‹ Mémoires concernant le cardinal de RetzChapitre 6 sur 10 · i655J MEMBRES · texte numérisé non relu

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[i655J Le Saint-Père , qui ne fut malade que trois ou quatre jours, s'élant aperçu de sa fin , fit appeler tous les cardinaOiX, auxquels il donna sa bénédiction avec beaucoup de marques d'affection et une grande liberté d'esprit , les exhortant de (ftibisir tin bon sujet pour remplir sa place , et leur recommandant particulièrement le cardinal de Chigi* Après cela il mourut à Montecavallo , le 7 janvier ï655. Ce pape mériloit d'être plus regretté qu'il ne le fut. Il étoit ferme et vigoureux à soutenir les intérêts de l'Eglise 5 assez pénétrant, et bien instruit des Affaires du monde : ayant d'ailleurs ses foiblesses et ses défauts, qui éclatèrent un peu trop par sa complaisance excessive pour la signora Olympia sa belle-sœur, qui abusa long-temps de sa facilité, s'étant rendue maîtresse absolue de toutes les affaires (0. Tout le monde témoigna' donc plutôt de la joie que du déplaisir de sa mort^ s»| enexcep^ ter ses domestiques, qui l'abandonnèrenTsi parfaitement dès qu'il fut expiré, que les rats lui rongèrent les oreilles , personne n'étant resté près de son corps. Après ses obsèques, qtû se firent à l'ordinaire, les c|irdinaux entrèrent au conclave le 18 janvier, oùib demeurèrent près de trois mois enfermés. Le cardinal de Retz y entra comme les autres, avec trois cônelavistes : l'abbé Charier , Joly , et Imbert son valet de chambre , quoique les cardinaux n'en aient ordinairement que deux, à la réserve de ceux qui sont princes ou incommodés : deux exceptions qui lui

(1) Voici un trait de Pavidité de doua Olympia : On scîghear lui ayant envoyé' de très-beaux fruits dans un bassin d'argent^ eUe xetiot tout, pte'lendaut que le bassin faisoit partie du présent. (w/Vb/e '/^ tauieur.)

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donnoient un double droit à jouir de ce privilège , étant de maison ducale (ce qui est équivalent aux princes d'Italie), et d'ailleurs étant toujours incomlaodé de son épaule. Voici un détail assez exact de ce qui se passa dans le conclave. Joly en composa la relation dans ce temps-là, et en fit part à un de ses amis à Paris. Dans la suite il a retouché cette lettre en quelques endroits, pour lui donner plus de liaison avec Thistoirf ;:

Lettre à M'^'^'^j touchant ce qui s'est passé dans , le conclave ^Alexandre vu.

« Monsieur,

« Si je ne vous avois pas mandé dès les premiers jours du conclave ce qui deyoit en arriver, je naurois pas maintenant la hardiesse de vous entretenir des biais et des moyens qui ont enfin porté cette grande assemblée à l'élection du cardinal de Chigi , que je Vous avois prédite. Mais voyant que je ne me suis pas trompé dans mes conjectures, j'avoue que j'ai quel- <(ue penchant à croire que les dispositions générales et particulières que, j'ai tâché d'observer soigneusetalent dans tous les esprits sont effectivement les principales raisons qui ont le plus contribué à la consommation de cet ouvrage. C'est ce qui fait, monsieur , que je me rends plus volontiers à la prière jue vous m'avez faite de vous envoyer une relation le ce qui s'est passé dans cette assemblée, dont je ne pois garantir l'exactitude qtie pour les choses qui sont venues à ma connoissance : car il n'y a peut-^tre personne qui puisse se vanter de savoir toutes les in- T. 47- ^3

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trigues, les cabales et les négociations secrètes qui se font dans ces rencontres. Je suppose d'abord que vous n ignorez pas la manière dont se fait réiection des papes, dont plusieurs personnes ont écrit. Vous observerez seulement que les billets où sont les vœux des cardinaux sont faits de manière qu'on n'en sauroit découvrir les auteurs, n'y ayant que le nom du cardinal à qui on donne^ sa voix qui se présente d'abord. Ceux qui sont autorisés péwr ouvrir ces billets sont obligés d'en demeurer là, jusqu'à ce que l'élection soit faite : car alors il est permis de les déplier entièrement , et par là on découvre bien des mystères et des infidélités.

(( Il est bon aussi de savoir U différence entre le scrutin et l'accessit , qui sont deux actes séparés, mais qui n'en font proprement qu'un. A l'égard de l'élection , le scrutin se fait le premier par le moyen du billet, qui est conçu en ces termes: EgocardinaliSjttc. (cela ne se voit point qu'en rompant un cachet) , eli^o insummum pontificem domiriumJV. . . . (cela se voit); et au l)as : Sic me sancta Del Eifangelia adjugent. A quoi on ajoute une sentence tir^e de l'Ecriture, qu'on dispose chacun à sa discrétion , et qui est aussi pliée et cachetée comme le commencement, sans qu'on la puisse lire.

