‹ Mémoires concernant le cardinal de RetzChapitre 4 sur 10 · J MÉMOIRES · texte numérisé non relu

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cipal sea*étaire de don Louis de flaro, qui amena une litière du roi d'Espagne , et qui apporta tous les ordres nécessaires pour le passage du cardinal en Italie , avec une bourse de quatre mille pistoles , et des lettres de crédit jusqu"^ la somme de cinquante mille éeus. Il lui en offroit beaucoup davantage , s'il vouloit aller à Gharleville ou à Mézières.

Joly, quiavoit été de cet avis le premier, fit tout son possible pour engager le cardinal à le suivre , lui représentant que c'étoit Tunique moyen d'engager le cardinal Mazarin à s'accommoder avec lui , en lui faisant peur d'une nouvelle union avec M. le prince; que Rome ne serait pour lui qu'un lieu d'exil trop éloigné pour pouvoir rien faire de considérable ; que le cardinal Mazarin , bien loin de le craindre là , ïj souhaitoit depuis long-temps , puisqu'il le lui avoit fait proposer ifdusieurs fois-, que le Pape étoit vieux, et incapable d'agir avec vigueur ; qu'après lui il en pourroit venir un autre moins favorable ; qu'au pisaller il ^^eroit aisé au cardinal Mazarin d'éluder en France tout ce qui pourroit se faire à Rome contre lui, en se couvrant de l'autorité du Roi , des lois de l'Etat, des maximes desparlemens, et des libertés de l'Ëglise gallicane ; et qu'enfin il ne voyoit rien de plus réel que les offres du duc de Noirmoutier, de le rendre maître d'une Ixmne place frontière , d'oà il lui seroit aisé d'entretenir ses intelligehces avec ses amis, de traiter avec M. le prince , et dans un besoin avec les Espagnols. Eji tout cas J oly conseilloit fortement au cardinal de Retz d'accepter les quatre mille pistoles qui lui étoient en quelque façon nécessaires dans l'éta); où il se trouvoit, espérant que ce petit enga-

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gement le pôurroit mener plus loin : que quand il ne les prendroit pas , on ne laisseroit pas toujours de laccuser d'en avoir pris ; que les eng^emens de cette nature ne gâtoient jamais le fond des affaires , ot n'ëtoient regardés que* comme des bagatelles quand on venoit à un s^ccommodemeat ; qu en allant à Rome , il ne pôurroit subsister honorablement que sur la bourse et le crédit de ses amis , gui pourroient avec le temps manquer de pouvoir et de bonne volonté ; et qu'enfin il devoit éviter avec un grand soin de laisser connoitre aux Espagnols qu'il ne vouloit recevoir d'aux aucun secours : qu'autrement il pôurroit arriver que non-seulement ils nëgligeroient entièrement ses intérêts à Rome, mais qu'ils le traverseropent , et le sa« crifieroient peut-être au cardinal Màzarin. Mais toutes ces raisons furent inutiles : le cardinal de Retz de-* meura ferme dans sa résolution d aller à Rome. Beau-r chêne et le sieur de Salles, récemment venus de Paris, lui firent entendre que c'étoitle sentiment des ducs de Retz et de Brissac , et de tous ses amis de Paris. Il refusa aussi les quatre mille pistoles du roi d'Espagne, et il aima mieux en emprunter quatre cents du baron de Vatte ville pour continuer son voyage , qu'il lui a fait rendre depuis. Il accepta cependant la litière du roi d'Espagne, et il laissa un chiffrç à Christoval, dont il promit de se servir dans l'occasion pour donner de ses nouvelles à don Louis de Haro. 11 tira de lui par rôle de secourir les ducs de Retz et de Brissac , s'ils étoient attaqués dans Belle-Ile , comme on les en menaçoit. C'est ce qu'il leur fit savoir par Beauchêne, qu'il leur envoya pour leur apprendre de ses nouvelles. Après cela le cardinal se mit en chemin le premier

