LE CORBEAU
Joignent au murmure des eaux Le plus agréable ramage ; Mais un oiseau de brigandage, Malencontreux, noir et vilain, Qui, volant sur une prairie Belle, verdoyante et fleurie, Sans la voir la passe soudain Pour aller dans quelque voirie Assouvir sa cruelle faim :
Pour le dire en moins de langage, Un corbeau, venant du carnage, Fut, criant, se réfugier Vers la cigogne, douce et sage.
J'étouffe, disait-il, j'enrage ; Un os me bouche le gosier, Je n'en puis dire davantage.
La cigogne, experte à l'ouvrage, Vite, et sans se faire prier, Lui retira l'os du passage ; Et d'être moins âpre au carnage Avertit l'oiseau carnassier.
Il lui promit; mais à sa guise Son mauvais destin le maîtrise.
Cet incorrigible animal S'attire encor le même mal»
Et recourt au inême remède.
La cigogne ainsi par deux fois, Au besoin, lui prête son aide.
Mais cTiin bienfait d'un si grand poids Voyons le fruit qui lui succède.
Un jour, le glouton envieux La vit sur une métairie Bâtir un lit, grand, spacieux, * De la plus beUe symétrie '
Qui se vit jamais sous les cieux.
Quoi donc ! dit-il avec furie, Je ne saurai que croasser,