. Vaultier, vicairegénéral, fit, le 5 janvier 1777, la Iranslation des reliques de sainl Marien et des autres saints renfermés dans les cryptes de l'église Saint- Germain. Le procès-verbal du 30 juillet 1C63, qui s*y trouva, ser?it de guide. Le 20 avril suivant , il visita la châsse de saint Vigile qai était intacte. Il y avait alors 19 ossements; En 1 779 , M. de Cicé ayant obtenu de la libéralité du roi la commande de Tabbaye de Molesme, le Chapitre lui envoya faire compliment. Le 2 novembre 178i, la chapelle de Bois-d'Ârcy fut érigée en succursale sur la demande des habitants trop éloignés d'Ârcy, leur paroisse primitive. Cette même année, M. de Cicé avait chargé le curé de Breugnon de s'entendre avec les autorités de la ville de Clamecy pour remédier aux abus des processions. Mais ce dernier répondit qu*ll difi*érait cette réforme, à cause de la discorde qui régnait dans la ville (1). La translation du titre du prieuré de Saint-Sauveur eut lieu par M. de Cicé , en la chapelle de la Vierge de l'église paroissiale, le 26 août 1785. Létat malsain et humide de l'ancienne église du prieuré avait forcé D. Rosman, abbé de Saint-Germain, à demander ce changement. On interdit la chapelle de Duenne l'année suivante.

Les relations de Pévéque avec son Chapitre avaient toujours quelque chose de froid et de contraint. M. de Cicé n'assistait pas souvent aux offices de la cathédrale pendant les grandes fêtes. Son absence de la fête de Noël 1781 détermina le Chapitre à l'inviter très -instamment, mais très-respectueusement à s'y rendre h l'avenir. Il ne donna qti'cn

(1) JJl Arch. de l'Yonne.

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1784 rornement complet qu'il devait k son église, et après de longs ^^^ ^ igoi. pourparlers.

Pendant les premières années de l'épiscopat de M. de Cicé, le Chapitre calhédral occupa Taclivité de ses principaux membres ^ des choses plus utiles et plus durables que les misérables querelles qui Tagitaient sous M. de Gondorcet. On dressa alors la quatrième collection des Statuts capitulaires, qui résumait les précédentes, et qui fut homologuée par le parlement le 15 février 1766.

* Dès 1744, frappé des difformités considérables que les constructions parasites causaient dans son église, le Chapitre -avait fait abattre le grand jubé qui coupait la vue du chœur, et l'avait remplacé par deux petits ambons placés de chaque côté des piliers d'angle. Le projet de décorer le sanctuaire de la cathédrale dans le goût moderne, était depuis longtemps dans l'esprit des chanoines. M. de Cicé, consulté, y avait donné son approbation. Après de mûres délibérations , on adopta un plan général de décorations fait par M. Ledoux^ architecte. Tout en détruisant plusieurs monuments d'antiquité regrettables (1), et notamment plusieurs tombeaux, nous devons louer le Chapitre de la sobriété et de la simplicité qui présida aux travaux exécutés de 1767 k 1772. On éleva alors les belles grilles du chœur et des bas-côtés, le maitre-aulel et l'autel des fériés qui est derrière. Les anges qui portent les candé-* labres du maitre-autel furent l'objet de longs et vifs débats. M.. Clément, trésorier, qui résidait k Paris , s'employa longtemps auprès des artistes chargés des sculptures. M. de Cicé consacra solennellement le maitre-autel et celui des fériés, le 21 avril 1772.11 plaça dans le premier une partie du devant de la tête de S. Jacques-le-Mineur, que J. Amyoty avait mise en 1576» et dans le second, qu'il dédia à S. Pèlerin, une parcelle de la tète de ce saint, rapportée de Bouhy en 1716.

' Les chapelles des transepts furent également restaurées , et on y

(1) On vendit en 1776 les magnifiques tapisserieii données au seizième siècle par l'évéque Baillet, et que Louis XIV avait admirées. Elles ne servaient plus depuis les nouvelles dispositions du chœur. Elles furent achetées par rUôtcl-Dieu qui les possède encore.

1760 i 1801. pl^Ça deux Ubleaux, de S. Michel ei de S. Jeao-Baptiste, qu'on y voii encore (1).

Le Chapilre avail fait démolir aussi, en 1768, rënorme statue de S. Christophe qui s'élevait à Tenlrée de la nef. Tous ces grands travaux n'avaient pu s'exécuter qu'à Taide de ressources extraordinaires. Oo y dépensa 160,000 livres produites par la vente des coupes de la forêt de Merry-Vaux.

Tandis que le Chapitre faisait ainsi travailler dans sa cathédrale, l'église de Saint-Germain tombait en ruines. Le 9 mai 1770, le portail qui formait une masse considérable, s'écroula par suite de TaffaissemeDt de la voûte intérieure. On répara assez mal ce dommage. Sept ans après, les moines firent reconstruire lé bas-côté nord de la nef par M. Albespeyre.

Les écoles de Saint-Charles d'Âuxerre n'avaient pas la sympathie de M. deCicé ; mais le Chapitre, et notamment son trésorier et plusieurs curés jansénistes , les soutenaient par des sacrifices personnels et à l'aide des souscriptions de cette association que dès lors la malignité publique avait désignée sous le nom de la boile à Perrette. En i765, ces écoles s'étaient étendues dans les divers quartiers ; elles formaient trois classes dirigées par huit frères, et recevaient 400 enfants. Elles se soutinrent de cette manière jusqu'à la révolution, pendant laquelle elles furent supprimées. *

En 1771, le Chapitre trouvant l'occasion de témoigner de la sympathie au parlement , envoya MM. Frappier et Moreau visiter deut conseillers, MM. d'Outremont et Dupuis exilés, l'un àCravan, et l'autre à Saint-Bris.

Trois ans après, la situation équivoque Où demeuraient bon nombre des chanoines leur valut un conqpliment à double sens de la part de l'archevêque de Sens , que le Chapitre en corps avait été visiter à l'évêché, le 19 avril 1774. Le prélat exhorta la compagnie a la paix et h la soumission envers TËglise. Les chanoines entachés de jansénisme se récrièrent comme on le pense bien. M. Frappier surtout alla loin. Cependant, après beaucoup de paroles, et sur l'attestation de

(1) Le second tableau est de M. Lagrcncc jeune. ^ Rcgist. Cap., année i7S7.

