LIVRE I
sachant déjà que le roi le feraitsurintendantde ses bâtiments, commença à se préparer à la fonction de cette charge, qu'il regarda comme beaucoup plus importante qu'elle ne paraissait alors entre les mains de M. de Ratabon. Il songea qu'il aurait à faire surveiller, non-seulement à achever le Louvre, entreprise tant de fois commencée et toujours laissée imparfaite , mais à faire élever beaucoup de monuments à la gloire du roi , comme des arcs de triomphe , des obélisques , des pyramides . des mausolées ; car il n'y a rien de grand ni de magnifique qu'il ne se proposât d'exécuter. 11 prévit qu'il faudrait faire battre quantité de médailles pour consacrer à la postérité la mémoire des grandes actions que le roi avait déjà faites , et qu'il croyait devoir être suivies d'autres encore plus grandes et plus considérables ; que tous ces grands exploits seraient mêlés de divertissements dignes du prince, de fêtes, de mascarades, de carrousels et d'autres délassements semblables, et que toutes ces choses devaient être décrites et gravées avec esprit et avec intelligence pour passer dans les pays étrangers , où la manière dont elles sont traitées ne fait guère moins d'honneur que les choses mêmes. Il voulut en conséquence assembler un nombre de gens de lettres , et les avoir auprès de lui pour prendre leurs avis , et former une espèce de petit conseil pour foutes les choses dépendantes des belles-lettres, il avait déjà jeté les yeux sur M. Chapelain, qu'il connaissait , comme il m'a fait l'honneur de me le dire plus d'une fois, pour l'homme du monde qui avait le goût le meilleur et le sens le plus droit pour toutes ces matières: sur M. l'abbé de Bourseis , qu'il regardait de longue main comme un prodige de science et de littérature, et sur M. l'abbé de Cassagnes, qui, par une pièce en vers qu'il avait faite, où Henri IV donne des instructions au roi son petit-fils , avait mérité son estime et sa bienveillance. Il lui manquait un quatrième , car il voulait que cette assemblée fût au moins de quatre personnes. Pour l'avoir, il s'adressa à M. Chapelain, qui , de son propre mouvement et sans que j'en susse rien, m'indiqua à lui avec des éloges beaucoup au-dessus de ce que je méritais.