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jour d'octobre, dans la litière du roi dTspagne, avec Joly etBoisguërin, de Salles et Du Brocard, qui le suivoient montés sur des mulets'^ et le maitre-d'hôtel du bîffonde Vatteville , qui fit la dépense du voyage. Le premier jour ils allèrent coueher à Tolosette , à quatre lieues de Saint-Sébastien^ et le lendemain, à la dînée, ils rencontrèrent quelques marchands français qui reconnurent fort bien le cardinal et Joly, quelque soin qu'on prît de se cacher d'eux. Le reste du voyage se passa assez agréablen^ent, à }a réserve des lits, qui sont rares en Espagne, même dans les hôtelleries, où il fatut porter tout ce dont on a besoin. Çn passa près de Pampelune , et ensuite par une petite ville appelée Tudela , où le peuple s'étoit soulevé contre la noblesse , au sujet de la chasse : ce qui fut cause qu'on mit des gardes devant la maison du cardinal , les habitans s'étant imaginé qu'il venoit pour châtier les séditieux , parce qu'il voyàgeoit en équipage d'homme de guerre, sous le nom de marquis de Saint-Florent, bourguignon-, de sorte qu'il fut retenu dans cWtte vilk pendant trois jours , et obligé , pour avoir la liberté d'en sortir, d*écrire au vice-roi de Navarre à Pampelune , qui lui fit sentir qu'il n'étoit pas content de-n'avoir reçu aucun complimenl de sa part en passant aux portes de sa capitale (0. De là on se rendit à Sarragosse , ville grande et beiïe , où il y a une église célèbre par une image de IsrViergeap^

(i) La vie du cardinal fut en fort grand danger à Tudela, quelques mutins ayant propose d'entrer chez lai de force pour Passassiner : c< qui lui faisoit dire long-temps après qu^il surpassoit Henri iv en ud point, puisque la vie de ce prince n'avoit été en danger qu'onze fois, et que la sienne y avoit cle quinze. ( JYote de Pautcur. )

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pelée N. Senora DêlpiUlr^ r^nôrtiiiiée par les nvirades. Le cardinal y étant allé au coittrUencemeiit de là nuit pour faire ses prières, on lui ouvrit les portes de l'église qui étoient ferftiées ; on ôta même les ortiemens de rîmage, pour la loi laisser voir : ce que le^ chanoines lui dirent qu'ils ne faisoient que pour leà cardinaux ou les princes. C'enétc^assez pour lui faire connoître qu'ils savoient qui il étoit : mais le cardinal ne veuloit point être désabusé là-dessus , prétendant voyager toujours hcognitOy et faisant de son mieux pou^imïter les'raanières des cavaliers. Il s'imàginoit toujours qu'on le poursuivoit criminellement eii Franèe sur son paséage en Espagne -, et ce fut cette crainte qui l'obligea de se conduire comme illfit à Saint-Si^bastien et aiUeurs avec les Espagnols.

Enfin ^ après plusieurs tnauvais gîtes, on arriva le i4 octobre à un bourg du royaume de Valeace sur le bord de la mer, nommé Vivaros. Le lendetiiain mâtin on y trouva une galère toute prête , dont lé commandant don Fernando de Carillo, chef d'escadre , jeune gentilhomme fort bien fait et fort sage, Vint aussitôt saluer le cardinal €e Retz, et lé suivit. à l'église. Il communia à Isf fin de la messe en l'honneur dé la fête de sainte Thérèse : après quoi il se rendit sur là galère, dont il eùvoya la felouque vers les sit heures dû soir, pour porter lui et son monde à bord. Il y fut reçu sans aucune cérémonie, tout le monde feignatit de ne le point connoître, et le contiois^aht pourtant. La galère étôit îùti bien équif>ée : il y âvoit dessus -ent vingt sdldats effectifs, quatre-vingts matelots, ?t vingt-huit bancs dé chaque coté , avec sept ou huit brçété à chaque rame.

Il étoit arrivé un peu auparavant à Yivaros un genûlhomiue '.parent de don Louis de Haro, appelé don Christoval , qui présenta, de la part de ce ministre, au cardinal deux grandes caisses pleine^ de gants et de peaux d'Espagne. On trouva dans une àe ces caisses plusieurs bourses pleines d'or que le cardinal refusa encore une Jpis, n'ayant voulu accepter que les gants et les sentçurs, qu'on estimoit plus de deux mille écu» , qu'il donna ensuite à don Fernando de Çarillo , à la réserve de quelques çaires de gants. Ce procédé parut noble et généreux, comme il l'étoil, aux Espagnols, qui se piquent de ces galatiteries ^ mais comme ils s'étoient promis autre chose de lui , cela ne fit pas tout l'effet qu'il s'étoit imaginé. 11 fit aussi des largesses considérables, parcapport à ses finances, au maître-d'hôtel du baron de Vatteville, quoiqu'il lui eût fait assez mauvaise chère sur le chemin. U en fit aussi à ceux qui conduisoient la litière.

