‹ Mémoires, contes et autres œuvresChapitre 14 sur 64 · LIVRE fil · texte numérisé non relu

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grâce lorsque j'arrivais à l'heure sonnée, personne ne s'en plaignit si on en usait de même à son égard.

11 arriva encore, en ce même temps-là, une chose qui donna bien du relief à la compagnie; c'est que le roi approuva qu'elle vint le haranguer, de même que le Parlement et les autres Cours supérieures, dans toutes les rencontres où il trouverait bon qu'elles se donnassent cet honneur. C'est à M. Rose, secrétaire du cabinet, et qui depuis a été de l'Académie, que l'on doit cette distinction : voici comme la chose se passa.

Le roi jouait à la paume à Versailles, et, après avoir fini sa partie, se faisait frotter au milieu de ses officiers et de ses courtisans, lorsque M. Rose, qui le vit de bonne humeur, et disposé à entendre raillerie , lui dit ces paroles : « Sire, on ne peut pas disconvenir que Votre Majesté ne soit un très-grand prince, très-bon, très-puissant, et trèssage, et que toutes choses ne soient très-bien réglées dans son royaume. Cependant j'y vois régner un désordre horrible, dont je ne puis m'empêcher d'avertir Votre Majesté. — Quel est donc , Rose, dit le roi, cet horrible désordre? — C'est, Sire, reprit M. Rose, que je vois des conseillers, des présidents et autres gens de longue robe, dont la véritable profession n'est pas de haranguer, mais bien de rendre justice au tiers et au quart, venir vous faire des harangues sur vos conquêtes, pendant qu'on laisse en repos là-dessus ceux qui font une profession particulière d'éloquence. Le bon ordre ne voudrait-il pas que chacun fit son métier, et que messieurs de l'Académie française , chargés par leur institution de cultiver le précieux don de la parole, vinssent vous rendre leurs devoirs en ces jours de cérémonie , où Votre Majesté veut bien écouter les applaudissements et les cantiques de joie de ses peuples sur les heureux succès qu'il plaît à Dieu de donner à ses armes? — Je trouve, Rose, dit le roi , que vous avez raison : il faut faire cesser un si grand désordre, et qu'à l'avenir l'Académie française vienne me haranguer comme le Parlement et les autres compagnies supérieures. Avertissez-en l'Académie» et Je 4o*-

nerai ordre qu'elle toit reçue comme elle le mérite. » M*** , qui était alors directeur, suivi de toute l'Académie eu corps, alla haranguer le roi à Saint-Germain , à la suite du Parlement, et de la Chambre des Comptes et de la Cour des Aides. Elle fut reçue comme ces compagnies. Le gran4 maître des cérémonies alla la prendre dans la salle des ambassadeurs, où elle s'était assemblée, et la mena jusqu'à la chambre du roi, où le secrétaire d'État de la maison du roi se trouva et la présenta à Sa Majesté, qui l'attendait. La harangue plut extrêmement, et le roi témoigna de la joie de l'avoir appelée à cette cérémonie. L'Académie a continué depuis à s'acquitter de ce devoir, dans toutes les rencontres qui s'en sont présentées.

Après les conquêtes de Flandre et de la Franche-Comté, M. Colbert proposa d'élever un arc de triomphe ' à la gloire du roi; M. Le Brun et M. le Yau en firent des dessins. J'en fis aussi un que j'envoyai à M. Colbert, et que j'appelais un griffonnement. Ce ministre écrivit à la marge de ma lettre^ que ce griffonnement lui plaisait plus que les dessins qu'on lui avait donnés; et c'est sur ce griffonnement que mon frère forma le dessin qui a été exécuté en grand modèle à la porte Saint-Antoine. 11 en fit encore plusieurs autres de»* sins, parmi lesquels il y en a de plus beaux que celui qui a été exécuté , mais que M. Colbert ne voulut pas choisir, parce que , Aisait-il , ils n'étaient pas dans la forme qu'on a toujours donnée à ces sortes d'édifices. Ce fut V. Gittard, architecte, que M. Colbert chargea de faire exécuter le modèle $pus la conduite de mon frère. Quand le toi alla voir ce modèle, il en parut tout à fait content ; mai*

1 La première pierre de cet arc de triomphe fut posée le G août 1670. tt ne fut élevé en pierre que jusqu'à la hauteur des piédestaux des colonnes ; et, pour juger de l'ouvrage entier, on le Continua seulement en plâtre. Inouïs XIV parut, dit-on, si peu sensible a la perfection de ce monument, que la ville en discontinua la construction. Après la mort de ce prince, le duc d'Orléans, régent, prit encore moins d'intérêt à cet édifice, de sorte qu'on se détermina à le démolir en 1716. Leclerc nous a gravé une belle estampe de ce magnifique arc de triomphe, qui doit faire regretter que l'on n'en ait pas suivi, en son temps, rentière exécution. (Note de Patte.}

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presque tout le public trouva que les arcades , et particulièrement celle du milieu , n'étaient pas assez larges pour leur hauteur. Monsieur, frère unique du roi, qui se fait un plaisir de lui apprendre les nouvelles de la ville, lui dit que tout le monde se plaignait de ce défaut. Le roi ordonna là-dessus à M. Golbert de lui faire deux petits dessins, l'un du modèle tel qu'il était, l'autre de la proportion qu'on souhaitait qu'il fût. Mon frère fit ces deux dessins, qui ont été deux ou trois mois dans la chambre du roi, et que Sa Majesté rendit ensuite à M. Colbert, en lui disant ; « Je persiste toujours à trouver le dessin du modèle tel qu'il est, plus beau que l'autre : cependant comme il faut avoir égard au public, je suis d'avis de partager le différend par la moitié, et d'augmenter la largeur des arcades de la moitié de ce qu'on demande. » Cette résolution fat suivie dans l'ouvrage effectif, qui est d'une proportion moyenne entre celle des deux petits dessins.

Vers ce temps-là on proposa d'amener à Versailles une portion de la rivière de Loire. M. Riquet, qui a fait le canal de la communication des deux mers, était l'entrepreneur de ce travail et le devait exécuter, moyennant la somme de deux millions quatre cent mille livres. Le traité allait être signé, lorsque, ayant par hasard parlé de cette proposition à M. l'abbé Picard, de l'Académie des sciences, celuici me dit que la chose était impossible ; qu'il avait nivelé le terrain, fort légèrement à la vérité, mais suffisamment pour pouvoir assurer qu'il n'y avait pas assez de pente pour l'amener sur la montagne de Satori, vis-à-vis de Versailles, où on devait la conduire. J'en parlai à M. Golbert, qui marqua du chagrin de ce que je lui disais : il m'ordonna cependant de faire venir M. l'abbé Picard, qui lui dit positivement les mêmes choses. M. Golbert, fâché de voir de l'obstacle à la satisfaction qu'il espérait donner au roi, poussa un peu M. l'abbé Picard, en lui disant qu'il devait prendre garde à ce qu'il avançait ; que M. Riquet n'était pas un homme ordinaire, et que la réussite du canal de la communication des deux mers était un préjugé qu'à ne 9a

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