ÉP1TRE
Et, chassant à grand bruit, vont terminer leur course Au bord des claires eaux d'une bruyante source. Tantôt il lés verra, sans .arc et sans carquois, Danser, durant la nuit, au silence des bois, Et sous les pas nombreux de leur danse légère, Faire à peine plier la mousse et la fougère, Pendant qu'aux mêmes lieux le reste des humains Ne voit que des chevreuils, des biches et des daims.
C'est dans ce feu sacré que germe l'éloquence, Qu'elle y forge ses traits, sa noble véhémence, Qu'elle y rend ses discours si brillants et si clairs ; C'est ce feu qui formait la foudre et les éclairs Dont le fils de Xantippe ' et le grand Démosthènes Effrayaient à leur gré tout le peuple d'Athènes. C'est celte même ardeur qui donne aux autres arts Ce qui mérite en eux d'attirer nos regards, Qui féconde, produit, par ses vertus secrètes, % Les peintres, les sculpteurs, les chantres, les poètes, Tous ces hommes, enfin, en qui l'on voit régner Un merveilleux savoir qu'on ne peut enseigner, Une sainte fureur, une sage manie, Et tous les autres dons qui formeut le génie.
Au-dessus des beautés, au-dessus des appas Dont on voit se parer la nature ici-bas, Sont dans un grand palais, soigneusement gardées De l'immuable beau les brillantes idées ; Modèles éternels des travaux plus qu'humains Qu'enfantent les esprits ou que forment' les mains; Ceux qu'anime et conduit cette flamme divine, , Qui du flambeau des cieux tire son origine, Seuls y trouvent accès, et par d'heureux efforts Y viennent enlever mille riches trésors ;
1 Péricléf.