CENT CINQUIÈME ÉVÉQUE d'aUXERRE. 565

M. Vaoiûer, vicaire général de M. de Cicé, que son supérieur, quoique présent, avait été étranger k la réponse, le Chapitre se calma.

Différents symptômes montraient de temps en temps que si les jansénistes avaient perdu du terrain au Chapitre, ils y avaient encore de l'autorité. Si d*un cdté M. Ducrenx adressait de la part de M. Hautefâge l'édition nouvelle qu'il venait de faire des Œuvres complètes d'Arnaud m que le Chapitre acceptait avec reconnaissance (1782)- > M. Poitevin, chanoine, donnait pour la bibliothèque la deuxième partie de l'histoire du peuple de Dieu du P. Berruyer, à quoi M. Frappier répondait par les instructions de Mgr Tévéque de Soissons et par le bref du pape Clément XIII, qui condamnent ce livre. A cette époque la bibliothèque du Chapitre, formée dès le temps de Lebeuf, enrichie successivement par les dons de MM. PoteU Huet et autres chanoines, avait pris un grand développement. Un chanoine était spécialement préposé à sa conservation et au prêt des Jivres (i).

Mais d'un autre côté, Tesprit de désordre s'était glissé dans le Chapitre. Le sieur Parisot, sous-chantre, entré dans les ordres malgré lui, se livrait k des écarts fâcheux pour la discipline (2). Plusieurs autres jeunes chanoines suivaient cet exemple. Un semi-prébendé, nommé Monteix, originaire d'Auvergne, après quelques années d'exercice, renouvelant les vieilles prétentions de quelques-uns de ses devanciers, s'avisa d'attaquer les privilèges et prérogatives des hauts chanoines, et publia en 1786 un mémoire virulent contre ce qu'il appelait leurs usurpations. Après un long procès le bailliage et le parlement lui donnèrent gain de cause. Ces contrariétés occupèrent sérieusement le Chapitre. Mais l'orage, qui grondait depuis longtemps sur la société ancienne, allait bientôt faire disparaître tous ces petits débats dans un danger commun. L'ordre religieux, ébranlé par l'esprit du siècle, avait contribué lui-même & sa ruine. Malgré les efforts de quelques prêtres, animés du véritable esprit catholique , on voyait s'étendre dans les

(i) Elle était de plus de 6,000 volumes.

(2) 11 racheta plus tard ce que sa conduite avait eu de regrettable dans sa jeunesse. L'exil le retrempa. Il mourut dans une tempête sur les côtes d'Irlande, en revenant en France sous le directoire.

neo à 1801.

1700 il 1801. corps religieux ce mouvement de décadence, indice cvidenl d'an mal profond.

Le clergé du diocèse d'Auxerre n'y était pas étranger ; nous venons de le voir par le grand Chapitre. Le clergé régulier était également frappé de cette maladie. Depuis deux siècles que la plupart des abbayes d'hommes étaient données en commande, et servaient de dotation aux cadets des grandes familles entrés dans les ordres « le nombre des moines diminuait, la règle s'y affaiblissait. Ponligny était devenu célèbre à la fin du dix-huitième siècle par Télégance, la galanterie et les prodigalités de son avant-dernier abbé, D. Chanlatte, qui mourut en 1788, en laissant le monastère endetté de 400,000 livres. Le zèle religieux était bien refroidi, et le temps était loin où Ton comptait les moines de Pontigny parmi les plus savants des enfants de S. Bernard.

Le noviciat ne donnait plus qu'un petit nombre de candidats, même dans les plus grands monastères. Un édit du mois de mars 1768, réglementaire des ordres religieux, entreprit leur réforme matérielle. Les maisons durent être composées dorénavant de quin::3 religieux au moins pour les monastères non réunis en congrégations , et de huit pour les autres. Il fut interdit au même Ordre de conserver plus d'un monastère dans chaque ville eu bourg, à moins que toutes les maisons de l'Ordre ne fussent au complet, ou que ce ne fût parla permission da roi. L'édit, provoqué à cet effet par M. Loménie de Brienne, archevèquo de Toulouse, puis de Sens, amena peu de résultats. Les réformes administratives, en matière religieuse, n'ont jamais rien produit.

Les principales maisons religieuses du diocèse suivaient, comme nous Pavons dit, le courant de la décadence. On ne comptait, de 1780 à 1790, à Pontigny, que douze à quinze moines, le même nombre St-Germain, kReigny sept, à Saint- Laurent deux; les Ordres mendiants étaient aussi'peu nombreux.

L'abbaye Saint-Germain avait seule montré un peu de distinction dans cet abaissement. Le cours de philosophie créé en 1695 pour douze novices, s'était augmenté, dix ans après, de l'étude delà théologie. Des jeunes gens de la ville, qui voulaient s'initier à cette haute science^ s'y faisaient inscrire. C'était comme un souvenir lointain des anciennes écoles de Saint-Germain. D. Viole, D. Fournier, D. Bastide, D. Vidal

CENT CINQUIÈME ÉVÊQUE d'aUXERRE.. 565

marquèrent pendant les deux derniers siècles parmi leurs confrères. ^^^ ^ ^goi. Ils furent suivis par les professeurs de Técole militaire, \k la tête desquels fat placé le digne D. Rosman. Quelques collégiales n'étaient pas non plus dans un état financier très prospère. Dès 1779, M. de Cicé projetait de réunir au séminaire celle de Gosne , qui n'avait plus que 2,000 liv. de revenus, ce qui ne pouvait suffire aux chanoines. La pauvreté du Chapitre de la Cité d'Auxerre ne lui permettait pas de relever son église; ses chanoines voulaient transférer leur office dans la chapelle de Notre-Dame-des-Vertus , ruinée en 1780, mais que le grand Chapitre devait faire rebâtir. Ce projet ne fut pas exécuté, non plus que celui de M. de Cicé, qui voulait les loger sous la voûte de rentrée du palais épiscopal. Les chanoines de Gien , tombés, par suite de nombreux procès, dans un état de gène irrémédiable, étaient menacés d'une saisie générale fie leurs revenus. L'évêque étant k Paris, les autorisa à emprunter 15,000 liv. pour faire face à leurs dettes.

