‹ Mémoires, contes et autres œuvresChapitre 44 sur 64 · GUÉRI PAR LA CIGOGNE · texte numérisé non relu

GUÉRI PAR LA CIGOGNE

Que déchirer, mordre et pincer, Aux passants dire des injures, Et les plus vilaines ordures ; Et la cigogne en même temps, Portant bonheur à sa patrie, Et pieuse envers ses parents, Des gens de bien sera chérie ; Saura garantir les maisons De tous venins, de tous poisons, Et de tout autre maléfice ; Guérira les maux les plus grands, Saura vaincre, en fait d'édifice, Les maîtres les plus excellents?

Non, non, c'est se moquer des gens.

C'est ud vice, mais très-grand vice, D'avoir aussi tant de talents. Ab! je veux en faire justice.

Là se trouvèrent amassés Mille oiseaux de divers plumage, Qui ne pouvaient louer assez Le tiid, dont la cigogne sage Embellissait le voisinage.

Voilà le chef-d'œuvre parfait Et du compas et de la règle ; Voilà, disaient-ils, en effet, La digne demeure d'un aigle.

Il est vrai, repart l'envieux, Son architecture est divine, Ce qu'elle fait charme les yeux ; Mais elle ferait encor mieux D'abandonner sa médecine ; Car l'ignorante, tous les jours, Mille et mille gens assassine, Au lieu de leur donner secours.

La cigogne ouït ce discours.

278 l'esprit fort.

Et dit, sans en être alarmée :

D'avoir bien fait je suis blâmée.

Si l'os, que deux fois j'ai tiré, Dans sa gorge fut demeuré, La même gorge envenimée N'eût pas blessé ma renommée.

Mais quoi, c'est un ingrat parfait:

D'un outrage il paye un bienfait.

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