Livre vert, xxr11 bts, n
le major Galliano. Donc des postes à Adagamus, à Mai Meghelta, à Dongolo, à Agula; donc dangers toujours croissants pour une ligne d'opération qui se serait allongée d’encore quatre marches, c'est-à-dire de 115 kilomètres; donc réduction du corps combattant à 6,000 ou 7,000 hommes; donc besoin toujours plus grand de convois, dont l'insuffisance nous faisait tant souffrir; donc enfin difficultés incomparablement plus considérables pour le ravitaillement t.
Après être sortis, par Adagamus, de la combe montagneuse d'Adigrat et de la barrière formée par les montagnes du Tigré (dont nous parlerons plus tard), nous nous serions trouvés entre le Gheralta et l’'Enderta, avec les flancs toujours exposés, dans un pays infesté de brigands depuis des mois et, à ce moment-là, après Amba Alagi, complètement en proie à la révolte. À deux journées de marche, au sud d’Adigrat, il y a la traversée dangereuse de Dongolo; en cet endroit, la route serpente au milieu de gorges et d’escarpements, et la ligne d'opération, dans cet échiquier particulièrement embrouillé, aurait pu être attaquée, soit par Asbi (à l’est), soit par Ausien (à l’ouest). À environ 15 kilomètres plus au sud, il y a le passage dangereux d’Agula : et, après plu= sieurs autres défilés semblables, se trouve le col de Mai Macden: En continuant vers le sud, il y a la barrière de Dolo, exactement sur le parallèle de Macallé. Pendant la campagne qui aboutit à la prise de Magdala en 1868, les Anglais crurent indispensable de mettre dans ces localités de très fortes garnisons, bien que le pays fût indifférent et à moitié dépeuplé, bien qu'aucun chef indigène ne les menaçât, des montagnes. Nous avions contre nous le traître Abaguben, frère de Debeb, très connu dans l’Enderta à cause de sa famille et de ses partisans : nous avions encore contre nous Tesfai Antalo, auparavant chef de la province d’Antalo et plus tard chef de tout l’Agamé, d'où nous l’avions chassé.
Dans ces conditions de distances et de mouvements, une sur prise de notre part contre l'ennemi aurait été impossible. De toute façon, quand les Abyssiniens se seraient aperçus de notre marche (fàt-ce même au dernier moment), ils auraient eu beau jeu à agir
1. En dehors de notre carte générale de la colonie à l’échelle de 1/1,000,000, | à la fin de ce volume, il est utile de consulter, pour les communications avec Macallé, la carte toute récente de l’Institut géographique militaire, au,
1/250,000, feuilles Macalle et Adigrat.
contre nous de deux manières différentes : 1° soit en nous enveloppant, — ils n'avaient qu’à profiter, pour cela, du terrain (bien connu de beaucoup d’entre eux) ainsi que du nombre, de la confance et du courage qu'inspire la victoire, surtout aux Abyssiniens; — 2°soit en nous attendant sur la belle position de Scelicot, que nous aurions dû attaquer de front et à découvert, avec moins de 7,000 ou de 8,000 hommes, en admettant même que la garnison de Macallé se fût unie à nous. Pendant ce temps-là, des groupes de cavalerie ennemie pouvaient se lancer sur nos flancs et sur nos épaules, et nous devions laisser une garnison à Enda Jésus. Nous aurions dû marcher à l'attaque, après quatre jours d’une marche déprimante, contre un ennemi qui n'avait certainement pas moins de 25,000 bons fusils, avec quelques milliers de lances en plus, qui occupait une série de positions dominantes contre une attaque de notre part venant de n'importe quel côté, contre un ennemi qui recevait Journellement des renforts et qui pouvait être secouru promptement par toute l’armée choanne.
En quittant Adigrat pour marcher vers le sud afin de donner là main à Galliano et pour nous mettre en ligne devant Scelicot, ibnous fallait, pour la première phase, au moins cinq jours. Pendant ce temps, tous les Choans qui étaient au lac Ascianghi, ou une grande partie d’entre eux, pouvaient arriver à Scelicot. Dans ce cas, nous aurions dû attaquer l’armée choanne tout entière. Mais l’ennemi n'avait pas besoin des troupes placées sous les ordres immédiats du negus neghesti (troupes qui étaient encore en
arrière) pour établir, en sa faveur, une grande disproportion de forces, qui aurait rendu absurde, de notre part, l'espoir du succès.
Des raisons absolument évidentes (qui ont été télégraphiées au ministre de la guerre)! ne permettaient pas, après la retraite
du général Arimondi, d’ordonner au major Galliano la destruc-
tion du fort et la retraite de la garnison sur Adigrat; car il
aurait couru le risque très grave, la presque certitude même d’être
massacré. Si, dans les premiers jours, l’ennemi n'avait donné
| Signe de vie qu’en envoyant des patrouilles de cavalerie, il était
: cependant tout près, et il surveillait attentivement la ligne de
| retraite, qui traversait un pays qui nous était hostile et lui était
favorable.
