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pas indifférente, et que son concurrent paroissoit plus éloigné des occasions de ce penchant , cette considération aida beaucoup à déterminer les cardinaux : sans parler de la réputation que le cardinal de Chigi s'étoif acquise à Munster , de l'autorité que Iqi avoit attirée sa charge de secrétaire d'Etat , dont il avoit rempli les fonctions d'une manière fort gracieuse -, et enfin de la recommandation du dernier pape au lit de la mort. Cette recommandation, pour venir d'un sujet peu recommandable, ne laissa pas de faire impression sur les esprits; mais outre ces deux sujets, il y en avoit encore quelques-uns qui s'attiroient l'attention publique à certains égards , quoique assez foiblemeut. Tout ce qu'on en peut dire, c*est qu'ils àuroientété plutôt approuvés que désirés, si ce n'est peut-être par quelques amis particuliers , et pour des intérêts personnels,
(( Le conclave étoit , comme il est toujours , partagé en plusieurs factions qui avoient rapport aux principales puissances de l'Europe, dont il esta propos de vous donner une idée générale. Celle de France étoit alors peu considérable par le nombre des voix , et n'étoit pas en état de former elle seule une conclusion : mais, quoi qu'en disent les Italiens, son nom et la réputation de ses armes ne laisâoient pas de lui donner assez de considération pour imposer du respect aux électeurs , et pour les empêcher de nommer un pape contre qui cette couronne auroit témoigné une défiance et une aversion ouverte. Je ne puis vpus rien dire de ce qui se passoit de secret dans le conseil de ce parti : les ordinaux qui le composoient, Barberin, Bichi, Grimaldi,Est, Ursin,
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ayant refusé le concours et ta communication que le cardinal de Retz leur avoit offerte. Ce qui en a paru au dehors , c'est que la France continuoit en faveur du. cardinal Sachetti les mêmes offices qu'elle lui avoit rendus dans le conclave précédent , parce qu'il étoit ami intime du cardinal Mazarin ; et qu'au contraire elle rejètoit ouvertement le cardinal Chigi , auquel elle avoit donné même l'exclusion*
c< Mais cette déclaration si déterminée de la Franôe pour le cardinal Sachetti fut avantageuse en toute manière au cardinal Chigi , parce qu'elle l'attacha plus fortement au parti d'Espagne , et qu'elle détacha du parti de la France tous les autres vieillards qui avoient quelques, prétentions au pontificat. Il tira aussi un grand secours du cardinal de Bichi, son parent et son ami , qui ne laissoit passer aucune occasion de lui rendre service, sans avoir aucun égard aux ordres du Roi.
« La faction d'Espagne (0 étoit sans comparaison plus nombreuse , et pou voit , en demeurant unie , donner une exclusion certaine : mais tous les sujets dont elle étoit composée n'étoient pas tous tellement dépendans et assurés , qu'on pût compter sur leurjs voix sans craindre de se tromper. La seule chose en quoi ils convenoient le plus étoit leur opposition constante et unanime au cardinal Sachetti , qu'il n'y eut pas moyen de vaincre. Au contraire, leurs véritables inclinations se décla^rent toujours en faveur
(0 Carlo di Medicis , J. Carlo dèMedicis, Trivulcio , Colonna , Caraffa , Cesi , Astalli , Brancaccio , Capponi , Durazzo, Costagalti , jFUomarini, Harach, de Hesse, Ludovisio, de Lugo, Montaho, Maldachini, Rosetti, Raggi, S. Sforza, Savclli. {Note de V auteur.)
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du cardinal Chigi, à cause de Texclusioa que la France lui avoit donnée , et de rinimitië qu'il profes^ soit contre le cardinal Mazarin , et de la conduite qu'il avoit tenue avec une grande fermeté sur Tafiàire des évêchés vacans de Portugal (0, ayant toujours détourné le dernier pape de rien décider sur ce sujet, en lui faisant entendre que ce seroit un nouvel obstacle à la paix générale. Cependant ces dispositions de l'Espagne à l'égard de ces deux cardinaux étoient enveloppées d'une contenance et d'un secret si impénétrable , que bien des gens jugeoient que non-sealement pette cour ne désiroit pas l'élection du cardinal de Chigi , mais même qu'elle n'auroit consenti à l'exclusion du cardinal Sachetti que par condescendance pour les cardinaux de Médicis , qui l'avoient soutenue dans le conclave précédent , fondés sur une espèce de mésintelligence qui parut entre les deux cardinaux de Médicis et l'ambassadeur d'Espagne , lequel évita en plusieurs rencontres de se déclarer sur l'exclusion du cardinal Sachetti , affectant de la rejeter sur eux, pendant qije de leur côté les Médicis laissoient échapper de temps en temps des paroles qui ne paroissoient pas favorables au cardinal Chigi.
« Mais il y a de l'apparence que ces feintes mésintelligences et ces contradictions étoient des manèges de politique pour mieux couvrir leurs desseins , et pour ménager les suffrages de quelques particuliers , qui auroient pu se détacher dé la faction s'ils s'étoient plus ouvertement déclarés conti^ l'un ou en
(i) Des évêchés vacans do Portugal i \\ s'agit des évéches ^ni avoient vaqué dans ce royaume depuis t64o , époqiie h laquelle le Portugal s^e'toit soustrait h la domination de PEspagne. .
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faveur de l'autre : par etemple, celui du cardinal Rosetti , qui ne seroit assurément pas demeure un moment dans leur parti s'il avoit cru que leur déssein eût été d'élire le cardinal Chigi, pour lequel il avoit une aversion et une antipathie naturelle; et ceux de plusieurs gens de bien, qui estimoient trop le cardinal Sachetti pour lui donner une exclusion formelle.
c( La faction des fiarberins (0 avoit un nombre de voix presque égal à celui d'Espagne , et par conséquent une exclusion peut-être autant et plus certaine , attendu qu'elle étoit composée de vieillards qui avoient tous chacun leurs prétentions au pontificat, et leurs raisons particulières pour en exclure ceux qui en approchoient le plus. Ils parurent assez long-temps fortement déterminés en faveur du cardinal Sachetti , au préjudice de tout autre : m^is les personnes sensées jugèrent qu'ils ne lui prêtaient leurs voix qUe parce qu'ils savoient bien qu'elles lui seroient inutiles , à cause de l'exclusion de l'Espagne, dans l'espérance qu après l'avoir ballotté long-temps sans succès , on jetteroit enfin les yeux sur quelqu'un d'entre eux qui déplairoit moins à cette cour. 11 y a même lieu de croire que ce fut en particulier la vue du cardinal Barberin , puisqu'après avoir vu pendant plusieurs jours de suite trente-trois suffrages pour le cardinal Sachetti , il en parut tout d'un coup dans un scrutin trente-un pour le cardinal Barberin : ce qui
(0 Barberin, Carlo Barberin, Bragadini, Cherubini, Carpegna , Cessa, Lechini, CafaroUi, Facquiretti , Franciotti, Gabliel, Ginetti, ^iorio, Gnaltieri, Matulanû, Palotta, Rapaccioli , Sj)ada, Santa-So- ^^una, Sachetti. {Note de l'auteur.)