Après cela onmit à la voile-, et la galère ayant vogué tout le jour assez favorablement, mouilla, sur les cinq heures du soir, dans une petite anse vis-à-vis de Majorque. Le lendemain, don Fernando ayant dit au cap dinal qu'il pouvoit descendre s'il le trôuvoit bon, et se promener dans la ville, attendu que le vent étoit contraire , Son Eminence mit pied à.terre , et fut régalée pendant trois jours par le vice-roi , qui fit aussi semblant de ne le pas connoitre , et engagea sa femme à donner le bal, pour lui faire voir tout le beau monde du lieu. Majorque est une des plus agréables villes do L monde, plus grande et plus peuplée qu'Orléans. Les f» femmes y sont fort belles : il n'en est pas de même des hommes, qui sont assez mal faits, mais fort braves

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et courageux sûr la mer. On donna aussi c^s 3ïëi^nades au cardinal dans des couvens de filles , et toutes sortes d'autres divertissemens -, après quoi le vent ayant changé, il remonta sur la galère, qui le mit en douze heures de temps au port de Mahon dans l'île de Minorque, un dès plus beaux havres de l'Europe. L'entrée en est fort étroite, et il est difficile qu'il y passe plus de deux galères de front -, mais il s'élargit peu à peu pendant deux lieues jusqu'à la ville de Minorque , qui est sur une hauteur au pied de laquelle le plus grand vaisseau s'amarre aisément aved des câblei>. Leshabitans, prévenus qu'il y avoit délapeste en Espagne, donnèrent pratique à la galère •, mais ils apportèrent des vivres et des rafraîchissemens sur le bord de la mer , et en reçureiïi' le prix dans du vinaigre. On fut obligé de demeurer dans cet état depuis le mardi jusqu'au dimanche matin^ à cause du vent contraire. Le vent ayant ensuite chafagé, la galère sortit du port, afin de découvrir quelques vaisseaux qui avoient paru sur la côte 5 mais n'ayant rien vu, elle fit le trajet du golfe de Lion, gagna les côtes de l'île de Sardaigne , et le lundi au soir elle fit ce qu'elle put pour aborder à Sassary, mais inutilement. Ce fut un grand bonheur pour le cardinal , l'armée navale de France qui menoit le duc de Guise à Naples (0 étant sur cette rade depuis quelquesjours; de sorte que le lendemain matin la galère s'étant trouvée

(i) Qui menoit le duc de Guise h JYaples : Henri de Guise e'toit pasi»« à Naples eh 1647 , et ayoit essaye de profiter de la révolte du peuple pour usurper ce trône. Après avoir obtenu quelques succès , il avoit été trahi , et livré aux Espi^ols. Etant sorti de prison en i65a , il fut charge en i654) par Louis xiv, d\ine expédition contre Itapics. Cette expédition échoua. .

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à l'embouchure du canal qui est entre la Sardaigne et nie de Corse, elle continua sa route à Gagliari, comme on Tavoit résolu ; et ayant entendu deux coups de canon tirés h balle Tun après l'autre avec un petit intervalle , don Fernando jugea que c'étoit un avis qu'on lui donnoit de terre de la proximité de cette flotte , qu'il savoit devoir être en mer : ce qui Fobligea de faire iponter un matelot au haut du mât, pour voir s'il ne décoùvrircit pointde^voile hors du canal , dont on étoit près de sortir , afin de se retirer en cas" de besoin h Capo-Bonifacio. Le matelot ayant dit qu'il ne voyoit que deux tartanes qui couroientle long de la terre, qU*il jugea être des corsaires de Barbarie, le commandant ordonna de leur donner Ja chasse. Les soldats et la chiourmé marquèrent une grande joie d(» cela : rftais le pilote ayant mal pris sesmesures , la galère échoua , un moment après être sortie du canal , sîir un fond de sable entre deux p^its rochers. Heureusement elle ne se fit point de mal, parce que la mer étoit calme, et qu'il ne faisoit presque point de vent : cependant les forçats ayant voulu rompre leurs chaînes pour s^e ssn^er, don Fernando et tous les soldats mirent l'épée à la main, et les contraignirent de se rasseoir : après quoi il fit mettre 1^ felouque et l'esquif en mer , pour porter le cardinal et ses gens , avec quelques autres passagers , sur le» rochers, pendant qu'on travailloit à décharger la galère pour la remorquer : ce qui réussit au bout de trois heures , après beaucoup de fatigues et de peines. Ensuite on alla mouiller à Porto -Vecchio, où l'on passa la nuit ^ et le lendemain , qui étoit la fête de saint Simon et saint Jude , le vent n'étant pas