Les grandes abbayes de femmes se soutenaient mieux. En 1780 Saint- Julien comptait 25 religieuses, les Bernardines des Isles 19, Crisenon 15, les Clarisses de Gien 29. Les communautés, fondées depuis le xvH^ siècle avec un but d'utilité sociale déterminé , étaient remplies de ferveur. Dans les unes on se livrait k Téducation des filles pauvres et au soufagement des malades; dans les autres, on recevait les demoiselles de grandes maisons. A Auxerre, les Ursulines, les Yisitandines comptaient chacune plus de 50 religieuses; les Providenciennes, 12; les Bénédictines de Saint-Fargeau étaient encore 15.

Néanmoins, il régnait dans plusieurs de ces maisons un défaut d'ordre matériel qui tendait peu k peu à amener leur ruine. Les supérieures dépensaient, à l'envi de leurs devancières , les ressources du couvent. Les recettes étaient toujours dépassées ; les travaux de bâtisse étaient le défaut favori de ces dames. La chambre générale du clergé avait reconnu le mal et voulait y porter remède en supprimant certaines maisons pour en relever d'autres plus utiles. C'est ainsi que celle de Crisenon fut très-menacée, en 1776, par M. de Cicé qui voulait (1) la

(t) On rapporte que lors de la visite de Tévêque à Crisenon dans laqueUe il interdit de recevoir des noviceS; une des anciennes^ la sœur Thérèse, se jeta à ses pieds

366 M. DE CIGÉ ,

17G0 k 1801. réunir h celle des Isles dont la gé&e était grande. La dernière abbesse , M™® du Mouchet , parvint h la restaurer.

La situation financière des corporations religieuses du diocèse présente, au moment de la révolution, un chiffre instructif. Le ponillé de 4781, formé d'après les déclarations généralement amoindries ou déjà un peu anciennes des établissements (1), porte les revenus à 572,000 liv. , sur quoi il y a 109,000 liv. de charges. On peut croire ce dernier chiffre exact. Mettons le premier au double : ce sera donc un million de rente que possédaient les corps religieux des deux sexes, dans le diocèse, à la fin du dernier siècle. Il faudrait y ajouter le revenu de rOrdre de Malte, qui n'avait qu'un commandeur à Âuxerre, et celui des 210 curés pour avoir un aperçu du total des revenus du clergé. Le don gratuit, ainsi que d'autres impositions prélevées sur tout le clergé, n'avait pas varié depuis un siècle et s'élevait, en 1780, à 59,560 liv., suivant le compte-rendu de l'évêque au bureau de la chambre ecclésiastique (2).

Les dernières années de l'épiscopat réel de M. de Cicé furent mar* quées par plusieurs faits importants , indices des grandes réformes qu'il voulait opérer. En 1785, sur la demande du Chapitre, il réduisit le nombre des fondations qui était considérable et sans proportion avec les revenus qui y étaient attribués. En 1654, M. Ségnier les avait déjh

et lui dit : « Mgr vous ne nous quitterez pas sans nous dire comme Dieu à nos premier parents : crescite et mtdUplicamini, » Je m'en garderai bien, ma chère sœur ! s'écria M. de Cicé.

(1) Nous avons comparé les états de revenus présentés aux districts en 1790, pour servir à dresser les pensions des religieuses, avec l'estimation du pouillé, et nous avons reconnu que certaines maisons n'avaient pas déguisé le chiffre de leurs revenus en 1781; pour d'autres il y a différence d'un tiers ou de moitié : ce qui tient peut-être, comme nous l'avons dit, à la date déjà ancienne des déclarations.

(2) Une remarque qu'on n'a pas assez faite à l'égard des richesses des communautés religieuses, c'est que leurs rentes en argent ont toujours été en diminuant de valeur à mesure qu'on se rapprochait des temps modernes, et que par là leurs ressources se sont réduites à proportion. Ainsi, beaucoup de communautés avaient, au xiv« et au xv« siècle, donné leurs biens à rentes perpétuelles, souvent, dans les villes, à charge d'y bâtir. Or, la valeur de l'argent ayant successivement diminué d'une manière sensible, une livre de rente qui, au pouvoir de l'argent valait 400 francs au xiv* siècle, ne représentait plus que deux francs au xviir.

CENT GINQUIÈm ÉVÉQUB d'aUXERRE. 567

diminaées et les avait réglées à une seule par semaine iron empêchée 17^0 h isoi. et à une messe basse. En i762, i) y avait ^7 anniversaires. Le tableau de réduction n*en porte plus que 59 parmi lesquels 00 en reconnaît de fort anciens, tels que eeui de Robert Abolan2, de la maison de Courtenay, de Bargedé et de plusieurs évéques.

Le Chapitre de Gien se plaignant aussi de ses fondations^ M« Arrault, chanoine, fut chargé d'examiner sa réclamation (1 786).

Un acte d^administration publique auquel M. de Cicé contribua efficacement , fut T interdiction des anciens cimetières de la ville d'Âuxerre. Le 7 décembre i784, il ordonna la suppression immédiate de ceux des paroisses Notre-Dame-*la-d*Hors , Saint-Loup et Saint- Pèlerin ; ceux de Saint-Pierre-en-Château, Saint-Eusèbe et Saint- Pierre-en-Vallée, durent servir encore jusqu'au 4*' janvier 1786. L'insuffisance de ces cimetières était reconnue depuis longtemps.

Pendant le cours de sa visite pastorale, au mois d'août 1785, Tévéque ordonna, sur la demande du Chapitre Sainte-Eugénie et des officiers municipaux de Yarzj, que la treizième prébende de celle collégiale, vacante par la mort du titulaire, serait attribuée au principal du collège, conformément k Fordonnance d'Orléans. Jusque-là, par un abus toléré mal-k-propos, le principal ne jouissait pas de cette prébende ; seulement, les treize chanoines s'imposaient de manière k lui faire un équivalent. En 1787, pour pourvoir au traitement du curé et des vicaires perpétuels qui desservaient la paroisse depuis 1644, le Chapitre de Yarzy, vu la modicité de son revenu, obtint de Févéque rexûnction de la trésorerie devenue vacante et l'union de la moitié des revenus k la cure.

— Cette loi îoévitable s'est encore fait sentir aussi directement sur les dotations en rentes en argent, faites au xii« et auxin» siècle, par les nobles qui plaçaient leurs filles dans les monastères, ou qui y fondaient leur anniversaire.

TeUe rente de 5 liv. qui représentait ffOO fr. an xup siècle ne comptait plus que pour sa valeur nominale en 1780. Les censives ont suivi le même décroissement. Les guerres civiles du xvi« siècle ont aussi appauvri beaucoup de maisons. Il n'y a donc que celles qui, comme Pontigny, Saint-Germain, le grand Chapitre, avaient leurs dotations en biens-fonds considérables, qui ont vu grandir leurs richesses en raison même du progrès des temps; de manière que ce qu'elles perdaient d'un côté elles le retrouvaient de Tautre.