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donna une alarme violente aux autres factions, elles obligea d'observer avec çlus d'attention ses déi»arclre^, et les discours de ses conclavistes ou autres partisans, qui ne laissoiènt passer aucune occasion d'^alter ses bonnes qualités, et de s'accommoder au goût et à la disposition du conclave. Après tout, on demeura convaincu que la vue principale des Barberins regarda toujours le cardinal Sachetti comme celui de tous qui leur convenoit davantage, soit pour leur procurer la main-levée des biens que l'Espagne leur avoit fait saisir dans le royaume de Naples , soit pour assurer la fortune de leur maison et celle de la signora Olympia , qui , après la mort du Pape , s'étoit absolument remise entre leurs mains, en conséquence de l'alliance qu'elle avoit contractée avec leur maison. <c Ils n'avoient aucune inclination pour le cardinal Chigi : on peut même dire qu'il y avoit une espèce 4'ai^tipathie entre lui et le cardinal Antoine Barberin. Non-seulement il évitoit de s'expliquer sur son chapitre avec le cardinal de Retz , et rejetoit les propos qu'il lui tenoit «n sa faveur comme ne lui étant pas agréables , mais il tâchoit aussi souvent de l'en dégoûter par des endroits où il le croyoit beaucoup plus sensible qu'il nel'étoit en effet, comme sur le jansénisme. Il disoit qu'il feroit bien , avant toutes choses, de s'assurer de ses sentimens sur la matière de la grâce. Le cardinal de Chigi, de son côté, n'étoit pas mieux disposé à l'égard du cardinal Barberin, et il ne manquoit jamais d'avertir le cardinal de Retz de ne pas pi'endre trop de confiance en lui , et il le lui présentoit Qonime un esprit artificieux et malin. Ilnea étoit pas de même du jeune cardinal Carlo Barberin^
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qui marquoit en toute rencontre beaucoup d'affection et de considération au cardinal Cliigi , aussi bien que le cardinal Sachetti et plusieurs autres du même parti (0.
« La faction de l'escadron volant (2) , pour n'être pas si nombreuse, n'étoit peut*être pais moins considérable ni moins puissante que les autres , étant composée de jeunes cardinaux alertes, habiles, et toujours prêts à profiter des occasions. Us parurent tous fort attachés dès le commencement au cardinal Sachetti, disant à tout propos : Sachetti ^o cataletto. Màiis, dans la vérité, une partie d'entre eux n'étoit occupée que dû cardinal Chigi , et les autres lui donnoient au moins la seconde place : ce qui les fit déclarer sans peine en sa faveur, quand ils virent l'exclusion assurée de l'autre. Cette différence de sentimens dans les cardinaux de ce parti n'étoit connue que de peu de gens 5 et les amis secrets du cardinal Chigi ne se laissoient pas coanoître au cardinal Barberin , en se joignant , comme ils firent , tous à lui en faveur du cardinal Sachetti. Mais ils n'eurent pas la même réserve pour le cardinal de Retz : car quoiqu'il n'entrât pas dans leur conseil, comme ils savoient qu'il étoit entièrement porté pour le cardinal Chigi, il y avoit toujours quelqu'un d'entre eux qui le jfoigitoit à l'entrée de la chapelle ou ailleurs, pour l'avertir de donner sa voix arti cardinal Sachetti quand
(i) Aquaviva , Albizzi , Azzoiini , Borfomeo , Chigi , Corrado , Homodei , Impériale, Lomelino , Ottoboni, Pio, de Retz, Santacrocc. {Note de P auteur, )-^{i) On appeloit cette faction l'escadron volant, parce qu'elle paroissoit de'|ache'e des deux autres, et comme volliger entre elles. {Noie de l'auteur, )
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ils saaroient qu'elle lui seroit inutile , ou de ne la lui pas donner quand ils auroient lieu de craindre *, et s'ils ne pouvoient eux-mêmes lui donner cet avis, ils le lui faisoient dire par monsignor Febei, maître des cérémonies. On ne sait pas bien si le cardinal de Gbigi étoit informé de tout ce manège, mais il feignoit toujour^s de Tignorer ^ et le cardinal de Retz, qui étoit assis auprès de lui dans la chapelle, assuroit qu'il Favoit empêché de donner sa voix au cardinal Sachetti en plusieurs occasions où il ne lui manquoit qoe fort peu de suffrages.
<c La faction du petit escadron (0 étoit composée de six cardinaux , que le prince Pampfaile et la prin^ cesse de Rossane sa femme avoient unis si étroitement en faveur du cardinal Chigi , qu ils regardoient ceux du grand escadron comme leurs ennemis déclarés, supposant qu'ils étoient tous fortement attachés au cardinal Sachetti. Gela les obligeoit de concourir avec la faction d'Espagne , pour mieux assurer son exclusion. La princesse Rossane s'intéressoit particulièrement au cardinal Chigi , parce qu'il avoit toujours en pour elle de grands égards sous le pontificat dernier, et qu'il avoit pris plusieurs fois son parti contre la signera Olympia dans les démêlés qu'elles avoient souvent ensemble.
« Outre ces factions, qui comprenoient tei;^tf%les voix du conclave , il y en avoit une moins sensftle qui se répandoit dans toutes les autres. C'est celle des jésuites, qui ne peuvent pas à la vérité tout ce qu'on se figure dans ces sortes d'affaires , mais qui
(i) Cibo y Aldobrandin , Odescalchi , Rondayivi, Vidman, Donghi. ( JVote de Vauteur. )
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font pourtant une espèce de conditio sine quânon : n'étant presque pas possible de faire son chemin à la cour de Rome et de parvenir aux grandes dignités , sans avoir leur attache et leur agrément. Cette cabale invincible n'étoit pas opposée au cardinal Sachetti ; mais elle étoit attachée véritablement à la personne du cardinal Chigi , et c'étoit principalement pour lui qu'elle travailloit au dehors par les intrigues, et au dedans par le cardinal de Lugo et quelques autres \ mais surtout d'une manière efficace et délicate par les sermons du père Quœchi , prédicateur du conclave, dans lesquels il y avoit toujours quelque trait qui ne convenoit qu'à la personne du cardinal de Chigi : ce père décrivant adroitement ses manières et sa conduite , comme devant servir de modèle au conclave.
(( Les choses étant disposées de cette manière, toutes ces différentes factions commencèrent à resserrer leurs pratiques , et à prendre leurs mesures suivant leurs génies pour parvenir à leurs fins. Les Espagnols , avec leur flegme ordinaire et sans décou-. vrir leurs véritabtfts desseins, se contentèrent dans les commencemens 4e se tenir unis et serrés pour assurer l'exclusion du cardinal Sachetti , en ne donnant leurs voix à personne , par la formule accedo nemini. Ds pratiquèrent cela constamment pendant deux mois entiers , que l'on remarqua dans tous les scrutins vingtdeux ou vingt-trois billets avec cette clause , pendant que les cardinaux français, avec les Barberins et l'escadron , faisoient des effgHis inutiles en faveur du cardinal Sachetti , qui avoit tous les jours trente-trois suffrages et quelquefois trente-cinq, quoiqu'il au-
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roit dû en avoir trente-huit ou trente-neuf^ s'ils avoient tous été sincèrement affectionnés pour lui. Mais , comme nous l'avons déjà dit , une partie de l'escadron le trahissoit. Quoi qu'il en soit • cette observation uniforme et constante donna lieu à une plaisanterie du cardinal Cesi , qu'on appeloit dans le conclave la vecchia {la vieille)^ parce qu'il avoit la mine d'un châtré. 11 dit un jour , en sortant de la chapelle, qu'il n'y auroit point de pape si le cardinal Nemini et le cardinal Trentatre ne s'accommodoient ensemble.
tt La trahison de l'escadron fut long-temps inconnue au cardinal Barberin, dont les soupçons tomboient plutôt sur les vieusL cardinaux de sa faction, qu'il ap peloit ordinairement dans son chagrin le mie bestie, quand il voyoit qu'il lui manquoit presque toujours six suffrages de trente-neuf sur lesquels il avoit lieu de compter, et qui auroient apparemment conduit le cardinal Sachetti sur le trône s'ils avoient tous répondu fidèlement à leurs démonstrations extérieures, puisque le nombre tiécessaire pour rendre réleetion J? valide n'étoit que de quarante-une ^u quarante-deux voix. Quand le fiombre des suffrage approche si fort de celui qui est requis, il arrive souvent que les partisans des autres cabales se détachent pour suivre le torrent , dans l'appréhension de se trouver dans la ! liste des contredisans sous un nouveau pontificat: ce qu'on tâche d'éviter avec grand soin.