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propc^ pour continuer le voyage , on mit pied à terre pour entendre la messei Mais, pendant quon la disoit, quelques eavalier^ étant venus avertir que larmëe navale de France etoit à Cagliari, don Fernando fit rembarquer tout le monde. Cependant la laer étant fort grosse , et le conseil s'ëtant assemblé , on ne jugea pas à propos de lever Fancre , tous ks officiers étant convenus qu'il étoit impossible aux vaisseaux de guei^ de venir sur la galère pendant ([ue ce vent -là dureroit; que s'il changeoit^.^lle auroit toujours beaucoup d'avance , ef^u'il lui serqît aisé de gagner un port. Malgré ces considérations et le mauvais temps qui continuçit toujours , don Fernando ne laissa pas de mettre à la Voile le lendemain de la fête à quatre heures du matin, contre le sentiment des officiers subalternes , qui firent même leurs protestations par écrit. Eu efiet la tempête fut si violente depuis les cinq heures du matin jusqu'à cinq heures du soir, que tout le monde se préparai à la mort par la confession , le naufrage paroissant inévitable. Cependant, comme le vent n'étoit pas contraire, on ne laissa pas d'avancer beaucoup ; et la galère s'étant trouvée près d'une petite île appelée la Riuara vers le commencement de la nuit , tout l'équipage s'écria : Terra j terra! et voulut se jeter à la mer, dans la pensée que la galère alloit se briser contre terre. Cela sie^roit arrivé , si le commandant n'eut fait changer la manœuvre pour gagner la pointe de l'ile au dessous du vent , où la mer s'étant trouvée moins agitée , tout Téquipage s'écria, en siguj^ de réjof issance , Calma^ calnui! Elle étoit pourtant encore assez agitée pour empêcher l'usage des rames, dont on entreprit inuti-

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lemetit de se servir pour se mettre plus à l'abri, la mer en ayant rompu plusieuî:^-, de sorte que don Fernando fut obligé de faire jeter deux ancres, qui prirent heureusement toutes deux. Après cela il passa dans la chambre du cardinal pour lui dire qu'il avoit couru de fort grands dangers , mais qu'il en étoit dehws; quil falloit penser à se reposer, et que le lendemain il espéroit gagner Porto-Longone. Ce gentilhomme avoit plus besoin de re^^s que personne, s'étafût extrêmement fatigué tout le jour , et ayant veillé sur tout ce qui se passoit avec une attention extraordinaire, sans quitter le lieu d'où il donnôit ses ordres que pour aller rendre compte au cardinal de l'état des choses.

Le lendemain , la mer étant beaucoup plus calme, on leva les ancres à quatre heures du matin , et on arriva sur les neuf heures à Porto-Longone, où tout le monde fut étonné de voir arriver une galère, après la tempête qu'il avoit fait le jour précédent. Peu de temps après le vent recommença d'une si grande force, qu'il ne fut pas possible de passer à Piombino , quoiqu'on le tetitât par trois fois. Cela donna le loisir au cardinal d'aller voir Porto-Ferrajo , autre port de l'île d'Elbe , qui appartient au grand duc de Toscane.

Enfin le 3 novembre i654 on prit terre à Piombino, où le cardinal de Retz se démasqua et se laissa connoître. En avançant dans les Etats du grand duc de Toscane, on trouva, dans la première. ville où Ton coucha , des officiers de Son Altesse qui avoient ordre de traiter le canflinal aux dépens de leur maître: ce prince ayant ^eu la précaution d'en dépêcher plusieurs en difFérens endroits pour le même su-

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jet , sur l'avis qu'il avoit eu de son passage en Italie.

