‹ Mémoires, contes et autres œuvresChapitre 48 sur 64 · APOLOGIE DES FEMMES · texte numérisé non relu

APOLOGIE DES FEMMES

Timandre avait un fils, triste, fâcheux, colère, Des misanthropes noirs Je plus atrabilaire v Qui, mortel ennemi de tout le genre humain, D'une maligne dent déchirait le prochain , Et sur le sexe même,, emporté par sa bile , Exerçait sans pitié l'àcreté- de son style.

Le père , qui voulait qu'une suite d'enfants- • Pût transmettre son nom dans les siècles suivants , Cent fois Pavait pressé, pour en avoir lignée, De vouloir se soumettre aux lois de l'hyménée , Et cent fois par ce fils, de chagrin hérissé, Se vit, avec douleur, vivement repoussé.

Un jour qu'il le trouva d'une humeur moins sauvage ,

Le tirant à l'écart, il lui tint ce langage; . . ,,

Ce qui plaît, ce qui charme, et qu'on aime en tous lieux,

Te sera-t-il toujours un objet odieux ?

Ne saurais-je espérer que ton dédain se passe, .

Et qu'enfin le beau sexe avec loi rentre en grâce?

Si tu t'en* éloignais par un saint mouvement,

Et pour ne regarder que le ciel seulement,

Te blâmer sur ce point serait une injustice,

Et je t'applaudirais d'un si grand sacrifice ;

1 Ce petit poème parut i l'occasion de la satire de Bolteau eoatre les Femmes, à laquelle on sait que Regnard a répondu aussi par la satire des Maris. Perrault a publié, en tête de son Apologie des Femmes, sous le litre de Préface, une critique plus précise et assez détaillée de la satire de Dolleau t cette critique aurait peu 'de sel iei, maia les commentateurs de Boiïeau pourraient y puiser des remarques utiles.

Mais ce qui t'a jeté hors du chemin battu, Ce n'est que le caprice, et non pas la vertu.

C'est un ordre éternel , qu'encore toute pure, Au fond de tous les cœurs imprime la nature, De rendre à ses enfants le dépôt précieux De la clarté du jour qu'on tient de ses aïeux. Heureux qui, révérant cette sain te conduite , N'arrête pas en soi , de soi-même la suite, Mais se rend immortel au gré de son désir.

Serais-tu bien, mon fils, insensible au plaisir De voir un jour de toi naître un autre toi-même, Qui serve l'Éternel, qui l'adore, qui l'aime? Qui, lorsque le trépas aura fermé tes yeux, Après toi, rende hommage à son nom glorieux, Et d'où puisse sortir une féconde race Qui, jusqu'au dernier jour, le bénisse en ta place ?

Tu sais, je te l'ai dit, à quoi tendent mes vœux,

Et ce qui peut nous rendre et l'un et l'autre heureux ?

11 est, j'en suis d'accord, des femmes infidèles,

Et dignes du mépris que ton cœur a pour elles :

Mais, si de deux ou trois le crime est avéré,

Faut-il que tout le sexe en soit déshonoré? '

Dans une grande ville, où tout est innombrable,

Comme il est naturel de chercher son semblable,

D'aimer à le connaître, et d'en être connu,

Selon les divers goûts dont on est prévenu,

Chacun, en quelque endroit que le hasard le porte,

Ne rencontre et ne voit que des gens de sa sorte.

Ceux qui par le savoir se sont rendus fameux

Ne trouvent, sur leurs pas, que des savants comme eux.

Ceux qui, cherchant toujours la pierre bien-aitaée,

Ont l'art de convertir leur argent en fumée,

Ne trouvent que des gens qui, fondant le métal,

Par le même chemin courent à l'hôpital.

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