(( D'ailleurs la manière ambiguë avec laquelle l'ambassadeur d'Espagne s'élpit expliqué sur le chapitre du cardinal Sachetti , et une espèce de mésintelligence qui se remarquoit entre ce ministre et les car-
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dinaux de M^dicis, pouvoient lui donner lieu d'espérer avec assez de fondement un retour favorable pour quelqu'un de leur parti qu'on savoit n'y être attaché qu'assez foiblement-, entre antres du cardinal Rosetti , qui n'auroit pas manqué de se joindre à eux s'il avoît pu prévoir l'élection du cardinal Chigi , comme il le vouloit faire après coup lorsqu'il n'en étoit plus temps. ^
« Enfin il y a bien de l'apparence que le cardinal Barberin ne s'attacha pendant un si long temps et avec tant d'opiniâtreté au cardinal Sachetti (quoiqu'il le priât lui-même tous les jours d'abatidonner cette poarsuite, dont tout le monde connoissoit à la fin l'inutilité) , que pour tenir en échec le parti d'Espagne, Bt pour engager le Roi à répondre favorablement à une lettre qu'il lui écrivit en entrant dans le conclave. Il se plaignoit dans cette lettre des traitemens injurieux de ses ministres, qui avoient fait saisir tous ses biens dans le royaume deNaples : offrant cependant de servir Sa Majesté Catholique en tout ce qui dépendroit de lui.
« Ce n^est pas que de temps en temps il ne se fît quelques autres pratiques en faveur de différens sujets, qui se jetoient à la traverse pour tâcher de succéder aux espérances mortes du cardinal Sachetti. Mais toutes ces vaines tentatives n étoient qu'un véritable amusement : ce qui faisoit dire au cardinal Cesi , qui se moquoit de ces petites intrigues : Per Dio gli Sacchetano tutti.
« Le premier qui fut mis sur le rang fut le cardinal Caraffe, qui, après les cardinaux Sachetti et Chigi , étoit assurément celui qui avoit le plus de p^irt
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dans Testime publique : et s'il n étoit pas mort dès le commencemeut du conclave, on ne sait ce qui en seroit arrivé ; quoique son incommodité , qui Foblrgeoit de demeurer toujours dans une chaise, dût l'exclure d'une dignité qui demande de Faction en bien des rencontres. ^.
f( Le cardinal Rapaccioli fut aussi ballotté plas d'une fois , ms^s inutilement , à cause de l'exclusion de la France, de l'opposition secrète de l'Espagne, qui le regardoit comme une créature des Barberins; et de l'inimitié ouverte du cardinal Spada.
« On pourrQÎt alléguer des raisons à peu près semblables de ceux qui s'opposèrent aux cardinaux Capponi , Genetti , Bragadini , Frauciotti , Cherubini , Carpegpa , Lecchini , Palotta, Durazzo , Brancacio , Sants* Suzanna et Corrado, qui furent proposés les uns après les, autres avec le même succès. Le cardinal San^Clemente, autrement FiorenzoJa ou Matulano, attira un peu plus l'attention du conclave, étant appuyé fortement par les cardinaux Trivulce et Grimaldi , qui étoient l'un et l'autre assez capables de réunir les factions de France ^t d'Espagne , et de ménager même le concours du cardinal Barberin. Mais l'inimitié irréconciliable des cardinaux Montalto , de Lugo et Âlbizzi , et par dessus cela l'opposition formelle des jésuites , qu'aucun des partis n'osoit choquer directement , firent échouer ses espérances , qoi autrement paroissoient assez bien fondées.
« Enfin après toutes ces tentatives , qui demeurèrent sans effet, les amis du cardinal Chigi, qui pendant toutes ces vaines intrigues n'a voient rien négligé pour lui ménager des suffrages , jugèrent qu il
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étoît temps de se déclarer , voyant la patience de la plupart des cardinaux ëpuisëe , et qu'ils étoient enfin venus à bout de faire lever l'exclusion de la France.
« Car il faut savoir que le cardinal Bichi , après avoir fait sentir au cardinal Sachetti le peu d'ammrence du succès de ses prëteotions , Favoit disposé adroitement à écrire au cardinal Mazarin en faveur du cardinal Chigi , pour le faire revenir de Féloignement qu'il avoit pour lui , en se rendant Caution de sa conduite future , tant à son ëgard qu'à celui de la France. En effet , cette Eminence donna dans ce conclave même une marque très-convaincante de la droiture de ses intentions pour cette couronne, dans me occasion où l'on peut dire que les cardinaux de la faction de France crublièrent leur devoir : car l'ambassadeur d'Espagne ayant donné à son maître la qualité de fils aîné de l'Eglise dans un mémoire qu'il présenta au conclave, sans que ces messieurs s'y opposassent , le cardinal de Chigi , qui étoit assis auprès du cardinal de Retz, non seulement l'engagea de réclamer contre cette innovation, mais il lui marqua aussi la manière dont il devoit s'y prendre : après quoi le cardinal de Retz s'étant levé , dit que la qualité de fils aîné de l'Eglise étant réservée h Sa Majesté Très-Chrétienne , il étoit trop bon Français et trop serviteur du Roi pour souffrir qu'on entreprît de la donner à un autre *, que si les cardinaux attachés à ses intérêts manquoient à leur devoir , il ne vouloit pas manquer au sien ^ que la rigueur avec laquelle on le traitoit n'étoufferoit jamais dans son cœur les sentîmens qu'il avoit toujours eps pour l'honneur et T. 47* ^4
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pour l'intérêt de sou prince 5 et quil supplioit le sacré collège de ne point recevoir le mémoire dans cette formé , et de lui donner acte de ce qu il s'y opposoit pour le Roi son maître.
Quoi qu il en soit , là lettre du cardinal Sachetti produisit son effet auprès du cardinal Mazarin , qui envoya aussitôt les ojrdres nécessaires pour lever l'exclusion. Après cela il ne restoit plus <[ue le cardinal Barberin à gagner. 11 se rendit dansJe commencement assez difficile , et résista long-temps aux sollicitations du cardinal Bichi et de ceux de l'escadron ^ qui se déclarèrent à la fin ouvertement pour le cardinal Ctiigi. Mais enfin la réponse du roi d'Espagne étant arrivée à peu près telle qu'il la souhaitoit , avec des paroles précises de lui donner satisfaction sur la main-levée de ses biens, et le cardinal Lugo l'ayant assuré de la protection du cardii\#l Chigi pour sa maison et pour celle de la signora Olympia , il donna le5 mains à une conférence avec^es cardinaux de Médicis , où les principaux chefs de toutes les factions s étant trouvés , ils convinrent tous de s'accorder le lendemain, 7 avril i655, à l'élection du cardinal Chigi , qui se fit tout d'une voix , à la réserve de celle du cardinal Rosetti , qui , quoique de la faction d'Espagne, ne pouvant se résoudre à nommer le cardinal qu'il haïssoit mortellement , donna la sienne au cardinal Sachetti , après l'avoir été offrir , avec quatre autres dont il étoit sur, au cardinal Barberin , qui loi dit qu'il n'étoit plus temps, et qu'il étoit engagé.
« Cette résolution fut si subite , et tenue si secrète jusqu'au moment de l'exécution, qu'elle étourdit tous ceux qui ne l'approùvoient pas intérieurement,
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et qui n auroîent pas manqué de se déclarer en fa-^ veur du cardinal Sachetti, s'ils ayoient eu le temps de se reconnoître. Mais voyant courir tous leurs chefs à Tadoration , ils se laissèrent entraîner au torrent , de peur de se faire des affaires par une résistance inutile et hors de saison.
a Voilà , monsieur , tout ce que je puis vous dire du conclave. Dieu veuille que ce que Pasquin en a dit aux armes du Pape et à la longueur du conclave ne se trouve pas véritable , et que tout le monde ne dise pas après lui :
«« Parturlent montes , nascetùr ridiculus mus,
« Je suis , monsieur > votre , etc.