A une demi-lieue de là , on rencontra le maître des cérémonies de Son Altesse, qui apporta des lettres de la part du grand duc au cardinal de Retz , remplies d'offres et d'honnêtetés les plus obligeantes du monde, mais accompagnées de prières qu'il ne trouvât point mauvais si on lui faisoit faire une espèce de quarantaine (à cause du mauvais aîr qu'on disoit régner en Espagne) dans un petit lieu nommé Spedalettà , qui est une maison presque seule dans les montagnes proche de Volterra , peu éloignée du champ de bataille où Catiltna fut autrefois défait par l'armée de la république romaine. On y trouva un maître-d'hôtel , un officiier, un sommelier, qui traitèrent splendidement le cardinal pendant le séjour qu'il y fit. Au reste , il y a bien de l'apparence que le grand duc se servit du prétexte du mauvais air pour se donner le temps d'écrire en France, et pour y faire trouver bon le passage qu'il donnoit si honnêtement à Son Eminence.

Le premier soin du cardinal de Retz dès qu'il fut en terre ferme fut de dépêcher un courrier exprès à l'abbé Charier pour le faire venir à Spedalettà , pii il arriva au bout de quatre ou cinq jours : tellement persuadé que le cardinal devoit donner sa démissions, qu'ayant rencontré en arrivant Joly et Boisguérin qui se promenoient à deux cents pas de la maison, la première chose q^'il leur demanda fut s'il ttfy étoit pas disposé : à quoi les autres ^yant répondu qu'ils ne le croy oient pas , il en partit chagrin, et dit que si cela étoit, il -n'y avoit rien à faire pour lui en Italie. Ensuite il fit son possible pour inspirer cettp résolution aii^cardinal ,. qui de lui-même y étoit assez

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^isposë : mais coTimie il reçut dans le tuépie temp» des lettres de ses amis de Paris tjui Fen dëtournolent toujours fortement, et qui lui offreient leurs bourses pour s entretenir dans Rome honorablement, pourvu qull ne s'engageât point dans de trop grandes dépenses, les remontrances de l'abbé Charjer ne servirent de rien , quoiqu'il s'offrît d'aller à Paris pour convaincre ses amis de ]a nécesîsité de la démission, et pour disposer la cour à la recevoir favorablement Ge projet fut remis jusqu'à ce qu'on fût à Rome, où l'on verroit de plus près ce qu'il y auroit à faire.

Cependant comme le cardinal manquoit d'argent^ ayant fait distribuer ce qui lui restoit aux ofiiciers et à l'équipage de la galère , il pria l'abbé Charier , qui retoumoit à Rome pour lui préparer un logis , de passer par Florence, et de demander une somme de quatre mille écus au bailli de Gondy son parent, et secrétaire d'Etat du grand duc , pour le conduire jusqu'à Rome : ce qu'il n'obtint pas sans dii&culté. Après cera\Son Altesse lui envoya une litière pour le porter c)e Spedaletta, où il avoit passé quince jours, à 1 Ambrogiano , maison de plaisance où il trouva le grand duc , la grande duchçsse et le prince, qui le régalécçnt parfaitement bien eu toute manière pendant un ÎQUr et demi, quoiqu'il y fût incognito M. Les «on* yersations ne roulèrent que sur le sujet du v&yage çn général , sans entrer autrement daoft 1$ détail des affaires , à la réserve du conclave âfttur, qu'on disoit fort prochain à cause 4ui grand âge et de la mauvaise

(i) Le grand difc dotM*a la pi-cnrïi ère place au cardinal de Retz , et le fii mettre sur un si^ge plus élevé (|iie*lé sien. Le cardinal reçut cei honneurs avec beaucoup 4e jsiodesiie. { Note de VauHeur, )

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s^nM du P^pe. Suc cela le duc s'ouvrit un peu ^yec Je cardinal , et lui Fecommaudafort le cardinal Chigi» lui laissant entendre qu'il le trouyeroit plus favorab|e et Qiieux; difjipsé que pas un autr^. à son égard.

De rAw^rçgiauQ au se rendit à Florence, où le cardli||^ Jea^i Ca^lo de Médicis traita magnifiquement le (^dii^al de Hetz pendant trois jours dans lé palais du grand duo, mais toi^jovirs incqg^iio^ II lui donna méiue le bal, à )a mode du pay^, dans une maison particulière, oùilavoit asserat^^ les plus belles damés de la ville. Il fut reçu à Picanes avec la même magnificence par Je prince ^Léopold qui en ëioit^uyeri^eur , et dana tous les antres lieux des ^tats^du grand duc, par où il passa jusqu| Radicofani -, après quoi le cardinal entra dans les Etats ecclésiastiques , toujours incognito^ et dans la litière du grand duc , jusqu'à Home, QÙ il arriva le 28 novembre i654.

