Perrault — M. Perrault, dit M. de Louvois, vous
vous moquez , il n'en était point : il avait assez d'affaires dans les bâtiments ; et les autres , qui sont-ils ? — Il y a , dit M. Charpentier, If. l'abbé Tallemant, M. Quinault et moi. — • Mais ne vous voilà que trois , où est le quatrième T — J'ai eu l'honneur de vous dire, reprit M. Charpentier , qu'il y avait M. Perrault. — Et je vous dis , reprit M. de Louvois avec un ton de voix élevé , et qui marquait qu'il ne voulait pas être davantage contredit, qu'il n'en était pas. » M. Charpentier se tut ; et M. de Louvois poursuivit 1 « Qui était donc ce quatrième? » Alors l'un des trois dit : c M. Felibien venait quelquefois dans l'assemblée hre ides descriptions qu'il faisait de divers endroits des bâtiments du roi. — Voilà enfin ee quatrième que je cherchais, ditM.de
Louvote : or ça, allez-vous-en, messieurs, et travaillez de toutes vos forces. »
Voilà comme je fus exclu de la petite Académie , où j'aurais été assez aise d'être continué; mais il fallut encore souffrir cette mortification.
Pour me donner quelque occupation dans ma retraite, je composai le poème de Saint-Paulin, qui eut assez de succès, malgré les critiques de quelques personnes d'esprit.
Je composai ensuite le petit poëme du Siècle de Louis le Grand y qui reçut beaucoup de louanges dans la lecture qui s'en fit à l'Académie française, le jour qu'elle s'assembla pour témoigner la joie qu'elle ressentait de la convalescence de Sa Majesté , après la grande opération qui lui fut faite. Ces louanges irritèrent tellement M. Despréaux, qu'après avoir grondé longtemps tout bas, il se leva dans l'Académie , et dit que c'était une bonté qu'on fit une telle lecture , qui blâmait les plus grands hommes de l'antiquité. M. Huet, alors évêque de Soissons, lui dit de se taire , et que s'il était question de prendre le parti des anciens , cela lui conviendrait mieux qu'à lui , parce qu'il les connaissait beaucoup mieux ; mais qu'ils n'étaient là que pour écouter. Depuis cette aventure, le chagrin de M. Despréaux lui fit faire plusieurs épigrammes , qui n'allaient qu'à m'offenser, mais nullement à ruiner mon sentiment touchant les anciens. M. Racine me fit compliment sur cet ouvrage , qu'il loua beaucoup, dans la supposition que ce n'était qu'un pur jeu d'esprit qui ne contenait point mes véritables sentiments, et que, dans la vérité, je pensais tout le contraire de ce que j'avais avancé dans mon poëme. Je fus fâché qu'on ne crût pas, ou du moins qu'on fit semblant de ne pas croire que j'eusse parlé sérieusement; de sorte que je pris la résolution de dire en prose ce que j'avais dit en vers, et de le dire d'une manière à ne pas faire douter de mon vrai sentiment là-dessus. Voilà quelle a été Ja cause et l'origine de mes quatre tomes de Parallèles '.
1 Ici finissent les Mémoires de Charles Perrault. Son livre du Parallèle tes Anciens et des Modernes parut en 4 vol. in-12, à Paris, de 1688 à 1696.