« Le i5 avril i655. >•
L'élection du cardinal Chigi, qui prit le nom d'Alexandre vu, fut d'abord reçue avec beaucoup de joie , tout le monde étant prévenu en sa faveur : l'alégresse publique dura même long-temps, parce que dans le commencement il ne fit point venir ses parens , suivant lusage , et qu*il en parloit de manière à faire croire qu'il n'y penseroit jamais. Il affecta aussi plusieurs démonstrations extérieures de déta- ^chement du monde , ayant toujours son cercueil à la ruelle de son lit, pour témoigner qu'il avoit toujours l'idée de la mort présente. Cela donnoit au peuple mie merveilleuse idée de lui. Après cela le Saint- Pèré ne laissoit pourtant pas de s'occuper jusqu'à la bagatelle de tout ce qui étoit du faste et de l'éclat, Vêtant fait faire des habits , des meubles et des équi« pages magnifiques, avec des carrosses et des livrées plus superbes que tous ses prédécesseurs. Il n'épar*
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^aa rien pour satisfaire son luxe dans les plus petites dioses, jusqu'à ses pantoufles, qui lui revenoient à plus de cinquante écus. Ces badineries ne déplaisoient pas au peuple de Rome, qui aime le faste et la dépense; mais les honnêtes gens surent bientôt en porter un jugement convenable, et ce jugement ne lui faisoit pas honneur. On disoit de lui qu'il étoit minimus in maximis y et maximus in minimis.
Le cardinal de^Retz n ouvrit pas sitôt les yeux que les autres sur le caractère de ce pape , et il demeura long-temps dans Terreur: tellement persuadé de son amitié et de sa fermeté , qu'il fit écrire au dnc de Moirmoutier qu'il pouvoit s'accommoder avec la cour sans s'embarrasser de lui , se croyant assuré d'une si puissante protection du côté du Pape , qu'elle devoit suffire , selon lui , à terminer ses affaires saus aucune difficulté , à son honneur et à son avantage. II écrivit sur le même ton k ses amis , affectant de leur laisser entendre qu'il avoit eu beaucèup de part à Félection de Sa Sainteté; et c'est ce que lui et l'abb.é €harier disoient aussi dans Rome assez inconsidérément à tous ceux qui vouloient bien les en croire , quoique dans le fond il n'en fût rien. Mais quand cela auroit été vrai , la chose n'étoit pas trop bonne à dire, et pouvoit lui nuire dans l'esprit du Pape , comme il arriva dans la suite.
Ils croyoient Fun et l'autre leurs affaires en si bon état et si sûres , qu'ils s'emportoient contre ceux qui vouloient leur faire remarquer les froideurs et les remises de ce nouveau pontife. Ils déclamoient publiquement et sans aucune discrétion contre lé sieur de Lyonne, envoyé extraordinaire de France, afin de
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traverser ses négociations ; et c'est ce qu'ils faisoient avec tant d'emportentenl.et d une manière si indigne , qu'ils en étoient blâmés par leurs meilleurs amis. Le sieur de Lyonne en usoit bien plus modérément, sç contentant d'exécuter sans auqane passion les ordres du Roi dont il étoit chargé ; et pour marquer au cardinal de Retz que sa commission ne l'empéchoit pas de l'honorer, et qu'il n'étoit pas trop dans le sentiment de ceux qui l'émploy oient , illui fit offrir secrètement par le sieur de fiarillon de GhâtiUon de leserr vir en France , et de ménager son accommodement^ sans qu'il donnât sa démission. Mais l'abbé Charîer l'empêcha d'écoiiter cette proposition , étant déjà engagé avec le sieur 4e Croissy-Fouquet (0 y qui étoit arrivé à Rome presque dans le même temps que le sieur de Lyonne , et dans le dessein de le traverser , les Fouquets. craignant sur toutes choses que ceUe affaire ne se terminât par l'entremise du sieur de Lyonne^ contre lequel ils avoient une extrême jalousie. C'est pourquoi ils avoient engagé leur parent à faire ce voyage > pour les informer de tout ce qui se passeroit, l'ayant jugé plus propre qu'un autre pour s'insinuer chez le cardinal de Retz , parce qu'il avoit déjà traité avec lui pour la liberté de M. le prince, et que depuis il avoit été prisonnier avec lui au château de Vincennes. Ib y avoient eu ensemble un grand commerce de lettres par im trou de la cheminée , et par le moyen d'une ficelle que Croissy laisr soit descendre de la fenêtre de sa chambre, qui étoit sur celle du cardinal. Ils attachoient des billets à
(i) Croissy- Fouqiiet nVioii rien au surmtendant : faoïUle difiVicnlc el ennei?aic. {Note de Vauteiic)
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cette ficelle, et se comfnunîquoient Fun à Taotre par cette voie. Les Fouqiiets firent encore davantage pour être informas de tout exactement : car ils envoyèrent à Rome avec le sieur de Lyonne leur jeune frère, qui étoit alors conseiller au parlAnent, et qui depuis fut fait évêque d'Agde, pour leur servir d'espion auprès de Lyonne. C'est ce qu'il fît sans beaucoup de peine ni d'esprit, ce ministre n'osant lui refuser la communication de la plupart de ses dépêches, à caase de la faveur de ses frères ; et madame de Lyonne, dont le jeune conseiller possëdoit les 'bonnes grâces ,.Be lui laissant rien ignorer de tout ce qui se passoit.
Avec cette intelligence secrète, Tàbbé Charier n'eut pas de peine à persuader au cardinal de Retz qu'il loi étoit de la dernière importance de lier commerce avec ces messieurs, quiparoissoienten effet plus en état de le servir utilement que le sieur de Lyonne , soit à Paris ou à Rome : de manière qu'il ne balança pas à se déterminer de ce côté-là. Ainsi le sieur de Croissy fut introduit par l'abbé Charier, qui visitoit le cardinal régulièrement toutes les nuits , amenant (Quelquefois avec lui le petit Fouquet pour autoriser ce qu'il âvançoit ^ et pour divertir le cardinal par le récit de ses aventures avec madame de Lyonne , dont il rapportoit toutes les circonstances : désignant les manières , les endroits de leurs rendez-vous , avec certaines portes secrètes faites exprès , les unes pour la commodité de la femme, et les autres pour celle du mari. Le mari , de son côté , faisoit l'amour à une jolie demoiselle de sa femme , nommée Agathe. Ces petits détails de galanterie réjouissoient le cardinal de Retz, et l'engageoient avec ces gens-là de manière qu'il n'y
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avoit pas m^en^de Feh détacher. D'ailleurs Croissy prenoit un grand soin de Tinformer exactement du contenu des dépêches que le sieur de Lyonne recevait ou qu'il envoyoit en France 5 et pour mieux justifier la fidélité et la justesse de ses avis , il fi^ intervenir dans cette intrigue une^spèce de petit docteur en droit, nommé de 'Lot, qui s'alla offrir comme de lui-mémé au cardinal , pour loi donner les copies des lettres que son maître écrivoîl à la cour, qui se trouvoient toujours très-conforrn^s aux mémoires de Croissy.
Ce panneau étoit si grossier, qu'il auroit dû tout seul ouvrir les yeux au cardinal de Retz et à l'abbé Çharier , étant bien difficile de trouver un rapport si exact et aussi uniforme entre des gens qui ne se seroient pas entendus. Cependant c'étoit ce qui les. persuadoit davantage : et l'abbé Charier étoit si amoureux de son ouvrage , et se savoit si boni gré de cette importante liaison, qu'il ne pouvoit soufirir que Joly ouvrit la bouche pour la rendre suspecte au cardinal , qui n'en étott pas moins infatué que lui. Cependant Joly ne négligeoit rien pour l'en dégoûter, parce qu'il savoit que le dessein de Croissy n'étoit que de le porter à donner sa démission, comme il l'avoit déclaré au sieur Yacherot son médecin, et à Verjus son secrétaire.