Aussitôt que le ordinal de Retz {iit arriva, l'abbé Cbarier en fut porter la nouvelle au «pardinal^Chigi , secrétaire d'Etat, pour w informer Sa Sainteté, qui dès le lendemain lui donna une audience secrète , où il lui donna beaucoup de marques d'estime et d'a-^ initié , Tei^bortant à prendre patience et à se faire traiter pour sQn Bpwil d'épaule , %|ec promesse qu'on ne le laisserait manquer de rien. Le cardinal Cbig^ lui envoya ensuite faire des complimens et des excuses de ee qu'il ne le vpyeit point encore, disant que ç'étoit pour ne point donner d'ombrage à la faction de France , et pour ne pas se mettre hors d'état de lui fendre service : raisons dont il se servit en plusieufsautres occasions dans la suite, pour se dispenser d'accorder au cardinal de tlet^ les grâces qu'il deman-

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doit. Ce fut sous ce prétexte qu'il fit retrancher beaucoup des libéralités et des honneurs que Sa Sainteté avoit intention de lui faire. Il fit réduire à quatre mille écus les vingt milk qu'il vouloit lui donner , et il empêcha le Pape de le loger auprès de Ijii dans son palais de Montecavallo : disant qu'il feroit mieux de se loger dans une maison religieuse, où, vivant dJosun esprit de simplicité, de retraite et de modestie, il rendroit sa cause bien meilleure , et embarrasseroit davantage ses ennemis.

Ces conseils avoient quelque chose de plausible i la vérité , et pouvoient passer pour sages et pour sincères, du moins à l'égard du logement et de la conduite qu'il prescrivoit au ctrdinal , quoique peut-être une marque plus publique d'une protection ouverte auroit fait plus d'honneur au Pape , eit auroit été plas avantageuse aux affaires du cardinal de Retz. Mais certainement il ne devoit rien retrancher du secours d'argot, dont il savoit que le cardinal de Retz avoit un extrême besoin ^ et ce ^»cours pouvoit se donner suivant l'Evangile , sans faire soutier la trompette. ^ Il y eut encore une autre affaire dans laquelle le cardinal de Chigi marqua peu d'inclination pour les intérêts du cardinal de Retz , quoiqu'il s'efforçât de persuader le contraire. Ce fut au sujet d'une lettre fort bien écrite qu'il adressoit à tous les évêquesde France sur l'état des affaires , et dont messieurs de Port-Royal étoient les véritables auteurs. Le sieur de Verjus , qui depuis fut son secrétaire , la lui avoit apportée à l'Ambrogiano , avec d'autres dépêches da père de Gondy : et le cardinal de Retzayant résolu de la faira imprimer pour l'envoyer à Paris , il en fit de-

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mander la permission au Pape, dans la vue de donner à celte lettre plus de poids et plus d'autorité par une approbation tacite de Sa Sainteté. Mais le cardinal de Chigi, qui vouloit ménager la faction de France pour le conclave prochain, détourna la chose adroitement, après avoir enveloppé ce refus dç plusieurs considérations qui avoîent toutes, selon lui, rapport à l'avantage du cardinal de Retz, et qu'il fit trouver bonnes à l'abbé Charier , et l'abbé au cardinal de Retz, qui s'étoit laissé étrangement prévenir de l'affection sincère de cette Eminence. Cependant Joly, qui commença dès lors à ouvrir lès yeux et à entrevoir la vérité , leur dit franchement ce qu'il en p'ensoit , et les raisons qui dévoient rendre sa conduite suspecte. Mais il ne lui fut pas possible de se faire écouter : de sorte qu'il fut ensuite enfin obligé de prendre le parti de se taire quand il étoit question du cardinal de Chigi, pour ne se commettre pas trop souvent avec le cardinal de Retz et l'abbé Charier , qui ont été ses dupes presque jusqu'à la fin , et qui n'ont jamais été d'assez bonne foi pour en vouloir convenir nettement.

Cependant, pour se conformer au conseil du cardinal de Chigi, on ménagea un appartement au cardinal de Rëtz chez les pères de la Mission , ^et son iponde fût logé dans un petit hôtel tout proche. Après celiN^n ei:amina son épaule, que les chirurgiens trouvèrexit être démise. Pour la lui remettre on lui fit souffrir des douleurs extrêmes, sans qu'il se plaignît pourtant beaucoup.

Les nouvelles qui vinrent de Paris dans ce tempslà donnèrent aussi beaucoup de peine au cardinal ,

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