1760 i 1801. Le Chapitre caihédral, qui éprouvait depuis quelques aouées des tracasseries de la part des semi-prébendés, lesquels s'absentaient souvent et faisaieqt mal leur service, avait résolu de les remplacer par des prêtres habitués. On décida la conversion du titre de semi-prébendé en commissions simples et révocables. Ce changement considérable, essayé en 1784 et auquel M. de Cicé était très-disposé, ne fut pas définitivement réalisé.

M. le comte de Ghastellux devait, h la Toussaint de l'année 4786, prendre possession de son canonicat. L'évêque en avait été prévenu et le Chapitre préparait le cérémonial accoutumé, lorsqu'on apprit que la maladie de M™® de Givrac , sa belle-mère , lui faisait ajournei; son projet.

Une affaire de peu d'intérêt en apparence , mais qui révèle la situalion des partis religieux, se passa en 1787. M. Yilletard, chanoine résignataire de la trésorerie du grand Chapitre, Ae la part de M. Clément, dernier titulaire, n'avait pu obtenir h Rome ses provisions, a cause de son refus de signer le formulaire. Il en appela comme d'abus au parlement qui ordonna h l'évêque de lui délivrer ses titres. Refus de M. Closet, vicaire-général. Deux notaires constatèrent le fait et ont conservé les dires de M. Yilletard, «qui s'étonne qu'on veuille encore lui faire donner une signature non exigée, même pour l'expédition des brevets des bénéfices à la nomination du roi ; » mais ce fut en vain qu'il réclama, l'évêque n'était pas disposé à céder devant l'entêtement du parti (^1).

Au mois d'avril 1788, la mort de M. Salomon, curé de Saini- Renobert , qui était regardé comme un saint par les jansénistes , leur

1) Les Jansénistes avaient encore de fidèles soutiens; voici un exemple qui prouvera jusqu^à quel point desliommes sensés poussaient la ténacité et la conviction. L'abbé Dupuy, qui mourut directeur de Thôpital général en 1791, fit son testament en 1766 à Page de 53 ans^ et n'y changea pas un mot depuis. Il y proteste au nom de Dieu «contre le monstrueux décret surpris au premier de ses vicaires, le 8 septembre 1713.» Il déclare en avoir appelé au conseil œcuménique. Il confesse les miracles du diacre Paris, de plusieurs desquels il assure avoir été lui-même témoin et il finit en témoignant de son dévouement au Saint-Siège. — Archiv. de THôtel-Dieu d'Auxerre, § II, L. 2.

CENT CINQUIÈME ÉVÊQ13E d'âUXERRE. 569

donna occasion de faire ce qu'on appelle aujourd'hui une démonstra- ^^qq ^ ^^oi. tion. On porta le corps en procession dans Tenceinte de sa paroisse et il fut ensuite conduit au grand cimetière.

L'administration du diocèse était ainsi exposée de temps en temps à des débats, lorsque la réunion des états-généraux vint ouvrir une nouvelle ère. ,

Le clergé du diocèse s'émut diversement dans cette circonstance. Le règlement du 24 janvier i 789, en accordant aux simples bénéficiers le droit de suffrage personnel , tandis que les chanoines des églises cathédrales et collégiales, et les religieux n'étaient représentés que par un sur dix ou sur vingt, souleva les réclamations du Chapitre de la cathédrale qui, tout en s'y soumettant, crut devoir adresser des remontrances an roi.

Mais les curés jansénistes , hostiles à l'évéque , saisirent avec empressement cette circonstance pour organiser l'opposition qu'ils voulaient lui faire à l'élection. Dans l'assemblée des trois Ordres, ils attaquèrent les chanoines qui se présentaient en qualité de titulaires de bénéfices et firent réduire le nombre des délégués du grand Chapitre. Le bailli d'Âuxerre eut fort à faire pour concilier leurs prétentions. Ils agirent de même k l'égard des titulaires des prieurés. On vit aussi M. Yilletard, chanoine, proposer à la chambre du clergé d'insérer dans son cahier la demande de la résidence des évéques , afin d'empêcher la validité de l'élection de M. de Cicé. Celle-ci sentit le piège et refusa. M. de Cicé était désigné comme le candidat du clergé du bailliage ; les curés lui opposèrent M. Marcellot, curé de Saint-Gervais d'Auxerre. Après tontes les éliminations , l'assemblée se trouva composée de 254 électeurs. La majorité fut acquise à M. de Cicé, mais à un petit nombre de voix. M. de Robien, doyen, fut nommé député-adjoint, et le Trésorier-curé de la collégiale de Toucy, suppléant. Celte opération eut lieu le 7 avril et jours suivants. Les pamphlets les plus violents furent publiés contre le Chapitre cathédral après l'élection. MM. Pasquier, curé de Saint-Âmatre , et Carré, curé de Sainte- Pallaye, se signalèrent dans cette circonstance et maltraitèrent ce corps impitoyablement, lui reprochant son orgueil et ses prétentions ambitieuses.

Il 24

1760 11801. ^* ^^ Gicé, eo partant pour se rendre k l'assemblée nationale, nomma M. Yiart son vicaire-général (i). Ce chanoine lui était trèsdévoué et devint son correspondant lorsqu'il fut contraint de s'exiler (2).

Cependant la révolution marchait rapidement et sapait par sa base l'antique société française déjà si caduque. Le décret du 15 février 1790, sur la suppression des Ordres religieux, abattait une des colonnes de l'église catholique. Il fut exécuté sans obstacle dans le diocèse pendant Tannée. Le petit nombre des moines qui habitaient les monastères se dispersèrent de divers côtés, emportant à peine de leur humble cellule les quelques meubles qu'elle renfermait. On fut même sévère pour ceux de Pontigny, k qui l'on refusa le couvert d'argent qu'ils avaient apporté dans la maison (5). Quelques-uns devinrent curés de paroisses après la promulgation de la constitution civile du clergé, d'autres aumôniers des bataillons de volontaires.