Si les soins de Joly ne réussissoient pas entièrement selon ses souhaits , ils firent au moins que; le cardinal continua ce petit commerce avec beaucoup plus de précaution et moins d'ouverture de cœur que dans le commencement: ses amis de Paris ayant appuyé les soupçons de Joly, en lui faisant entendre
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que tes Fouquets le trahissoient ; qu'ils infiormotent la cour de tout ce qu'il faisait , disoit ou pensoit ; et que Tabbë Fouquet étoit toujours le promoteur et Texécuteur le plus ëchaufie des résolutions que la cour prenoit contre lui. Us lui firent connoître que c'étoit par ses soins que là lettre aux évéques avoit été brûlée par la main du bourreau comme libelle séditieux , en vertu d'une sentence du châtelet qu'en avoit publiée à 9ÊSin de trompe dans les carrefours de Paris , avec ordre pour tous ceux qui étoient auprès de lui , sans exception de ses domestiques , de te quitter incessamment, et de retourner en France. Us lui firent connoître encore qu'il avoit fait mettre dans les gazettes que la protestation du cardinal de Retz dans le conclave contre Técrît de l'ambassadeur d'Espagne étoit un jeu joué de concert entre eux, et un effet de l'intelligence secrète qu'il entretenoit avec ce ministre : comme s'il eât été possible ou vraisemblable que cet ambassadeur eut osé susciter une affaire de cette nature à son maître et à lui-même, pour donner au cardinal de Retz occasion de rendre à la France un service également glorieux et avantageux! Toutes ces choses étoient, avec justice , imputées à l'abbé Fouquet, qu'on savoit être le surintendant de la gazette, et le directeur de toutes les affiches de Paris, dont il savoit se servir avec tant d'adresse, de malice et de fourberie , qu'il ne manquoit jamais de moyens pour ses fins. 11 se servoit également de toutes sortes d'avis, vrais ou faux *, il faisoit lui-même afficher des placards, en cas de besoin, dans Paris, sous le nom de M. le prince ou du cardinal de Retz; ensuite il les faisoit arracher , et les portoit ail cardinal
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Malaria , comode une marque de ses soins et de sa ¥1gilaace.
On apprit en ce {emps-là une nouvelle qui donïià lieu à bien des raisonnemens. G'étoit le mariage d'une des nièces du cardinal Mazarin avec le duc de Moàène j dont on crut que le principal dessein étoit de faire peur au Pape, et de lui faire sentir que par cette alliance on pourroit , dans un besoin , porter la guerre jusque dans les Etats de Sa Sainteté, en cas qu'elle prît trop d'intérêt dans les affaires du cardinal de Retz. Mais cette alliance au lieu de produire cet effet, en produisit un tout jcontraire dans l'esprit du Pape, qui, bien loinde moUir, voulut faire connoître à ce ministre qu'il ^e le craignoit point. En effet il accorda au cardinal de Retz le pallium de l'archevêché de Paris, qu'il lui refusoit depuis long-temps. Quoique cette cérémpnie ne signifie pas grand'chose en soi , elle ne laissoit pas d'être importante en cette rencontre, puisque c'étoit une reconnolssance autheaitique de l'autorité archi^iai^opale du cardinal , qui lui étoit alors contestée par la cour de France, La vérité est cependant que le Pape eut assez de peine à faire cette démarche de vigueur , et qu'il ne l'au?roit peut-être pas faite en toute autre occasion , s'il n'avoit bien su que cette cérémonie n'étoit qu'une pure formalité qui ne l'engageoit à rien.
Cependant le cardinal de Retz ne laissa pas de faire sonner bien haut cette petite faveur en France , où la nouvelle en vint assez à propos pouf rassurer lesespritsde ses partisans, qui commençoient à croire qu'il avoit été la dupe de l'élection du Pape , et qu'il leur en avoit imposé là-dessus. La publication du ju-
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hilé que tous les papes donnent à Tayânanent de leur pontificat lui fournit aussi un prétexte assez favorajble d'exercer son autorité. Cette bulle ëtoit adressée aux archevêques et évêques, à leurs grands vicaires, e^ en leur absence, à ceux qui ont la charge des âmes; et comme par ces derniers mots les chapitres paroissoient exclus, le cardinal de Retz en prit occasion d'adresser son mandement, pour en faire la publication dans son diocèse , aux sieurs Chevalier et Lavocat ses grands vicaires ; ou , en leur absence , aux curés de la Madeleine et de Saint-Severin , archiprêtres qu'il nommoi t aussi pour ses grands vicaires. Ces messieurs le firent aussitôt publier dans leurs paroisses , et commencèrent à en exercer les autres fonctions. Il arriva ^même que les curés dé Paris, qui n'approuvoientpas que le chapitre se fût saisi de la juridiction, se prévalurent des termes de la bulle pour l'exécuter chacun dans leurs paroisses sans les ordres du chapitre, en se soumettant à leurs archiprêtres , revêtus de l'autorité du cardinal de Retz.
Le nonce fît aussi ce qu'il put pour mettre les choses sur ce pied-là, déclarant publiquement qu'il avoit ordre précis de ne point laisser agir le chapitre : de sorte que la division commença de se mettre dans Je gouvernement du diocèse , d'autant plus que le cardinal de Retz écrivit au même temps au chapitre pour leur déclarer que le Pape lui ayant accordé le pallium , qui étoit la consommation de la puissance archiépiscopale, il leur enjoignoit de ne se i^us mêler du gouvernement de son diocèse, et de reconnoitre les deux archiprêtres pour ses grands vicaires.
Cette lettre ayant été portée au chapitre par un
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honime taeoniiu qui dit qu'il venoit de la cour, elle fut ouverte et lue sur-le-champ, après quelques légères difficultés que quelques-uns firent en voyant la signature du cardinal de Retz ^ et l'affaire ayant été mise en délibération , ils convinrent tacitement à la pluralité des voix qu'il falloit obéir , quoique personne n'osât s'en expliquer nettement , à la réserve de M. Stuart d'Aubigny , parent du roi d'Angleterre, et qui prenoit en toute occasion le parti du cardinal de Rétz arec beaucoup de vigueur et de fermeté , appuyant sa condaite par de bonnes raisons. Le doyen avec quelques partisans de la cour voulurent s'y opposer , mais inutilement -, et les grands vicaires du chapitre cessèrent d'agir dès ce moment -là. Il fut seulement ordonné qu'on porteroit la lettre ouverte à la cour , qui se trouva un peu embarrassée de toutes ces nouvelles procédures pour en arrêter les suites ; mais elle ne trouva pas d'autre expédient que de faire différer parle nonce la publication du jubilé, eh lui faisant proposer de laisser nommer les grands vicaires par le Pape 2 chose qui n'avoit jamais été en France, et qui est toùt-à-fait contraire aux libertés de l'Eglise gallicane. Mais le cardinal Mazarin se mettoit fort peu en peine de ces libertés , pourvu qu'il empêchât l'ecercice de l'autorité du cardinal de Retz. Il dépécha donc un courrier à RofUe pour cet effet , ne doutant point que cette proposition ne fût acceptée par la cour de Rome, qiii ne manque jamais les occasions d'étendre son pouvoir : aussi fut-il secondé par le nonce, qui n'avoit garde de laisser perdre utie occasionsi favorable pour le Saint-Siège. Par le même cour-
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rier on envoya des ordres au sieur deLyonne, pour demander des juges à Sa Sainteté pour faire le procès au cardinal de Retz ; et cependant le cardinal Mazarin fit tous ses efforts pour obliger le chapitre de reprendre la juridiction. Mais n'ayant pu en venir à bout , il s'appliqua seulement à empêcher que les curés de la Madeleine et de Saint-Severin ne fussent reconnus pour grands vicaires , en attendant des nouvelles de Rome : résolu de se servir de la violence s'ils ne déféroient point à sa volonté , c'est-à-dire de les exiler comme les premiers , ou peut-être de les arrêter.