1: Livre vert, xxrr1 bis, 179. Voir aussi chapitre XX, page 280 de ce volume.
D'ailleurs le fort d'Enda Jésus servait à arrêter l’ennemi, à le tenir en respect pendant les éternelles négociations pour la paix. Nous pouvions espérer une résistance prolongée, à cause des assurances que le commandant nous avait données au sujet de la défense du point d’eau, à cause des approvisionnements en vivres, à cause de la position, à cause de la ténacité et de l'énergie bien connues du major Galliano, à qui l’on n’aurait pu confier une mission plus en harmonie avec son caractère
Pendant que le lieutenant Partini allait au camp de ras Maconnen et en revenait, et qu’il obtenait du commandant des forces abyssiniennes réunies autour de Macallé l’autorisation de venir me voir à Adigrat, l’armée abyssinienne, sans s’exposer aux vues du fort d'Enda Jésus, grossissait tout autour et envoyait, vers le fort et sur ses derrières, des bandes de cavalerie. Le 20 décembre, quelques-uns de ces groupes de cavaliers, qui s'étaient approchés de l'enceinte, furent repoussés à coups de canon: Les mouvements des troupes continuaient aux environs, sans hostilités directes, et même avec des actes de courtoisie singu= liers en temps de guerre. Le major Galliano, sur la demande dé ras Maconnen, envoya le lieutenant-médecin Mozzetti pour soi= gner Mangascia Atichim; il envoya aussi, ce jour-là et le lende= main, des médicaments en cadeau. |
Le 1% janvier commencèrent les coups de fusil, qui continuèrent les jours suivants. Le 7 janvier, au sud du fort apparut la tente rouge du negus neghesti, indice probable d’une attaque: En effet, pendant la journée on tenta plusieurs assauts contre les avant-postes, et plusieurs canons furent mis en batterie. Le feu continua jusqu’au soir, au moment où l’ennemi rentra dans ses campements, après avoir laissé des postes sur les positions que nos avant-postes avaient abandonnées.
Le lendemain, 8 janvier, nouvelle journée de combat. Dans cette journée, l'ennemi, s’étant avancé dans l’angle mort de deux précipices, occupa la source. Jusqu'à la nuit le feu de l'artillerie el celui de l'infanterie continuèrent, et pendant la nuit la garnison dut repousser deux nouvelles attaques.
Le 9, troisième Journée de lutte. L’ennemi se forme à l'emploi des tranchées et au pointage des canons; plus que jamais il s’obstine à garder la source. Pendant la nuit, de nouvelles atta- . ques, qui furent brillamment repoussées. Mais, malheureusement,
on vit échouer toutes les tentatives faites pour déloger, du précipice, le poste abyssinien et pour reconquérir la source. On avait une provision d'eau dans l'intérieur. Aussi, « d’après l'avis conforme de tous les commardants de compagnie et des chefs de Service, on renonça à faire de nouvelles tentatives pour reconquérir la source tant que ces tentatives n'auraient pas été rendues nécessaires par le manque absolu de l’eau mise en réserve”. »
L'attaque la plus vigoureuse et la plus prolongée semble celle du 12 janvier. On dit alors, à plusieurs reprises, que ras Maconnen voulut se lancer en personne et en première ligne contre la pente raide conduisant au fort, pour démentir l'accusation qu'on portait contre lui d’être l'ami des Italiens. Toutes les informations d'alors et celles qui suivirent confirment que les Abyssifiens éprouvèrent des pertes sérieuses, tandis que les nôtres purent être considérées comme insignifiantes, bien que l'artillérie ennemie ait tonné presque toute la journée. Ménélick suspendit ensuite les attaques contre Enda Jésus, attendant sans doute que la soif obligeât la garnison à se rendre.
Mais ni la menace de la soif, ni la crainte d’être massacrés en Cas de sortie, ni la vue des hordes qui les entouraient, ni le sacrifice des animaux chassés de l'enceinte parce qu’ils n'avaient plus à boire, ni les souffrances des blessés abrités dans un espace étroit,.… ne purent ébranler l'énergie du commandant (qui venait d'être promu lieutenant-colonel pour sa conduite héroïque pen-
“dant la défense de Macallé), pas plus que la bravoure des officiers,
pas plus que l’ardeur des troupes.
Le 11 janvier, j'envoyai à Adagamus Îles bataillons réguliers indigènes sous le commandement du colonel Albertone, en pous-
“ant en avant les bandes sur la route de Macallé, dans le but
indiqué au chapitre précédent.
Le corps indigène était ainsi composé :
4er bataillon indigène........ .1 Turitto....
De — D 1 LI LE LR ART . Ameglio... Effectif moyen 6e —— PRET ITR #2 Coëseus M 1,100 ascaris.
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