‹ Mémoires, contes et autres œuvresChapitre 49 sur 64 · DES FEMMES · texte numérisé non relu

DES FEMMES

L'homme de symphonie et de fine musique Abordera toujours un homme qui s'en pique ; Et ceux qui de rubis se bourgeonnent le nez En rencontrent partout d'encor plus bourgeonnes. Ceux qu'à le bien servir le Tout-Puissant appelle Ne trouvent que des saints brûlant du même zèle, Que des cœurs où le Ciel ses dons a répandus. Faut-il donc s'étonner si des hommes perdus, Jugeant du sexe entier par celles qu'ils ont vues, Assurent qu'il n'est plus que des femmes perdues? Pour six qui, sans cervelle, avec un peu d'appas, Feront de tous côtés du bruit et du fracas, Par leur danse, leur jeu, leurs folles mascarades, Leurs cadeaux indiscrets, leurs sombres promenades, Sans peine on trouvera mille femmes de bien, Qui vivent en repos, et dont on ne dit rien.

A toute heure, en tous lieux, la coquette se montre ;

11 n'est point de plaisirs où l'on ne la rencontre :

Allez au cours, au bal, allez à l'Opéra,

A la foire, il est sûr qu'elle s'y trouvera.

Il semble, à regarder l'essor de sa folie,

Que pour être partout elle se multiplie. *

Pour des femmes d'honneur, dans ces lieux hasardeux,

De cent que l'on connaît, on n'en verra pas deux.

Rejette donc, mon fils, cette fausse maxime , Qu'on trouve rarement une femme sans crime ; C'est seulement ainsi que parle un suborneur, Qui de femmes sans foi, sans honte, et sans honneur Fait, près de son Iris, une liste bien ample, Pour la faire tomber par le mauvais exemple.

Au lieu d'être toujours dans des lieux de plaisir, A repaître tes yeux, à charmer ton loisir,

A regarder sans cesse aux cours, aux Tuileries, Du fard et du brocart chargé de pierreries, Ya dans les-hôpitaijx , où Ton voit de longs rangs . De malades plaintifs, de morts et de mourants. Là, tu rencontreras- en tout temps, à toute heure, Malgré Pair infecté de leur triste demeure, Mille femmes d'honneur, dont souvent la beauté, Que cache et qu'amortit leur humble piété, A de plus doux appas, pour des âmes bien faites , Que tout le vain éclat des plus vives coquettes. Descends dans des caveaux, monte dans des greniers, Où des pauvres obscurs fourmillent à milliers, Tu n'y verras pas moins de dames vertueuses Fréquenter, sans dégoût, ces retraites affreuses, Et par leur zèle ardent, leurs aumônes, leurs soins, Soulager tous leurs maux, remplir tous leurs besoins Entre dans les réduits des honnêtes familles, Et vois-y travailler les mères et leâ filles, ^ Ne songeant qu'à leur tâche,, et qu'à bien recevoir. Leur père ou leur époux quand il revient le soir. Charmé de leur conduite et si simple et si sage,

Tu te verras contraint de changer de langage.

Peux-tu né savoir pas que la civilité Chez les femmes naquit avec l'honnêteté, Que chez elles se prend la fine politesse , Le bon air, le bon goût et la délicatesse?

Regarde un peu de près celui qui , leup-garou , Loin du sexe a vécu renfermé dans son trou ; Tu le verras crasseux , maladroit et sauvage , . Farouche dans ses mœurs et rude en son langage.

Quand le sexe s'oublie, et de tant de façons Sert de folle matière à de folles chansons , N'as-tu pas remarqué que de tout ce scandale Les maris sont souvent la cause principale,

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Soit par le dur excès de leur sévérité,

Soit par leur indolence et leur trop de bonté?

S'il arrive qu'un jour aux nœuds du mariage ,

En suivant mes désirs, ton heureux sort t'engage,

Ne t'avise jamais d'affecter la rigueur,

De vivre en pédagogue, avec trop de hauteur ;

Témoigne de l'amour, du respect, de l'estime,

En mari , toutefois, qui conduit et qui prime.

On a beau publier et prôner en tous lieux

Que le sexe est hautain , qu'il est impérieux ;

La femme en son époux aime à trouver son maître ,

Lorsque, par ses vertus, il mérita de l'être ;

Si Ton la voit souvent résoudre et décider,

C'est que le faible époux ne sait paft commander.

U en est, il est vrai , qui , dans leurs mariages ,

N'ont pas toujours trouvé des épouses bien sages :

Mais auraient-ils le front d'en oser murmurer ?

Ont-ils, en épousant, tâché d'en rencontrer?

Eux , et leurs vieux parents , n'ont avec leurs besicles,

Pendant des mois entiers, lu, relu des articles ;

Qu'afin de parvenir, par leur soin diligent,

A bien appareiller deux tas d'or et d'argent,

Sans regarder plus loin , sans voir si lés parties

D'esprit, d'âge et d'humeur seraient bien assorties.

Ils ne comprennent point que, pour vivre content,

Le choix de la personne est le plus important ;

C'est une vérité qui leur semble bizarre ,

Et qui n'entra jamais dans le cœur d'un avare.

Quand le premier mortel fut mis dans l'univers Pour commander lui seul â tant d'êtres divers , Son œil , n'en doutons point, vit avec complaisance Ses richesses sans nombre, et sa vaste puissance ; Mais lorsque, dégagé de son premier sommeil , Le Seigneur lui montra la femme â son réveil,

La femme, sa moitié, «a compagne fidèle , . , Quittant tout, il tourna tous ses regards sur elle , Et, charmé de la voir, trouva moins dp douceur A régir l'univers, qu'à régner dans son cœur,

La gloire nous ravit par sa beauté suprême y ■ • L'or nous rend tout-puissants et nous oharme.de même ; Mais, malgré tout l'éclat dont il frappe nos yeux, Des biens, le plus solide et le plus précieux Est de voir pour jamais unir sa* destinée Avec une moitié sage, douce et bien née, Qui couronne sa dot, d'une chaste pudeur, D'une vertu sineère <et d'une tendre ardeur* A ces dons précieux, si le Ciel favorable, Se plaisant à former un chef-d'œuvre *djnirf^}e t D'une beaut& parfaiff a joint tpits îep attraits , Le vif éclat du tëinf, Ja ..finesse des traits; Si ses beaux yeu* .„ ornés tf une faune paupière, % t Jettent, sapa y pensfir^de lqngs tnuts de. lumière; Si sa bouche enfantine, ,et d'uu copail sans Pli** A tous les agréments que forsoe tm do.u$ souris ^ Si sa main le dispute à celles de l'Aurore , „ , Et si le bout de% doigts est plus vermeil encore , Faudra-t-il dépjprer le sort de son. épqux?

Et pourrais-tu. le vpjr sans en être jaloux? f Il n'est rien ici-bas. de plus digne d'envie, Ni qui mêle tant d'or au tissu d -Mue vie.

Les malheurs les plus grands n'ont rien d'âpre» d'aveux , Quand deux cœurs bien unis les partagent entre eux, Et le moindre bonheur que le Ciel leur envoie Les inonde à l'envi d'un océan de joie.

Si , dans la bonne chère un époux emporté , En dissipant son bien altère sa, santé, , Par de sages repas, ftt sans dépense vaine , Chez elle adroitement l'épouse le rairiène,

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