Pour cet effet, ces deux messieurs furent mandés i Jacour; mais Caumartin et quelques autres amis du cardinal de Retz s'étant doutés du dessein de la ceur, engagèrent le sieur Chassebras, curé de la Madeleine, en qui on se fioit le plus , de se cacher , et de laisser aller seul le curé de Saint-Severin. Celui-ci se laissa intimider, et eut la foiblesse de promettre de ne rien faire , ou du moins de ne faire que ce qu'on désiroit de lui ] mais le curé de la Madeleine , après avoir conféré avec le conseil dit cardinal de Retz $ fit imprimer et afficher aux portés des églises le mandement du cardinal qui le nommoit son grand vicaire , avec une apostille signée de lui , dan$ laquelle il déclaroit les raisons qui l'avoient engagé à se charger d<e 4^tle commission dans un temps aussi, difficile. Ces affiches surprirent la cour , et elle ne négligea rien pour en découvrir les auteurs. L'abbé Fouquet mit pour ect effet en campagne touâ; les archers et grisons de Paris, qui veilloient toutes les nuits pour tacher de surprendre quelques-uns de c^ux qui mettoient ces a£-
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fiches. Mais ses soins furent inutiles ; et le sieur Amblard, domestique du cardinal de Retz, qui s'étoit chargé de ce soin , exécutoit la chose si adroitement et avec tant de précautions , qu'il ne fut ni surpris ni soupçonné, quoique les affiches de cette nature se renouvelassent assez souvent. Un boucher nommé Le doux: se méloit aussi de ces sortes d'affaires , où il employ oit ordinairement ses garçons , parce que les gens de cet ordre vont à la ville de grand matin ; et son frère, qui étoit principal du collège des Grassins, homme savant et de bon esprit , servoît aussi le cardinal de Retz d'une autre inanière assez délicate, en contrefaisant sa signature dans les besoins pressans : ce qu'il savoit faire si parfaitement^ qu'on n'y pouvoit remarquer aucune différence.
On ne sauroit dire combien tout le monde admiroit et exaltoit le curé de Sainte-Madeleine , et son secrétaire qui contresignoit Guillauteau. Ces deux hommes osoient bien au milieu de Paris, et sous une autorité qui ne trouvoit point d'oppositioti , insulter impunément à la cour. Pour empêcher les suites de cette affaire, où le peuple paroissoit prendre goût, les officiers du châtelet eurent. ordre d'informer contre le sieur Ghassebras , et de lui faire son procès, comme auteur de libelles et d'affiches séditieuses contraires à l'autorité du Roi ; à raison de quoi on décerna un décret contre lui , et il fut contumace et crié à son de trompe par les carrefours de Paris, suivant l'usage. Le grand vicaire de son côté fit publier un monitoire qui fut affiché à l'ordinaire , dans lequel , après avoir représenté les entreprises qui se faisoient tous les jours contre la juridiction de l'archevêque, et les
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poursuites scandaleuses de la justice sëculière contre lui, quoiqu'il exerçât les fonctions de grand vicaire avec toute la modération possiUe et tout le respect dû au Roi , il exhortoit et conjuroit ceux qui avoient lait cette injure à TEglise d'en demander pardon i Dieu , et de reconnoître leur faute , afin que cette première monition ne leur fût pas inutile , et qu'il ne fût pas obligé de procéder à des suites plus rigoureuses , suivant les règles de la discipline ecclésiastique. Cela n'empêcha pas les officiers du châteletde ' donner une sentence contre lui le 27 septembre i655, ; par laquelle, pour les cas mentionnés au procès, et pour sa rebeUion aux commandemens du Roi, il étoit banni à perpétuité hors du royaume, ses biens confisqués au Roi, et ses bénéfices déclarés vacans etimpétrables : avec défense à toutes personnes de le retirer, de le fréquenter, ou de lui donner confort, sous les peines portées par les ordonnances 5 déclarant ses"* monitions scandaleuses, séditieuses, injurieuses |i^ au Roi et aux droits du royaume, et ordonnant qu'elles seroient brûlées par la main de l'exécuteur de la haute justice. C'est ce qui fut fait le même jour. Le grand vicaire répondit aussitôt à cette -sentence par une seconde monition , dans laquelle il admonestoit une seconde fois les auteurs des persécutions faites à l'Eglise sous le nom de Sa Majesté de cesser et de faire pénitence, de peur qu'en se rendant indignes par leur opiniâtreté , ils n'attirassent sur leurs têtes les foudres et les excommunications de l'Eglise. Cesmonitions étoient fort bien écrites , ayant été concertées par messieurs de Port-Royal 5 et on ne doute point qu'elles n'eussent produit un grand effet, si on avoit
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pousse la chose jusqu'à l'interdit , comme le grand vicaire, Caumartin et d'Aubigny le vouloient avec plusieurs autres , vu qu'on étoit assuré de l'obëissance de la plupart des cures et du chapitre. Mais le cardinal de Retz ne put jamais s'y résoudre. L'abbé Charier, Croissy et le plus grand nombre de ses amis n'oublioient rien pour l'en détourner , en lui représentant sans cesse que cette démarche extrême ne serviroit qu'à irriter davantage la cour ; que le Pape leveroit aussitôt rinterdit, et qu'après cela il n'y auroitplus de ressource pour lui. Les autres disoient au contraire qu'il pourroit naître à Paris des choses si subites, et d'une si dangereuse conséquence, que la cour seroit obligée d'accommoder les affaires sur-le-champ, et n'auroit pas le temps d'envoyer à Rome ; que d'ailleurs , quelque foible que fût le Pape, il n'y avoit pas d'apparence qu'il levât l'interdit saris faire auparavant l'accommodement du cardinal de Retz, son honneur et son autorité y étant engagés , après lui avoir donné le pallium ; que les Espagnols , avec tous les cardinaux de le» faction, ne manqueroient pas d'appuyer cette aftJte ; enfin qu'il étoit dangereux de la laisser dans l'état où elle étoit , après l'avoir commencée avec tant de vigueur \ et que la cour de Rome venant à remarquer la foiblesse du cardinal et le feu de pouvoir de ses amis, s'opposeroit plus aisément aux choses que la cour désiroit de lui , et qui lui étoient fort avantageuses , en nommant des vicaires apostoliques ou un coadjuteur.
Ce n'est pas que le sieur de Lyonne avançât beaucoup sur ce sujet-là, non plus que sur les instances qu'il faisoit pour obtenir des juges qu'ils fissent le
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procès au cardinal de Retz: Sa Sainteté s'étant contentée d'établir une congrégation pour examiner ces affaires, afin de gagner du temps, et d'éluder ses poursuites plus aisément; et cette congrégation avoit répondu qu'on ne pouvoit^donner des juges au cardinal de Retz qu'il n'eût été entièrement rétabli, suivant la maxime : Spoliatus antè omnia restituendus. Après cela le cardinal de Retz ayant déclaré qu'il se vouloit rendre dénonciateur contre le cardinal Mazarin , et le convaincre de plusieurs crimes et scandales , la congrégation paroissoit inclinée à recevoir cette accusation ; ce qui retenoit les choses en suspens.
Mais le cardinal de Retz ayant remarque un grand changement dans l'esprit et dans les discours du Pape, il passa tout d'un coup d'une extrémité à l'autre , d'une confiance parfaite qu'il avoit eue jusque là en sa protection , en une défiance extrême. C'est pourquoi dans l'appréhension que Sa Sainteté ne l'abandonnât entièrement si le siège de Pavie réussissoit (0, et ne l'obligeât à se conformer aux désirs de la cour sMs lui donner le temps de se reconnoitre , il demanii permission à Sa Sainteté d'aller aux bains de Saint- Cassien , dans les Etats du grand duc. Cei bains Ini étoient conseillés par les médecins pour son mal d'épaule. Il n'eut pas de peine à obtenir cela, sa présence et ses sollicitations commençant à importuner le Pape. /
Après un mois de séjour à'Saint-Cassien, dont les bains ne lui furent pas d'un grand secours, le
(i) Si te siège de Pauie réussissoit: Ce siëgc, entrepris par le prince Thomas , ne réussit pas. Le marquis de Caracènc le lit lever.