En s'emparant des biens des moines, l'assemblée nationale voulut au moins assurer leur existence. Une pension modeste, proportionnée aux revenus du couvent, leur fut accordée. Ils la touchèrent tant bien que mal. Les religieuses, rendues au monde qu'elles avaient oublié, se retirèrent humblement dans leurs familles ; la plupart demeurèrent fidèles k leurs vœux et vécurent obscurément. On cite cependant quelques apostasies ; mais leur petit nombre fit ressortir davantage la conduite de la majorité.

Nous venons de parler de la constitution civile du clergé qui jeta une perturbation profonde dans l'Eglise de France. Œuvre de Camus et des autres membres du comité ecclésiastique de l'assemblée nationale, animés de l'esprit janséniste, la constitution avait pour but de rendre le clei^é français indépendant du saint-siége. On bouleversa de fond en comble l'organisation de l'Eglise de France, pour l'accommoder aux nouvelles

(1) M. Viart est né à Auxerre en 1750.

(3) Le dernier acte signé par M. de Gicé sur les registres diocésains est du 17 avril 1789. C'est ta nomination de M. Valleray, en qualité d^archiprêtre de Varxy. Les vicaires généraux continuèrent encore de signer quelques actes jasqu^au 15 août suivant. S'il y eut un registre postérieur il a disparu.

(3) Arrêté du département du 9 septembre an soir.

CENT CINQUIÈME ÉVÉQUB d'aUSEURE. 571

divisioDd territoriales. Chaque département devint le centre d'nn évéché \m ^ i8i.i.

dont il prit le nom et qai fut formé en modifiant les anciennes limites

des diocèses, sans avoir aucunement égard aux traditions. Toute la partie

du diocèse d'Auxerre comprise dans les arcbiprétrés de Saint-Bris et

d'ÂQxerre et une portion de celui de Puisaye, furent englobées dans la

novrelle circonscription qui se composait en même temps d'un démem-

brament du diocèse de Sens. L'arcbiprétré de Varzy et presque tout

le reste de celui de Puisaye, écburent à Févêque de Nevcrs, M. Tollet,

caré de Vandenesse, sacré en i 79i , et qui donna sa démission en 180i .

La circonscription des départements entraînait celle des diocèses, de

même qu'aux temps primitifs les cités romaines devinrent les chefs-lieux

des Douyeaux centres ecclésiastiques; à cette différence près, cependant,

qu'an in« et au iv^ siècle c'était le pouvoir spirituel qui marquait, sur la

carte des Gaules, l'emplacement et l'étendue des églises, tandis qu'en

1790 c'était le pouvoir temporel.

Le spirituel ne fut pas plus respecté que le temporel. La constitution ioterdit de reconnaître l'autorité d'aucun évêque ou d'aucun métropolitain étranger. Les rapports entre les évéques et le pape ne furent plus que de simple communion , sans reconnaissance de suprématie, l'institoiion canonique devant avoir lieu par le métropolitain ou par le plus ancien évêque de la |)rovince. Les Chapitres des cathédrales et des collégiales furent supprimés ; l'évêque n'eut plus qu'un conseil formé des vicaires de la paroisse principale de sa ville épiscopale dont il était loi-même le curé. L'élection des évéques et des curés fut confiée aux citoyens, et les curés purent choisir eux-mêmes leurs vicaires parmi les prêtres du diocèse, sans avoir besoin de la confirmation épiscopale.

Le roi, après de longues hésitations, avait fini par donner son approbation à la constitution civile du clergé ; mais bientôt une réprobation solennelle, lancée par le pape Pie YI, vint avertir les catholiques du danger que courait leur foi. Trente évéques de la Constituante publièrent une £flEpoith'ondeijirinctp«s dans laquelle les règles traditionnelles de l'Eglise farent mises au jour, pour servir de guide dans l'embarras où se trouvait placé le clergé. Beaucoup d'évêquesy adhérèrent; M. de Cicé ne fut pas des derniers.

L'heure de la destruction définitive de l'église d'Auxerre avait sonné.

572 M. DE CIGÉ ,

1760 ï 1801. ^° ^"^'^ briser da même coup le grand pouvoir du Chapitre cathédral comme celui de la plus mince collégiale. Au mois de septembre i789, les chanoines, soit prévision du sort qui leur était réservé, soit aa contraire profonde sécurité, avaient ordonné de rédiger la biographie de M. de Condorcet, pour, après approbation, être insérée à la suite du Gesla Pontifieum. M. Frappier venait de leur soumettre celles de MM. André Colbert et de Caylus, qui furent renvoyées h l'examen de six commissaires, parmi lesquels étaient MM. Vaultier et Arrault.

Les cérémonies religieuses, que demandaient de temps à autre les citoyens, ne soulevaient plus dans le Chapitre des questions de prérogatives menacées, de droits violés ; on les leur accordait avec empressement. C'était, un jour, une messe solennelle pour la fédération, un autre, la bénédiction des drapeaux de la légion auxerroise ou des arquebusiers.

Un fait singulier, qui ne doit cependant étonner qu'à demi, c'est qu'en i790 les députés de la ville vinrent encore au Chapitre demander, selon Tusage, une procession générale pour célébrer l'anniversaire de la délivrance des huguenots.

Les électeurs du département, réunis à Auxerre, le i2 avril 1790, ayant résolu de tenir leur assemblée dans la cathédrale, parce qa'iis étaient trop à l'étroit dans la nef de Saint-Germain, le Chapitre s'émat de la longue interruption que cela allait apporter dans ses cérémonies. Il résolut de faire des représentations ; puis, ayant appris indirectement que, malgré tout, l'assemblée persistait à se rassembler dans la cathédrale, il se résigna , changea seulement ses heures d'offices , et la grande grille du chœur fut fermée.

Lorsque l'administration du district d'Auxerre fut installée aux Jacobins, au mois de juin 1790, le Chapitre lui envoya une députation pour la complimenter. M. Yiart portait la parole ; il essaya de paraphraser quelques-unes des idées à l'ordre du jour sur les réformes et les travaux de l'assemblée ; mais on voyait qu'il ne parlait que du bout des lèvres.

L'administration du département commença, le 15 novembre 1790, à mettre à exécution définitive la constitution civile du clergé, en annonçant officiellement aux municipalités que le département ne formait

CEr>lT CINQUIÈME ÉVÊQUE d'aUXBRRE. 575

plus qu'un seul diocèse dont Tévéque siégeait h Sens. Elle défendit en ^^qq ^ ^^^^ même temps a ses administrés de s'adresser à tout autre évéque, et décida que le nouveau titulaire serait invité k procéder incessamment k l'organisation de son clergé et k rétablissement d'un séminaire, suivant le mode déterminé par la loi.