« Si dans cette première action , qui s'appelle scrutin, quelqu'un avoit le nombre de voix suflSsanl, il seroit pape , et on en demeureroit là 5 mais cela n'arrive guère. Ordinairement on change et on corrige le scrutin par ce qu'on appelle accessit, en donnant sa voix à un autre sujet : avec cette seule diSirencé qu'au lieu du terme eligo on met celui d'^c-

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cedo domino N.; ou bien accedo nemîm^ quand on j'en tient au premier. Après cela on joint la voix dé l'accessit à celle du scrutin \ et s'il se trouve qu un cardinal en ait les deux tiers et une au delà, TaSaire est faite, sinon c'est à recommencer : ce qui se fait deux fois le jour, matin et soir.

« A l'égard de ce qui se fait dans l'intérieur du conclave , si vous voule? en avoir- une connoissancç parfaite , il ne faut pas yous arrêtais à ce qui s'en débite dans le monde, y ayant une infinité de gens qui cherchent du mystère et du merveilleux où il n'y en a point , et d'autres qui ne remarquent pfts assez les traits de la Providence, qui domine toujours , et qui gouverne le baprice des hommes.

« Ainsi , quoique la figure ei^térieure du conclave soit environnée de pompe et de majesté , autant que celle de quelque assemblée que ce puisse être, cette grandeur apparente n'établit pas une conséquence nécessaires d'une élévation extraordinaire dans les esprits qui la composent. Les hommes y sont, comme partout ailleurs, sujets à leurs passions et à leurs foiblesses, remplis d'inégalité, de contradiction et de caprice. Ce n'est pas qu'une conduite sage et pruT dente n'ait là comme ailleurs un grand avantage sur les autres, et qu'un esprit supérieur ne trouve souvent là les moyens de manier adroitement les autres, et de les amener à ses fins : mais il faut aussi avouer qu'on y remarque souvent une puissance invisible qui remue les volontés, qui entraîne leurs consentemens d'une manière étonnante, et qui confond souvent leis projets les mieux concertés, et les intrigues des plus habiles politiques. C'est ce qui a paru bien

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manifestement dans ce conclave , où Ton a va les vieillards, contre leurs maximes ordinaires, codcourir au choix d'un sujet dont Tâge doit éteindre toutes leurs espérances ; et les jeunes solliciter pour un homme fort régulier , qui n'aura pas apparemment beaucoup d'indulgence pour les foiblesses de leur tempérament. On y a vu la France revenir à un sujet qu'elle avoit exclu ; l'Espagne désirer , contf e ses maximes , un pape qui paroît ferme et vigoureux ^ et le cardinal Barberin sortir du nombre de ses partisans les cré^ures d'Urbain viii son oncle , et se donner pour maître celui qu'il avoit si long -temps rebuté. Les derniers jours de la vie du pape Innocent x ayant délié toutes les langues de la cour de Rome , on yit tout d'un coup cette ville changer de face dès les premiers momens de l'agonie d'Innocent. Il est vrai que c'est une chose assez ordinaire à la fin de chaque pontificat ; mais dans celle-ci la révolution fut plus prompte et plus sensible , parce qu'il n'y avoit point de neveu pour soutenir la mémoire du défunt; et que les esprits , vivement pénétrés des désordres et des scandales du dernier gouvernement , s'abandonnèretit à leurs premiers mouvemens avec trop de licence et d'impétuosité.

« Cet emportement, dans son excès, ne laissoit pas d'être fondé en raison. On peut même dire qu'il ^ fut la principale cause du choix qui se fit dans le conclave, en faisant connoitre que tout le monde attendoit et demandoit un nouveau pontife dont h f conduite remédiât à ce qui avoit déplu dans le gouvernement précédent. L'attachement du dernier pape et la complaisance outrée qu'il avoit pour la signom

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Olympia ëtoient ce qui avoitle fdu$ offense les esprits. Les électeurs s'attachèrent à choisir un sujet éloigné de ce défaut : après cela l'intérêt de tout le fconde chrétien entra en quelque considération ; et comme on étoit persuadé que l'inaction d'Innocent x et son trop grand ménage lui avoient trop fait éloigner et négliger la guerre contre les Turcs, qui donnoient de l'inquiétude à ^oute l'Europe, et*que celle qui régnôit entre les princes chrétiens avoit besoin d'une médiation plus vigoureuse et plus efficace , on tacha de trouver un successeur qui eût les qualités nécessaires pour remédier aux besoins publics.

K Dans ces dispo^tions presque générales de tous les esprits , personne ne se présentoit plus avantageusement pour remplir les souhaits des peuples que le cardinal de Chigi , qui , dans l'opinion des peuples et de tout le public, passoit pour rassembler en lui toutes les perfections requises pour rassurer les Romains contre la crainte des désordres passés, et pour faire concevoir à tout le monde chrétien l'espérance d'un avenir plus heureux.

(( Ce n'est pas que le cardinal Sachetti ne partageât les vœu?: et les sentimens , et que la douceur et l'égalité de ses moeurs , jointe à une assez grande expérience dans les affaires , n'attirât sur lui les yeux et les souhaits d'une bonne partie du monde : d'autant qu'il avoit par devers lui l'avantage de l'âge , qui n'étoit compensé dans le cardinal de Chigi que par des signes équivoques d'une santé assez incertaine et délicate. Cependsuat comme le csurdinal Sachetti laissoit dans les îsprits quelques sujfCts de défiance sur l'article de ses )arens, et surtout d'ime belle-sœur qui ne lui étoit

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