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cardinal de Retz alla passer un autre mois à Gaprarolles, maison de plaisance du duc de Parme dans le territoire de l'Eglise, en attendant la saison des pluies, avant laquelle il est dangereux de se retirer à RoiQe. 11 apprît là que la chambre des vacations , sur là requête du procureur général , avoit donné un arrêt contre la dernière monition du curé de Ja Madeleine , par lequel il étoit enjoint; au prévôt de Paris ou à ses lieutenans civil et criminel d'informer contre les auteurs de ces placards-, avec défense, sous peine de la vie , à toutes sortes de personnes d'en imprimer, publier ou afficher de semblables sans permission. Cet arf et ne fut point délibéré à l'ordinaire, et il n'y eut que le président de Novion et le rapporteur qui le signèrent. Mais comme à Ro|ne on ne prenoit point connoissance de ce défaut de formalité , il fut regardé comme un arrêt de tout le parlement, et y fît un grand effet , parce -qu'on y redoute fort l'autorité de cette compagnie , qui s'oppose souvent au Pape , et annuUe lee prétentions de la cour de Rome. Aussi le Pape commença à croire que le parti du cardinal de Retz n^se soutenoit que foiblement en France ^ qu'en nommant un suffragant le parlement ne s'y opposeroit point , et qu'il obligeroit sensiblement la coiir, qui l'en soUicitoit continuellement par le ministère du sieur de Lyonne. Les jésuites l'exhortoient aussi de toutes leurs forces à cela, lui représentant sans cesse que le cardinal de Retz étoit un homme engagé avec les jansénistes , et que Sa Sainteté ne trouveroit jamais une occasion plus favorable d'étendre son autorité pontificale, même du consentement de toute la France.
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Cependant ces raisons , quoique conformes aux résolutions du Piipe, ne le détecminërent point encore, à cause de la levée du siège de Pavie, qui rassura un peu Sa Sainteté , et lui fit donner des paroles plus favorables à Tabbé Charier , qui partit aussitôt pour se rendre h CapraroUes, afin d'obliger le cardinal de Retz à retourner à Rome : ajoutant que c'étôit le sentiment de Croissy , qui lui aVoit dit que le sieur de Lyomie n espéfoit plus rien obtenir du Pape contre lui.
Joly soutenoit au contraire qu'il falloit s'approcher de Paris , afin d'appuyer le curé de la Madeleine , et de fulniiner un interdit; que c'étoit le seul moyen de réduire la cour -, que celle de Rome ne feroit jamais rien pour lui , s'il ne s'aidoit de ses propres forces , en profitant de la chaleur des esprits , qui ne durcit pas toujours ; et qu'il ne faUoit pas s'épouvanter d'un arrêt de là chambre des vacations donné par un de ses ennemis déclarés , auquel on nt devoit pas douter que le président de Bellièvre ne trouvât aisément les moyens de remédier après la Saint-Martin , étant , comme il l'étoit toiyours , bien intentionné en faveur du cardinal de Retzltlepèndant il résolut de retourner à Rome, et même d'y faire une autre figure , ayant fait meubler uh- très-beau palais à Campo-Marzio , ayant augmenté le nombre de ses carrosses et de ses estaffiers, suivant son penchant naturel. 11 s'imaginoit qu'on jugeroit de ses ressources et de son crédit par la dépense qu'il feroit à Rome : sans cependant rien changer dans sa conduite ordinaire , s'amusant à déclamer inutilement contre le sieur de Lyonne , et passant une partie des nuits à conférer avec l'abbé Charier, Croissy et le petit Fou-
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cjilët , (Jiii rehtretehôient de bàdîneriés et de tàihës €spérahces sur le^ bonnes intentions du Pape , et qui rdbliêèrent eilfîn d'ëèrire â Cautiiartîn, pour empêdiër ïè curé de la Madelôîtié de passer oiitré.
Cefc déui m^àfsieurs obéitehï ^ m^is U^ surent dans ]k suite faire des actions dd Viguëùi' , dont le sticcfè^ fit biëti Vtiit- qU'oii aurait pH i^ëusfsir éîi pbiièsant leè chëse^ âved plus dé fermeté. L'arcHèvëqué de Rdtten leur en fournit rodcaèiôh par liil mandeiûènt d'iritërdictioil ^U'îl phhUz cdtitté réVêqiié dé Coiitailceè j poùi- avait fait leè fdnctiofis épîscopales daiïs rarchevéclië dé Roneiî : ce qui engagea Ife fcùrë de la SfadelleiHë à' fiaii^é affifchér itn rttandieihéht sëinbhble àû nom du cardinal de Rétz , pai^ lequel il étoît diéôlàré qùé me^sire Antoinè-Dehis Cochon , ancien ëtéquè dé jbôl , et Claude Auvry, ëvêquô de Coutàhcès, alVôiëht eticètii^u lescéïi^ùrésde TEglisë, pour âVôî^ âdïriiniètrëies ordrëè dans s'ôh diocèse sans sa përthife^itiû -, et qiië potir cet efTét ils ëtoient interdits dé toùtfes fdtidtidhs ëcclëéia^tîques , et riiêmé de la (iëlébratiÔTï de la ihessè dans le diocèse de Parié ; atec défense à tdus les doyens, chapitres , curés , et communautés séculières ôtirëgùlièt'és, dé les laisser ojficièr datis léur^ églises. lî y eût encore une autr'e occasion plus importante d'exercer avec étilàt l'autorité du câlrdinal dë^Rëtz : ëe fut aU siijet dé Tasseniblëe du dièrgë qui flfe Voit se tenir à Paris cette a*nnëë-lJÉ , et (^ë le cardinal MazaHn àvoît différée sdus dfiffërëns jfrétëxtéè, parce qu'elle ne se pouvoit faire régulièt'ë'niërit qu'ateë l'a^héinerit' du cardinal de Rëtz ou dfeè ^hds vicaires. Mais etifih le duré de la Madeleitië ayant su que rori |ïrèttoit des niesutes pour faire
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la chose sans lui , il fit défense au clergé de s assembler sans la permission de Farchevéque ou la sienne; et aux Augustins , où ils ont coutume de s'assembler, de recevoir les députés : protestant de nullité de tout ce qui pourroit s'y passer contre l'autorité du cardinal de Retz. Ce qui fut appuyé par tous les curés de la ville , qui firent une pareille protestation , et envoyèrent pour cet effet des députés à ceux qui dévoient composer l'assemblée. De sorte que c€s messieurs ayant jugé ces défenses et protestations juridiques , allèrent déclarer au cardinal Mazarin qu'ils ne pouvoient €Cltnn)encer leur assemblée : et comme la cour avoit besoin d'argent , elle fut enfin obligée d'avoir recours au curé de Saint-Severin , grand vicaire , pour faire l'ouverture de l'assemblée : ce qà étoit une reconnoissance solennelle des droits du cardinal de Retz» Par où il étoit aisé de voir que s'il eut agi dans toute l'étendue de son pouvoir , et soutenu le curé de la Madeleine , il auroit mis ses aQaires sur un autre pied en France , où tout le monde étoit bien intentionné pour lui 5 et à Rome, où le Pape n'auroit pas été fâché de voir naître des embarras de cette nature , dont il auroit su profiter.
Mais le cardinal n'ayant voulu prendre aucune résolution vigoureuse , et s'4ltant contenté de se tenir sur la défensive, il ne fut pas dii&ôle au sieur de Lyonne , aux jésuites, et à ses autres ennemis, de détacher le Pape de ses intérêts , en lui représentant la foiblesse de son parti, sa liaison avec les jansénistes, la puissance redoutable de ses parties^ et qu'en continuant de le protéger, Sa Sainteté pouvoit compter qu'elle n'auroit aucune part à la paix générale , dont
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il ëtoit déjà question : la chose du monde que le Pape appréhendoit le plus.
Toutes ces considérations déterminèrent enfin le Saînt-Père, qui , peu de jours après le retour du cardinal de Retz h Rome, lui déclara que, ne se sentant pas assez de force pour le soutenir plus long-temps , il lui conseilloit de s'accommoder , et de donner quelque chose aux désirs de la cour de France, qu'il avoit d# grandes raisons de ménager lui-même, et qu'il n^osoit pas choquer directement , dans le dessein qu'il avoit de disposer les deux couronnes à une bonne paix, qui étoit un bien préférable à tous les autres. Il concluoit par des expressions extrêmement pressantes : dont le cardinal demeura si surpris et si étourdi , qu'il vouloit prendre sur-le-champ des mesures pour«e retirer , appréhendant les dernières extrémités, et qu'on ne le fit mettre au château Saint- Ange s'il refusoit de se soumettre aux conditions qui dévoient lui être proposées dans le premier consistoire. Mais l'abbé Charier , l'abbé Lameth et Joly lui ayant représenté qu'il n'étoit plus temps ni possible de reculer après s'être engagé , il résolut de tenir ferme, et d'attendre les événemens. Cependant, avant que d'aller au consistoire, il donna ordre à Joly de serrer tous ses papiers : ce qui marquoit sa défiance , et la crainte qu'il avoit d'être arrêté : sentimens qui lui étoient particulièrement inspirés par l'abbé Charier, quoiqu'il fût obligé plus que personne à l'encourager, pour lui aider à se tirer du mauvais pas où ill'avoit engagé par ses conseils. Au lieu que l'abbé Lameth et Joly , qui avoient toujours bien prévu que le Pape Fabandonneroit , faisoient
tous leùfs e^l^rt^ pçur le soutenir et diminuer ses frayeurs , qui i'auroient perdu s'il s'y étoit abandonne.