Le 26 novembre eut lieu la dernière assemblée légale du Chapitre caihédral. Il acceptait, avec résignation, depuis le commencement de la révolution, tous les coups que l'on portait à l'antique hiérarchie.

Cependant, il avait eu, un instant, au mois de mai 4790, l'intention d'envoyer une adhésion k la déclaration d'une partie de l'assemblée nationale, au sujet de la religion. Puis il fut décidé qu'on attendrait une occasion favorable de « manifester les vrais principes qui animaient le B Chapitre sur ce qui se passe relativement à l'état actuel de la religion 1 catholique, apostolique et romaine (i). »

Le département, continuant d'exécuter la loi nouvelle, résolut de faire fermer tous les chapitres et collégiales du déparlement qui attendaient de jour en jour leur sort. Un arrêté du 29 novembre, signifié au Chapitre cathédral le lendemain par MM. Bourasset et Martin, administrateurs du district, et Soufilôt, procureur-syndic, mil fin k son existence. M. Yaultier, qui présidait les chanoines en l'absence du doyen, reçat les députés et leur répondit par ces nobles paroles :

« Messieurs,

< Quoique les ordres qui nous sont intimés soient très-aiSigeants » pour nous, nous ne perdrons cependant jamais de vue que les minis-' » très des saints autels doivent l'exemple de la soumission.

> Chargés par état des augustes fonctions de la prière publique, » du précieux dépôt de la tradition de cette ancienne église, conseillers-

> nés des pontifes, et exerçant leur juridiction pendant la vacance du

> siège, nous ne cesserons de satisfaire k ce concours d'obligations que

> par l'impossibilité où nous allons être réduits de les remplir.

» Si, cependant, il pouvait nous être permis de vaquer k la prière

(1) Reg. de délibérations. — Archives de l'Yonne.

374 M* Dfi cict,

)76o a 1801. ' publique, oous coaiinuerions ce saint exercice en vue de la gloire de » Dieu, du bonheur de TEtat, de la sanctification des peuples, et pr » notre propre consolation.

» Nous vous prions de vouloir bien consigner notre vceu, ï cel » égard, dans votre procès-verbal, comme un monument de notre alta- > chement^ le plus fidèle à nos devoirs, et de notre reconnaissaDce » envers les fondateurs de cette église.

> Nous vous prions encore d'y faire mention de la déclaration so- » lennelle que nous faisons tous, aujourd'hui, de professer josqa'aD » dernier soupir la foi catholique, apostolique et romaine, et d'élre • inviolablement attachés à TEglise, h ses principes, a ses pasteurs etè » son chef. »

Cette profession de foi , qui termine l'histoire du Chapitre, moatre que ce corps pensait bien différemment alors qu'en i750.

Ainsi finit le Chapitre cathédral de Saint-Etienne d'Auxerre, et a?ec loi l'église de ce diocèse. Fondée au lu^ siècle, elle avait vécu quinze cents ans et fourni k la France un grand nombre de prélats distingués qoi par leurs travaux et leurs services ont acquis des droits éternels i b reconnaissance du pays.

Les mêmes scènes se répétèrent à Toucy, à Sainl-Fargeau, à Yarzy, h Gien, k Clamecy. Toutes les collégiales furent fermées et le diocèse d'Auxerre fut effacé de la carte officielle de la France ecclésiastique.

Un décret du 27 novembre venait de donner le dernier coup a ce qui restait encore d'anciennes institutions religieuses, en ordoDDaotqoe tous les évéques et curés qui, dans la huitaine, n^auraient pas fait le serment de fidélité k la constitution civile du clergé , seraient regardés comme démissionnaires.

M. de Cicé qui, k l'Assemblée nationale, était dans le parti de Topposition, ne pouvait prêter les mains k cedécret; il fut donc déchu de fait de son autorité épiscopale ; mais son clergé, du moins pour la grande majorité, ne le suivit pas dans sa résistance et prêta serment. Il appnt celte conduite aux eaux d'Ems où il s'était rendu, en vertu d'un congé qu'il avait obtenu le 14 mai 4790. En lisant le Moniteur du 22 février i 791, il put voir notamment ce que M. Lepelelier annonçait à TAssem*

CENT CINQUlèME tyÈQllE d'aUXERRE. 575

blëe nationale, que tous les ecclésiastiques fonctionnaires du district ^^^ | j^^. de Saint-Fargeau avait prêté le serment(l) •

A Auxerre, le serment fut demandé au clergé avec appareil et céré* monie. Le maire et les officiers municipaux, escoités de gardes natio« naux, se transportèrent à cet effet chez les curés. Très-peu d*entre eux le refusèrent. Leur exemple fut suivi par les Bénédictins professeurs du collège (2).

A la nouvelle de ces coups répétés dont était frappée TEglise de France, le pape Pie VI fulmina, le iO mars et le i 5 avril 1791, deux brefs adressés, le premier aux évéques de l'Assemblée constituante, le deuxième à tout Je olergé et aux catholiques de France. Il y signalait tous les^ vices de la constitution civile du clergé et flétrissait les nouvelles élections des évoques qu'il déclarait illégitimes et schismatiques, et il ordonnait k tous les ecclésiastiques qui avaient prêté le serment, de le rétracter dans les quarante jours sous peine d'être suspens de Texercice de tous Ordres.

M. de Cicé attendait ces actes du souverain pontife pour s'opposer publiquement, dans son diocèse, à l'empiétement commis par M. de Lo* ménie, qui avait été élu évêque dans le département de l'Yonne. Il envoya à ses ouailles une ordonnance datée des eaux d'Aix-la- Chapelle, le 4 juin 1791, dans laquelle il reproduit les brefs du pape et déclare les accepter entièrement ; et en conséquence « il rappelle à

> l'obéissance les ecclésiastiques de son diocèse qui ont eu le malheur 2> de consentir une prestation pure et simple du serment, et ceux qui,

> ne se bornant pas à cette première contradiction, se seraient ingérés » dans la charge des âmes, sans une mission expresse des dépositaires de

> de l'autorité spirituelle. >

M. Viart reçut cette ordonnance et la distribua de son mieux dans les

(1) 11 en fat de même dans le Donziois, où la plupart des curés se soumirent à la Constitution.