Enfin s'étant présenté au copsistoire » Sa Sainteté lui dëclàra nettepiept qu'elle avoit uommé uu suffragp[^); pour gouverni^r le diocèse de Paris pendant son a^^ence, en qualité de vicaire apostolique : k quoi le cardinal ^e Retz tâcha iuntUement ^e s'appo^ier- Lp Pape demeura fer^e 4ansi sa résolutiou , ^u^si bjf n que le cardinal Rospigliosi, secrétaire d'ï^t , çhezqai il alla en sortant du consistoire , poi^r le prier de différer au moins l'exécution de ce dessein , s^ps pouvoir rien obtenir ; ^iprès quoi il se retira cbe^ lui fort consiterné. Mais Joly, ou'il envoya chercher aussitôt pour l'informer de ce qui s'étoit passé, t^cha dele rassurer , en lui disant que cette nopainatiçn ne SiÇjroit pas reçue en franco 5 que tous les évêques s'y ppposero^ent, attendu qu'il y alloit de leur intérêt aussi bien que du sien; que les p^rlemens ne ^puÇfriroient jamais un exemple, de cette nature , qui étoit extrêmement contraire aux libertés de l'Eglise gallic^ej qu'il falloit fair^ bonne contenance , et dir^ à ceux qui lui en parleroient pour le consoler , qu'il ^n ^toit plus fâché pour le repos de Sa Sainteté qqe ppur son intérêt particulier , persuadé que sa nominfition n'auroit point de lieu , et qu'il peroit obligé ^e 1 ji rétracter ; qu'enfin U falloit , sans perdre de ^çip^ , 44p^~ cher un courrier à Paris avant celui du Pape , ppur avertir ses amis de prendre leurs mesures avec l?s évêques e^ le parlement. Ce discours remit un peu le cardinal, qui fit aussitôt partir pour Gênes Imhert, son valet de chambre , avec ordre de remettre son
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paquet entre les diains d un marchand de conâa|nce , auquel on mandait d'expédier incessamment un courrier pour Paris , sous prétexte de quelques affaire^L. 0|î fut obligé de prendre ce détour pour la sûreté de3 dépêches, qui auroient pu, sans cett^ précautiop, être interceptées par ordris de la qour, si le courrier eiit paru venir directement de Rome •: et cet expédiepteùt le succès quon sien étoit promis. Car le ce^irrier du cardinal de Retz étaiit arrivé deux outrots jours avant celui du Pa|)e, ses amis prirent si bien leurs mesures «qu'à la première propofiitionipii se fit dç r4tahlissement d un suffragant , toute Tassamblée du clergé s'y opposas! unanimement et avûc tant âe chaleur , que le nonce ii'osa pimenter son bref, et fut obligé de le renvoyer au lE^pe , en lui disant qu'il avoit àouru risque d'être lapidé par h peuple , sur le seul bruit qui s'éioit répandu de FexéeutioB de ce desisem. I^e parlement ne marqua pas moîas dç vigueur contre eette nouveauté, Je procureur et les avocats généraux ayant détlaré hauteiueiit que si le bref paroissoit , ils eu appelleroient comme d'abus. Le premier président avec la pbipart d^s conseillers parurent aussi bien disposés à le casser , ou du moins à n'en pas souffrir Texécution : et ce qu'il y a de plus étonnant et de plus fort , c'est que l'évéque de MeauK , frère du chancelier Seguier , que h cour avoit destiné pour être suffragant , refiisa .absolumeiit cette commission , ne voulant point se charger de la haine publique , quoiqu'il fut d'ailleurs , et par lui et par son frère , fort attaché à la cour.
Il arriva ^éme ^ la fin que |e cardinal Masarin se dégoûta du bref comme tous les autres , soit pour la
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coixlfsidiction universelle qu il remarquoit dans les esprits du peuple et du clergé , ou peut-être parce qu'il ne laiséoit pasd*être avantagent en quelque façon att cardinal de Retz, en ce qu'il y étoit qualifie archevêque de Paris, et que le Pape n'allëguoit point d'autres raisons de cette nomination que son absence.
Le bref ayant donc été rebuté de tout le monde, les correspondtins du cardinal de Retz ne manquèrent pas de lui en donner avis aussitôt par la même voie et avec les mêmes précautions : de sorte qu'il en reçut les nouvelles plusieurs jours avant le Pape et le sieur de Lyonne , et qu'il eut lar satisfaction de triompher à son tour, et d'insulter à ceux qui croyoient avoir pris de grands avantages contre lui.
Ce fut en ce temps-là que la reine Christine vint à Kome. Elle avoit été invitée à ce voyage par Sa Sainteté^ pour y confirmer d'une manière plus solennelle son abjuration à Thérésie de Luther. Une action de cette nature deyoit sans doute être traitée sérieusement et avec gravité-, mais le Pape s'abandonnant à son génie , n'en fit qu'une scène de théâtre remplie de fêtes , de pompe, de bagatelles, et de vaines cérémonies. Il n'oublia rien de tout ce qui pou voit faire du bruit et de l'éclat, s'imaginant que c'étoit là le moyen de paroître aux j^eux de toute l'Europe comme le principal auteur de cette cérémonie. Ce ne furent que régals, festins, danses, ballets, comédies, carrousels, mascarades, galanteries de toutes les espèces, pendant plus de trois mois; et le Pape lesordonnoit lui-même avec tant d'application , et les faiisoit exécuter avec tant de magnificence, que la ^ine de Suède s'en moquoît elle-même , et tournoit Sa Sainteté en
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ridicule : comme aussi tontes les personnes 3ensées , qui voyoient bien qu'il sortoit de son caractère^. Le cardinal de Retz ne négligea rien pour s'insinuer dans les bonnes grâces de cette princesse : en quoi il réussit assez dans le commencement, mais non paé si bien que le cardinal Azolin ou Pimentel. Il ne tenoit pourtant pas à lui qu'on ne crût qu'il y entroit aussi avant que personne ; mais ceux qui voyoient les choses de plus près jugèrent, avec justice, qu'il y avoit plus de vanité que de réalité. Ces intrigues l'occupèrent quelque temps , et le cardinal s'y abandonnoit tout entier, suivant son penchant naturel , sans penser à ses affaires : jusqu'à ce qu'il fut réveillé de son assoupissement par la nouvelle proposition que le sieur de Lyonne fît à Sa Sainteté, par ordre de la cour, de nommer pour grand vicaire l'un des six sujets suivans , savoir : le doyen de Notre-Dame, le sieur Charton, ancien pénitencier -, le sieiir Du Saussay, auré de Sàint-Leu et officiai de Paris , nommé à l'évêché de Toul ; le sieur de Rouillé.^ curé de Saint-Barthelemy ; ou les sieurs Morel et Cornet , docteurs de Sorbonne. La cour engagea même les^Hjques suffragans de l'archevêché de Paris d'en écrirWfu cardinal de Retz pour lui faire agréer cette proposition, comme raisonnable et avantageuse pour lui , puisqu'en rétablissant l'ordre dans ^n diocèse elle renfermoit une reconnoissance tacite de son autorité.
• Le Pape fit tout ce qu'il put pour appuyer les instances de la cour. Après en avoir fait parler au cardinal de Retz par tous ses amis, il lui en parla luimême en termes de prières , lui désignant particulièrement le sieur Du Saussay, dont Sa Sainteté dit qu'il