(-2) Il se passa alors à Saint-Fargeau un fait qui montre dans quelle disposition d'esprit étaient beaucoup de gens sur les questions religieuses. Les Bénédictines devant procéder à l'élection d'une supérieure et d'une économe, ce fut un officier municipal qui présida l'opération et qui déclara canoniqucment élues les nouvelles dignitaires. (28 mars 1791. — Archives de TYonne. Kelig. Bénédictines.)

576 M. DE GIGÉ ,

1760 à 1801. pai*oisses. Elle fit rétracter quelques prêtres de bonne foi. Cependant onze curés du district d'Âuxerre, avaient refusé le serment ou étaient démissionnaires. Six l'avaient prêté avec réserves, 66 purement et simplement, ainsi que 15 vicaires. L'administration du district, en signalant cette situation le 51 mars 1791, décide que les défaillants seront invités par les maires h se mettre en règle, sous peine de destitution, et que les curés démissionnaires seront remplacés. Un arrêté du département du 20 janvier précédent avait suspendu le paiement du traitement des prêtres non assermentés. L'Assemblée constituante avait voulu, en faisant élire les prêtres des paroisses par les citoyens, en revenir h la primitive église; mais l'imitation ne réussit pas: il y avait trop peu de foi dans les hautes classes, et le mode nouveau paraissait entaché de simonie, puisque l'autorité spirituelle au nom de laquelle on disait agir protestait de tout son pouvoir.

II est temps de parler du nouvel évêque du département, M. Loménie de Brienne, né k Paris en 1727, successivement évêque de Condom (1761), archevêque de Toulouse (1765), et enfin archevêque de Sens (1788) , et cardinal. Il s'était montré très-partisan des idées nouvelles. En 1787 étant entré au ministère, il présenta Pédit qui accordait l'état civil aux protestants. Il adhéra, lui quatrième des évêques de France, à la constitution civile du clergé, et fut élu évêque du déparlement de l'Yonne par les citoyens, vers la fin de 1790.

Il changea alors son ancien titre (1). En prenant la direction de ce nouveau diocèse, il désigna pour son vicaire général, à Àuxerre, un génovéfin dont nous avons parlé plus haut, M. Pasquier, prieur de Saint- Amatre, qui avait fait beaucoup de bruit dans le pays, en 1786, par ses prétentions à percevoir la dime sur les vignes de sa paroisse. Les douze paroisses de la ville avaient été réduites à quatre : celles de Saint- Etienne, de Saint-Père, de Saint-Eusèbe et de Notre-Dame-la-d'Hors.

(1) M. de Loménie, en conséquence des principes qu^it venait d'adopter, avait, le 28 avril 1790, prêté le serment civique entre les mains des officiers municipaux de Sens. Il profita de cette occasion pour faire connaître ses sentiments qui, dit-il, sont tous inspirés par la soumission à la puissance publique, l'amour de la paix et le maintien de Tordre et de la tranquillité.

CENT CINQUIÈME ÉVÊQUE d'aUXERRE. 577

Les trois premières subsistent encore aujourd'hui (I). M. Julien, curé yj^^ igoi. de Saint-Loup, fut élu par 57 citoyens pour curé de la paroisse de Saint- Etienne, ci-devant cathédrale (15 mai 1791). Les autres églises, dont les pasteurs avaient refusé le serment, furent pourvues de la même manière. L'autorité administrative proclamait les noms des élus et un Te Deum chanté 2i la suite de Téleclion leur servait de consécration (2). L'évéque avait, au mois de février 1 791 , recommandé au nom de la charité l'acceptation de la constitution. Il essaya au mois d'avril d'organiser nn séminaire diocésain. Il en soumit le plan h l'administration départementale qui arrêta la création d'un vicaire supérieur et de trois vicaires directeurs de la maison, pour la conduite et l'instruction des élèves. Trois mille livres furent votées pour cet établissement.

Le pape, en apprenant la conduite de M. de Loménie, n'avait pas tardé à le blâmer sévèrement py un bref qu'il lui adressa et dont des copies coururent la ville de Sens dans le mois de mars 1791. En lui reprochant son adhésion à la constitution civile du clergé, Pie YI lui dit qu'il était la honte de la dignité archiépiscopale et du cardinalat, que son immixtion dans le gouvernement d'un diocèse étranger sur la simple autorisation de la loi civile, était un crime détestable qui devait être expié ou par une prompte rétractation ou par une dégradation éclatante (5), Le prélat, cruellement mortifié, abdiqua avec éclat le cardinalat, persista tout à fait dans la voie où il était entré, et renvoya au pape le chapeau , marque de sa dignité.

Cependant, l'administration civile continuait k pratiquer officiellement le culte catholique, et l'on ne peut révoquer en doute la bonne foi des administrateurs qui étaient alors à la tête du district d'Àuxerre et du département. Le district d'Auxerre décida, au mois de juillet 4791 , qu'une messe solennelle serait célébrée à l'église Saint-Etienne, pour

(1) Par arrêté du département du 28 bramaire an ii, les trois dernières paroisses furent supprimées et réunies à celle de Saint-Etienne qui fut maintenue provisoirement.

(2) 11 ne fallait quelquefois qu'un bien petit nombre d'électeurs pour choisir le curé. Celui de Lalande fut élu par 23 suffrages dans une assemblée présidée par M. de La Bergerie, à Saint-Fargeau.— Archives de l'Yonne. Elections.

(3) Bref du Pape.

578 M. DE ClCÉi

1700 il 1801. l'aoniversaire de la fédération du 14 juillet de Tannée précédente. On fit encore, le 15 août suivant, à Âuxerre, la procession pour raccoroplissement du vœu de Louis XIIL Le 14 octobre, une messe d'actions de grâces réunit toutes les autorités pour remercier Dieu de la proclamation de la constitution. Ces usages religieux continuèrent en 1792, et Ton vit encore les prêtres constitutionnels prêter leur concours k toutes les fêtes populaires. Plusieurs d'entr'eux étaient des hommes distingués. On cite le curé Tingault, de Coulanges-la-Yineuse, qui fut longtemps maire; le curé Carré, de Sainte-Palaye ; Dhumigny , curé de Cravan, etc. Mais leur influence religieuse était généralement nulle sur les vrais croyants, et maigre Tentêtement janséniste de certaines paroisses « les brefs du pape avaient fait reculer bien des fidèles. D'ailleurs, Tautorité de M. de Cicé n'était pas entièrement disparue. Quelques prêtres, qui l'avaient rejoint à Ems , Taidaient de leurs conseils pour le gouvernement de son troupeau dispersé. M. Yiart, demeuré k Auxerre, le représentait et avail tous ses pouvoirs spirituels. Pendant quelque temps on lui envoya encore une partie des revenus de Tévêché, mais cette ressource ne larda pas k manquer (1). Signalé comme émigré par la municipalité d'Auxerre, le 29 avril 1792, ses biens furent séquestrés et bicnlôt après vendus. M. de Cicé avait pour compagne dans son exil M''® Elisabeth de Cicé , sa sœur. Celte famille eut d'étranges vicissitudes pendant la révolution. Jérôme, frère de Tévêque d'Auxerre, archevêque de Bordeaux, émigra en Angleterre ; Augustin , son troisième frère, qui s'était réfugié k Hambourg, y forma un petit commerce d'épicerie, tandis que sa femme travaillait k la couture; enfin, Adélaïde de Cicé, autre sœur de notre évêque, se trouva impliquée dans le procès de la machine infernale qui éclata au passage du premier consul, en

' l'an VIII. MM. Delart et Closet, deux chanoines, disaient k Auxerre

(1) L'abbé Digard, chargé de sa procuration, réclama au directoire du département, au mois de février 1792, le reliquat du compte de révèché de 1790 et ld,000 1. pour les. trois premiers trimestres de la pension de M. de Cicé en 1791, enfin 5,0001. pour le premier trimestre|de 1792. Sa requête fut repoussée complètement, attendu, disait-on, que le pétitionnairene remplissait aucune des conditions des lois, qu'il prenait des qualités proscrites (celle d'évéquc d'Auxerre), et qu'il était absent de France depuis plus de six mois.

CENT CINQUIÈME ÉVÊQUB d'aUXERRE. 379

ia messe aux catholiques. Les paroisses de la campagne, dont les ^j^ ^ j^^ prêtres avaient prêté le serment, demearèrent quelque temps dans le caime» mais il n'en fut pas de même dans celles où les anciens curés avaient été remplacés. L'irritation commença k diviser les citoyens et fat le prélude de plusieurs des malheurs qui allaient souiller la révolution.

 Chevannes, par exemple, on vit le curé Letellier s'opposer énergiquement en chaire k la prise de possession de son successeur constitutionnel. Il l'accusa d'être un intrus, d'être un loup dévorant qui s'introduisait dans la bergerie pour dévorer les brebis, et de n'avoir aucun pouvoir légitime. Il écrivit au district d'Auxerre une lettre où on lisait ce passage : « Quand vous enverrez votre élu , je serai chez moi, je lui céderai ce que j'ai reçu de la nation, le presbytère, l'église de pierre et mon traitement; je garderai ce que j'ai reçu de l'Eglise, les brebis et l'autorité nécessaire pour les conduire dans le silence et la retraite (1). >

Son vicaire avait adhéré à cette déclaration ; ils furent déférés tous deux au tribunal correctionnel.

 Toucy, le curé Jaillard avait, ainsi que son vicaire, prêté le serment sous condition. Ils furent tous deux accusés de fomenter des troubles. Le premier s'était éloigné de Toucy, mais il entretenait une active correspondance aTCC son vicaire et des dames du pays. La municipalité intercepta les lettres et dénonça l'affaire au Département qui la renvoya devant l'accusateur public, au mois de février 4792.

Mais la conviction qui animait les prêtres constitutionnels au commencement de la révolution, parait les abandonner en 179%. Une lettre de M. de Loménie a l'administration du département, à la date du 1^' juin, lui signale avec regret les rétractations qui commençaient k avoir lieu, de la part, dit Tévêque, d'ecclésiastiques qu'on n'aurait pas dû soupçonner (2). Il devenait fort embarrassant de remplacer les rélrac-

(1) Lettre du 12 mai 1791. — Registre du département, arrêté do tt novembre suivant.

(2) Un prêtre qui avait pris une part active aux premiers événements^ le curé Carré, de Sainte-Palaye, écrivant à l'administration du district d*Auxerre^ au mois

1760 il 1801. tataires (1) qai, demearant sar les lieux, avaient un parii prêt h lutter contre le nouveau titulaire.. C'est surtout la pénurie de sujets qui préoccupe M. de Loménie ; il annonce que le séminaire en fournira très-peu et que la disette va devenir de plus en plus grande. L'administration ne vit pas plus de moyens d*y pourvoir que lui ; et, préoccupée de questions instantes, elle ne tarda pas à perdre celle-lh de vue (2). Néanmoins elle opéra un bien dont il faut lui savoir gré dans l'intérêt des sciences et des lettres. Lorsque le docte P. Laire (5), que la révolution surprenait au milieu de ses livres, offrit au conseil-général du département, présidé par M. Lepeletier de Saint-Fargeau, ses services pour la conservation et la classification des ouvrages provenant des maisons religieuses, il fut bien accueilli, et on le chargea de la formation des catalogues de toutes les bibliothèques qui étaient déjà entassées dans les chefs-lieux des districts. C*est à lui qu'on dut, plus tard, la réunion à Àuxerre d'une grande partie des richesses bibliographiques du département.

La situation déplorable dans laquelle était placée la foi religieusct faisait naître chaque jour des agitations nouvelles qui poussèrent rassemblée législative à décréter la déportation des prêtres non assermentés. Louis XYI mit son veto^ celle mesure, ce qui amena la journée du 20 juin i792. L'administration du département, qui jusque-là n'avait ** pas pris chaudement parti contre les prêtres réfractaîres, et n'avait sévi que comme à regret, et sur les plaintes des sociétés populaires, Fadmioistration entra dans une phase de rigueurs contre cette classe de proscrits. Par un arrêté du i 8 juillet, signé Lepeletier, Maure atné et Foacier, elle ordonna aux municipalités de signaler aux districts les prêtres réfractaires, de les priver de leur traitement, de surveiller leur conduite

de juillet 1792, était bien désillusionné. Il se plaint de la défiance qui s'élève contre les prêtres et la religion chrétienne, que des esprits exaltés et ennemis du calme veulent proscrire, avec les abus dont on demandait depuis des siècles la réforme. Les prêtres, dit-il, s'interdisent même entre eux toutes visites de bienséance ou d'amitié, pour éloigner tout ombrage.

(1) Mot créé pour la circonstance.

(2) Archives de l'Yonne, administration ecclésiastique.

(3) M. Laire, un des plus savants bibliophiles du dernier siècle, se trouvait bibliothécaire de M. de Loménie, à Sens, au moment de la révolution.

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